JLE

Médecine

MENU

« Touche pas à ma prostate » Volume 8, issue 1, Janvier 2012

Author

Le généraliste anglais recommande dans un « éditorial de choc » de jeter aux orties ce que certains considèrent encore comme un «must do» de l’examen clinique…

Si l'inspection de l’anus a pour objectif logique de voir (les condylomes, hémorroïdes, fissures, dermatite…), qu’en est-il du toucher rectal (TR) ? Détecter une tumeur rectale ? Palper la prostate ? Les indications « traditionnelles » d’aide au diagnostic d’appendicite ou de douleur abdominale aiguë sont largement obsolètes. Pour ce qui est des tumeurs rectales, le TR ne sert à rien chez un patient jeune ayant quelques symptômes rectaux, la probabilité de tumeur maligne étant extrêmement faible ; chez un patient âgé aux symptômes persistants ou rectorragies, modifications du transit ou ténesme, le TR « négatif » ne prouve rien ; « positif », il génère une anxiété éventuellement inutile s’il est erroné : l’endoscopie est de toute façon une urgence… Pour ce qui est de la prostate, non seulement un TR annuel ne réduit pas la mortalité par cancer de la prostate (données Cochrane 2006, cohorte suédoise de Norrköpping BMJ 2011) mais il est responsable de surdiagnostic et surtraitement. Même en cas de symptômes évocateurs de pathologie des voies urinaires inférieures, le risque de cancer de la prostate n’est pas plus élevé (BJU Int. 2000;85:1037- 48). Le TR ne peut par ailleurs avoir d’intérêt que mineur dans l'évaluation d’une prostatite où il peut être plus douloureux qu’utile. Geste désagréable, invasif, sans valeur chez un patient jeune, de valeur occasionnellement très limitée chez un patient âgé, à la sensibilité et spécificité inconnues : il est temps de remettre en question une pratique qui repose sur de bien fragiles concepts et n’est que mauvaise médecine.

1. Spence D. Bad medicine: digital rectal examination. BMJ. 2011;342:d3421.

Que retenir pour notre pratique
• Avis sans appel… Spence a longtemps enseigné le TR sur des mannequins en plastique en expliquant qu’il s’agissait d’un examen inutile (« non-sens » et « amateurisme »…), mais qu’il fallait bien connaître « l'orthodoxie » pour réussir ses examens cliniques.
• Il n’évoque pas, dans ce bref éditorial, l’intérêt éventuel de combiner TR et dosage de PSA. Nous avons longuement développé cette question dans la revue et nous y reviendrons sans aucun doute. Cela ne remet pas en cause la conclusion de Spence : mauvaise médecine… Reste à faire partager cette conviction.

Mots clés : détection précoce de cancer ; toucher rectal ; tumeurs de la prostate [Digital Rectal Examination; Early Detection of Cancer; Prostatic Neoplasms]