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Pathologies pleurales bénignes de l'amiante : pourquoi les dépister ? Volume 2, issue 7, Septembre 2006

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  • Page(s) : 295
  • Published in: 2006

Si l'intérêt médical est discutable, l'impact social est considérable. Les lésions pleurales bénignes représentent 70 % des maladies professionnelles reconnues comme étant liées à l'amiante. Environ 25 % des hommes actuellement retraités ont été exposés à l'amiante lors de leur activité professionnelle.

Les atteintes pleurales concernent le feuillet pleural pariétal : plaques pleurales presque toujours asymptomatiques, se révélant après un temps de latence en général supérieur à 20 ans, apparemment d'autant plus long que les expositions ont été plus faibles, tandis que le mésothéliome n'est jamais le résultat de leur transformation maligne.

Elles concernent aussi le feuillet viscéral : pleurésies asbestosiques bénignes habituellement peu abondantes et spontanément résolutives survenant après un temps de latence moyen de 30 ans, épaississements fibreux généralement séquellaires d'une pleurésie asbestosique, souvent à l'origine de douleurs thoraciques.

À côté de la radiographie thoracique standard, la tomodensitométrie thoracique est l'examen le plus adapté au dépistage. Il est obligatoire pour confirmer le diagnostic de ces lésions pleurales bénignes liées à l'amiante en vue de leur inscription comme affection professionnelle.

 


Ameille J. Descatha A. Les pathologies pleurales bénignes de l'amiante : pourquoi et comment les dépister ? Rev Pneumol Clin. 2006;62;89-92.

Les questions que se pose la rédaction

La problématique posée par l'amiante n'est pas simple. Il faut répondre aux trois questions suivantes : qui surveiller, comment surveiller, et pourquoi dépister une tumeur pour laquelle il n'y a pas de traitement ?

- La réglementation du Code du Travail précise les conditions de surveillance des salariés exposés. Il faut bien avouer ensuite notre impuissance : notre rôle s'arrête à la mise en route et à l'accompagnement d'une démarche de déclaration en maladie professionnelle, difficile pour les malades et leurs familles. Il y a encore actuellement un déficit de ces déclarations, souvent faites a posteriori après la découverte d'un mésothéliome pleural ou péritonéal.

- En France, 15 à 20 000 personnes ont manipulé directement de l'amiante (la plupart des entreprises ont fermé), 1 million sont intervenues sur du matériel à base d'amiante, et d'autres ont travaillé dans des locaux floqués à l'amiante ou vivent dans l'environnement proche de personnes exposées à l'amiante. L'implication des généralistes est importante pour repérer les personnes qui ne sont pas ou plus concernées par la médecine du travail.

- Pourquoi dépister une tumeur pour laquelle il n'y a pas de traitement ? C'est probablement LA vraie question. L'une des réponses est que le mésothéliome peut être reconnu maladie professionnelle et donc indemnisable. D'autre part, la surveillance régulière des patients dépistés permettrait - parfois - un diagnostic plus précoce, pour un meilleur pronostic... L'Inserm a cependant publié en 1996 et 1998 deux rapports admettant qu'il n'y a pas de notion de seuil et que toutes les fibres d'amiante sont cancérogènes. Compte tenu de ces données, et notamment de la durée de l'évolution, les années à venir vont être difficiles.