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When the urine turns to indigo blue Volume 15, issue 4, Avril 2019

Figures


  • Figure 1

Tables

Histoire clinique

Monsieur D., 95 ans, est amené en consultation par sa famille en février 2018 dans un contexte de décompensation cardiaque et de découverte d’urines indigo qui inquiète beaucoup l’entourage et l’infirmière. Ce patient est sondé à demeure depuis mars 2017 suite à une rétention aiguë d’urine rapportée à un probable cancer prostatique non investigué sur sa demande. L’ablation définitive de la sonde urinaire n’a jamais été possible. L’urologue a conseillé la poursuite d’alfuzosine LP 10 mg et instauré du finastéride 5 mg par jour, dans l’optique d’une nouvelle tentative d’ablation de la sonde dans un délai de trois mois.

Ses antécédents comprennent une arythmie cardiaque par fibrillation auriculaire et un bloc atrio-ventriculaire (pacemaker). Son traitement comporte : dabigatran 110 mg par jour, nébivolol 2,5 mg par jour, furosémide 40 mg par jour, amiodarone 200 mg par jour, oméprazole 10 mg par jour, paracétamol 1 g, tiotropium bromure spray et un complément alimentaire protéiné.

En janvier 2018, l’infirmière du patient avait alerté le médecin généraliste de l’existence d’urines indigo, sans autre signe urinaire, dans les suites récentes d’un changement de sonde. Un ECBU est prescrit. Cet examen a mis en évidence plusieurs germes 106 sans espèce dominante. L’antibiogramme n’a pas été réalisé. Il n’existait ni syndrome inflammatoire ni hypercalcémie.

Aucun des médicaments prescrits n’est responsable de la coloration des urines, ce qui a conduit à rechercher une étiologie (encadré 1).

Le PUBS

Ce syndrome est connu sous le nom de PUBS (Purple Urine Bag Syndrome) décrit pour la première fois en 1978 par JB. Barlow [1]. Il s’agit d’un phénomène rare (figure 1).

Il est le résultat du métabolisme du tryptophane alimentaire dont le métabolite éliminé dans les urines est utilisé par certaines bactéries. Les produits de dégradation entraînent la survenue d’urines rougeâtres, bleuâtres ou violacées [2]. Les bactéries mises en cause sont, entre autres, les bactéries Gram négatif : Providencia stuarti, Klebsiella pneumoniae, Escherichia coli, Proteus mirabilis[3].

Des facteurs de risque semblent avoir été mis en évidence : le sexe féminin (prédisposition anatomique aux infections urinaires), une alimentation riche en tryptophane tels qu’un régime hyper-protidique, la constipation, la colonisation urinaire bactérienne favorisée par le port d’une sonde à demeure au long cours, ainsi qu’un pH urinaire alcalin [4].

La conduite à tenir serait la réalisation d’un ECBU afin d’adapter au mieux l’antibiothérapie au germe retrouvé. Certains auteurs préconisent un changement de sonde qui pourrait être suffisant [5].

Solution

Pour ce patient, les coupables sont probablement la supplémentation protéinique et le sondage urinaire qui favorise une contamination bactérienne multiple. La sonde ayant été changée récemment et l’ECBU non contributif, l’instauration d’une antibiothérapie probabiliste par sulfaméthoxazole 800 mg et trimethoprime 160 mg durant 14 jours a été décidée. Le retour des urines jaunes ne s’est pas fait attendre et a rassuré tout le monde : patient, famille, infirmière, interne et médecin généraliste.

Que retenir pour la pratique

  • Le suivi de ce patient âgé, sondé à demeure, donne l’occasion de découvrir le PUBS et ses facteurs de risques. Il s’agit d’un syndrome déroutant qui, en l’absence de consensus thérapeutique, du fait de sa rareté, conduit majoritairement à la mise en place d’une antibiothérapie. Il est légitime de se demander, s’il n’était pas opportun d’effectuer une prise en charge identique à celle d’une colonisation sur sonde, où en l’absence de symptômes cliniques (hyperthermie, déséquilibre d’une pathologie chronique…), il n’est pas recommandé de mettre en place un traitement. Cependant, devant la couleur indigo des urines, il paraît difficile de justifier de l’absence d’infection.

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