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Néphrologie & Thérapeutique

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Bioethics and nephrology Volume 8, issue 2, Avril 2012

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Simple coïncidence ? Le concept de « bioéthique » selon lequel « l’homme est invité à s’interroger sur l’importance morale de son intervention sur la vie », défini par Potter en 1970, est contemporain de l’émergence de la néphrologie. Voici un demi-siècle, l’innovation diagnostique qu’a constitué la ponction biopsie rénale, et les innovations thérapeutiques : dialyse péritonéale, rein artificiel et transplantation rénale, ont créé des situations nouvelles, confrontant le médecin à des choix éthiques, c’est-à-dire à des dilemmes « qui imposent un choix entre deux ou plusieurs solutions insatisfaisantes », selon Lecourt. La ponction-biopsie percutanée du rein, si elle a révolutionné la néphrologie, permettant de connaître les lésions du parenchyme rénal à un stade précoce, d’en suivre l’évolution, d’en percevoir les étiologies, d’en comprendre la physiopathologie, comportait les risques d’une méthode aveugle. Comme il est habituel en matière d’innovation, le bénéfice était probable pour le patient, et les risques certains. On peut comprendre que confrontés à ce dilemme, les pionniers de la néphrologie adoptèrent des positions… très contrastées ! La révolution thérapeutique qu’a représenté l’application des méthodes de suppléance rénale, dialyse péritonéale, rein artificiel, au traitement des insuffisances rénales chroniques, ne s’est pas faite sans des drames de conscience comme en génère toute situation de pénurie. Confrontés à des choix cruciaux, les néphrologues ont dû refuser l’accès à un traitement salvateur sur des critères d’âge ou d’autre nature. Comme « dilemme éthique », on ne fait pas pire, et cette situation est celle que connaissent, encore à l’heure actuelle, nombre de pays du monde. Les transplantations d’organes, plus précisément les greffes de rein, continuent de susciter des questionnements éthiques, tant l’écart entre « la demande » d’organes, et « l’offre », perdure voire même s’aggrave. Faut-il alors « assouplir » les conditions du don, en agissant sur les modalités de recueil du consentement du donneur, en élargissant le cercle des donneurs potentiels, ou développer d’autres perspectives : xénogreffes, médecine régénérative, organes artificiels ? « L’enthousiasme que suscitent les progrès ne permet pas de songer à toutes leurs conséquences. Pourtant quelques médecins, quelques chercheurs, perçoivent assez vite les nouveaux périls, les signalent, pensent à les prévenir ». Cette réflexion de Jean Bernard (« De la biologie à l’Éthique ») fait partie du « patrimoine commun » des néphrologues.

Bioethics concept is contemporary with the birth of nephrology. Fifty years ago, renal biopsy, peritoneal dialysis, hemodialysis, renal transplantation created new situations, facing medical doctor with ethical choices, i.e. dilemmas between two or more unsatisfactory answers.