John Libbey Eurotext

Environnement, Risques & Santé

MENU

Recent publications Volume 18, issue 3, May-June 2019

 

Analyses d’ouvrages

 

Le concept de nature dans la littérature, à l’occasion de la parution de :

La part sauvage du monde

Penser la nature dans l’Anthropocène

Virginie Maris

Seuil, 2018, 272 pages, 19 euros

http://www.seuil.com/ouvrage/la-part-sauvage-du-monde-virginie-maris/9782021332544

Les livres de sciences naturelles, d’écologie sous différents points de vue, par exemple celui de la santé [1, 2], du prix de la nature et des services écosystémiques [3] ou de l’environnement [4], sont très nombreux.

Depuis toujours la nature nous interroge. « La cité est au nombre des réalités qui existent naturellement et[...] l’homme est par nature un animal politique » [5]. C’est écrit 350 ans avant Jésus-Christ ! Aujourd’hui, il y a beaucoup de mots qui, d’une manière ou d’une autre, sont utilisés à ce sujet : milieu, biosphère, cadre de vie, écologie, environnement, développement durable, etc., beaucoup de confusions mais toujours cette interrogation à propos de nos rapports en tant qu’espèce humaine à cet « extérieur » que nous subissons, maîtrisons ou fabriquons. C’est une question sociale, culturelle, politique. Et les livres ne manquent pas ! Nous n’en donnons que quelques exemples [6-21].

Cette notion de nature n’est pas réservée aux seuls philosophes, biologistes ou géographes. Les physiciens nous en parlent : « C’est une erreur de croire que la tâche de la physique est de découvrir comment est la nature. La physique traite de ce que nous pouvons dire de la nature » [22]. Dans mes commentaires sur le livre de Jean de Kervasdoue [23], je terminais par cette phrase : « Des points de vue différents ne peuvent empêcher de tenter d’inventer un nouveau lien avec la nature mais aussi de nouveaux liens avec les hommes ». La revue Environnement, Risques et Santé (ERS) a lancé un débat en nous proposant des regards croisés sur le couple nature-culture, en rapport avec la santé publique et la santé-environnement [24, 25]. La santé-environnement est maintenant souvent abordée à partir de l’écologie comme nous l’avions observé en lisant les livres de Stéphane Blanc [26, 27] et de Béatrice Parance [28, 29].

Quelques rappels sur le concept de nature

  • Dans un dossier des Cahiers de Science et Vie, intitulé « L’Occident et la nature : 2000 ans de malentendus », différents auteurs nous livraient leurs réflexions [30]. Nature vient du latin « nature » participe futur du verbe naci « naître ». D’emblée le terme apparaît comme polysémique puisqu’il désigne à la fois l’état natif d’une chose, son essence, et l’ensemble des êtres et des phénomènes du monde physique. Par la suite, ce mot a pris une place centrale dans la pensée occidentale qui a fortement influencé sa perception. Il a nourri une série d’oppositions conceptuelles devenues classiques : nature/culture, nature/esprit » (p. 28). C’est différent de l’écologie (aujourd’hui les spécialistes de l’écologie scientifique sont des écologues) ou de l’environnement. Ministère de l’Écologie, de l’Environnement, du Développement durable... Ces différentes appellations confirment les confusions ! Fabienne Lemarchand (p. 30-34) montre comment la révolution néolithique (moins 8 000 à moins 4 000 ans) marque la prise de contrôle de l’homme sur la nature. « En se sédentarisant les hommes vont s’approprier leur environnement ». L’anthropisation de la nature est aussi vieille que l’humanité. Morgane Kergoat (p. 46-51) estime que 1492 (découverte de l’Amérique) marque la naissance d’un monde globalisé. Et la santé de ses habitants en subit les contrecoups car les populations sont décimées par des épidémies. L’historienne Valérie Chansigaud écrit « à chaque colonisation, l’homme met une nouvelle pression sur l’environnement. Cela conduit à l’extinction de certaines espèces et à l’introduction d’autres » (p. 50). Marielle Mayo, « L’homme seigneur et maître en son jardin » (p. 52-54), pense qu’ « en invitant l’homme à se rendre maître et possesseur de la nature, René Descartes fut à l’origine d’un malentendu durable [...] ouvrant la voie à une exploitation sans garde-fou de l’environnement ».
  • Le livre Aux Origines de l’Environnement qui comprend 33 chapitres écrits par différents spécialistes montre que le concept de nature est central. Par exemple, Besnier traite du « mythe du grand partage entre nature et artifice » en parlant du « refus du culte béat de la nature », de « la nature désenchantée » et de « l’élaboration d’une science de la nature » [31]. Drouin aborde la question de l’équilibre de la nature et de son devenir [32]. De Groot considère mère nature comme étant « notre capital naturel » [33]. Pour Sarrrazin, il s’agit de limiter l’empreinte humaine sur la nature [34]. Pour Aronson et Blignaut, il faut restaurer le capital nature [35]. Pour Buchet, on doit réconcilier l’homme et la nature [36]. Et Descola traite des rapports entre nature et culture [37]. Il fait le constat : « Il est paradoxal que, au moment où l’on parle de plus en plus de la nature pour souligner sa fragilité et appeler à sa protection, au moment où la culture est sans cesse invoquée pour justifier des comportements collectifs, la distinction entre nature et culture commence à se brouiller dans l’opinion publique ». Dans bien des domaines, en effet, il est désormais difficile de tracer une ligne de démarcation nette entre ce qui relève de l’artificialisation, de l’action humaine, des mécanismes physico-chimiques et des conventions sociales. L’anthropologie s’est beaucoup intéressée aux rapports entre nature et culture (l’auteur nous parle du naturalisme, du totémisme, de l’analogisme et de l’animisme).
  • Remarquons que le livre de Peter Wohlleben sur La Vie Secrète des Arbres [38] a été vendu en Allemagne depuis 2015 à près de 700 000 exemplaires et qu’il est traduit en 32 langues ! Dans cet ouvrage, très agréable à lire, vous saurez qu’ « une forêt heureuse est nettement plus productive donc plus rentable » (p. 10), que les arbres ont un comportement social, un langage, que les hêtres font preuve d’amitié et d’entraide, qu’il y a des enfants et des mères arbres, etc. Mais « la forêt est de la vieille école. Il y règne encore une certaine violence, la nature est une maîtresse sévère » (p. 58). Les arbres créent, combattent, s’associent avec d’autres..., mais ils sont « à couteaux tirés quand il s’agit de défendre leur espace vital, sur terre et sous terre contre les velléités d’expansion d’espèces ennemies » (p. 60). Les espèces animales ou végétales sont considérées comme des humains. Et on sait ce qu’a produit ce « biologisme », y compris dans le domaine de la santé. Si l’arbre se comporte comme un humain, ça veut dire qu’un humain est seulement un animal et se comporte comme tel, espace vital, concurrence, loi du plus fort, etc. Tristes souvenirs ! Saviez-vous que les chênes « ont certes la fibre sociale développée mais uniquement envers leurs congénères. Les échanges font l’objet de tourments constants visant à les faire reculer » (p. 83). Et c’est la nature qui veut cela. « La nostalgie d’une nature vierge grandit » (p. 243), « laissons donc faire la nature » (p. 248). Tout cela montre, comme l’écrit Descola, que « l’opposition entre monde de la nature et monde de la société comme outil pour penser les relations entre humains et non humains est donc historiquement contingente » [37] (p. 215).
  • Marx et Engels défendent un tout autre point de vue [39]. « La question du rapport de la pensée à l’être, de l’esprit à la nature, question suprême de toute philosophie, a par conséquent tout comme chaque religion, ses racines dans les conceptions bornées et ignorantes de l’état de sauvagerie » (p. 25). Dans le texte sur Ludwig Feuerbach, on peut lire ceci : « Or l’histoire du développement de la société se révèle sur un point essentiellement différent de celui de la nature. Dans la nature, dans la mesure où nous laissons de côté la réaction exercée sur elle par les hommes, ce sont uniquement des facteurs inconscients et aveugles qui agissent les uns sur les autres et c’est dans leur jeu changeant que se manifeste la loi générale » (p. 48). La 6e thèse de Marx sur Feuerbach dit ceci : « L’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individualité. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux » (p. 63). Dans Le Capital [40], il précise : « De même que l’homme primitif doit lutter contre la nature pour pourvoir à ses besoins, se maintenir en vie et se reproduire, l’homme civilisé est forcé, lui aussi de le faire. En ce domaine la seule liberté possible est que l’homme social, les producteurs associés, règlent rationnellement leurs échanges avec la nature, qu’ils accomplissent ces échanges en dépensant le minimum de forces et dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine ». Dans ce débat contradictoire, le livre de Catherine et Raphaël Larrère Du Bon Usage de la Nature. Pour une Philosophie de l’Environnement est incontournable [15] indique : « La nature, comme extériorité radicale est certainement morte. À la place de la séparation qui renvoyait à deux types d’intelligibilité hétérogènes, selon la nature et selon l’histoire, nous avons maintenant les moyens de saisir un parcours continu, celui de l’interaction du naturel et du social. Déclarer la fin de la nature, c’est considérer qu’il n’est pas d’autre conception possible de la nature que celle qu’impliquait ce partage » (p. 13). « La culture n’est pas qu’une nature cultivée, dont ce produit de la nature qu’est l’homme prend soin : que la nature meure, alors la culture et tous les artéfacts mourront aussi » (p. 15). « Si l’homme fait partie de la nature nul besoin de dramatiser. Il n’y a pas à choisir entre la nature et l’homme » (p. 16).

L’apport de Virginie Maris

Cette philosophe de l’environnement marque la réflexion sur la question de la nature qu’il est utile de revisiter au moment où la notion d’anthropocène a tendance à ne considérer que les activités humaines. Après les propos de Gnancia et Remvikos [24, 25], il m’a semblé utile d’inclure les rapports entre santé et environnement dans une vision plus globale.

Maris soutient sa thèse de doctorat sur la « protection de la biodiversité entre science, éthique et politique » en 2006, au département de philosophie de l’université de Montréal [41]. « Le concept de biodiversité se trouve d’emblée à l’interface du discours politique et du discours scientifique » (p. 39). « Nous avons montré qu’il existe bien une spécificité humaine : la rationalité morale qui fait de l’homme un être libre » (p. 159). « Quand le gouvernement n’envisage que des stratégies de contrôle et de punition pour pousser les citoyens à se conformer à la loi, le devoir devient exogène » (p. 187).

Analysant les limites de la notion de services écosystémiques [42], Maris traite largement des questions de la nature. « Si l’héritage moral de Darwin reste encore largement à découvrir et à développer, sa théorie de l’évolution constitue une inflexion sensible dans l’étude du vivant et dans la conception des rapports homme-nature » (p. 16). Elle parle de l’éthique environnementale et du respect de la nature (p. 18), de la quantification de la nature (p. 42-46) et de sa marchandisation (p. 55 - 62).

« La prise de conscience des effets délétères des activités humaines sur la diversité du vivant offre une occasion unique de reconsidérer les relations entre des sociétés humaines et la nature » (p. 63).

Cette notion de rapports, de relations, relève d’une pensée dialectique. Elle montre que le rapport des hommes à la nature est une question culturelle et politique.

Dans son dernier ouvrage La Part Sauvage du Monde, elle explore le concept de nature et repense la frontière entre nature et culture.

L’intérêt de ce livre est de « penser la nature dans l’anthropocène ». « Il y a trente ans on annonçait la fin de la nature... L’anthropocène serait le temps de l’artifice total » (p. 7).

Les efforts de terminologie à faire sont incontestables ! Par exemple, « on a cessé de parler de nature pour parler de biodiversité, puis plus récemment on s’est intéressé aux services écosystémiques » (p. 10). « Wilderness » ou sauvageté ? L’auteure garde le mot nature.

D’un côté le réalisme naïf, de l’autre le naturalisme moral réactionnaire. C’est un chemin difficile que prend l’auteure. « Nous prenons néanmoins le risque de la traversée, rassurés par ce que d’autres avant nous ont réussi le passage, associant leur défense du sauvage à un projet d’ouverture à l’autre, de critique du capitalisme et d’émancipation » (p. 12). Le livre comprend quatre parties dont nous donnons un aperçu.

  • Le grand partage.

La question est posée. Dans quelle nature allons-nous vivre ? « Avec quel concept de nature allons-nous penser, articuler, orienter notre rapport au monde » (p. 20). Le mot nature a plusieurs acceptions possibles : le monde dans son ensemble, le fonctionnement normal des choses ou la part sauvage de ce que nous n’avons pas créé. Ce qui est important aujourd’hui « c’est bien l’intrication des processus humains et non humains dans la dynamique des écosystèmes » (p. 22).

L’influence humaine est déterminante comme le montre l’extinction d’espèces suite à toutes les colonisations comme celle d’Homo sapiens lorsqu’il a atteint le continent australien. Cet impact sur les écosystèmes ne date pas d’hier ; les humains ne sont pas extérieurs à la nature.

« Nous comprenons qu’il n’y a pas d’incohérence à vouloir préserver la nature-altérité et que, faire cela, c’est nécessairement protéger quelque chose de l’influence humaine » (p. 27).

Il s’agit bien de fonder le projet de préservation de la nature-altérité. D’où les explications sur le sens du mot nature qui est un objet de sciences, de morale et d’esthétique.

Avec une vision dialectique des choses, que ce soit en écologie, géologie, sciences humaines, etc., on prend « explicitement pour sujet d’étude non pas simplement la nature, mais les relations entre les sociétés humaines et leur environnement » (p. 33).

Cela est vrai pour la santé-environnement. Il est difficile de parler du concept de nature. « La nature dont nous parlons aujourd’hui n’est donc pas celle dont parlaient Aristote ou Bacon » (p. 37). Il y a l’invention de la nature, la nature à craindre, à dominer, à admirer, à intégrer, à protéger.

« Le grand partage entre nature et culture est régulièrement accusé d’être à la racine de la crise environnementale contemporaine » (p. 63). Il faut regarder cela en tenant compte des aspects politiques et des rapports de forces. « La diversité culturelle subsume la biodiversité et ce qui est bon pour la nature converge avec les intérêts humains » (p. 70). C’est un glissement anthropocentriste que l’on retrouve dans la notion de services écosystémiques.

  • La fin de la nature.

« L’écologie scientifique que Bruno Latour refuse de distinguer de l’écologie politique, est aussi, surtout faite de l’observation d’un monde autre, extérieur, régi par des règles qui ne sont pas celle des humains » (p. 77). « Il faut être bien peu curieux du monde des non humains pour croire que l’écologie n’est qu’une politique qui avance masquée » (p. 78).

La critique de Philippe Descola est très intéressante. C’est à lui « que l’on attribue l’exigence de devoir penser par-delà nature et culture ». « Le dualisme de la nature et de la culture est une manière parmi d’autres de repérer des continuités et des discontinuités dans les plis du monde » (p. 79).

Pour Maris, il ne faut pas liquider le concept de nature mais le « réinvestir de façon dialectique plutôt que dualiste » (p. 81). Cela me semble fondamental ! D’où la nécessaire mise en cause du concept d’anthropocène. S’agit-il d’un concept scientifique ou politique ? La fin de la nature « n’est pas tant un phénomène empirique avéré que l’un des piliers d’un programme idéologique » (p. 92).

Que de bouleversements dans ces sciences qui montrent « que l’histoire de la nature et l’histoire des humains s’influencent et se façonnent mutuellement » (p. 95). Il n’est pas possible d’en finir avec la nature. « Le projet dément et tyrannique de l’anthropocène, c’est de former la terre » (p. 101). La critique est sévère ! Et il faut toujours travailler sur les sciences de la nature : écologie scientifique et biologie de la conservation.

  • L’absorption.

« Le développement de la société moderne occidentale et son extension mondiale à travers les empires coloniaux puis la globalisation culturelle et économique se sont faites au prix de l’exploitation et du contrôle des milieux naturels et des peuples » (p. 117).

Des opinions qui sont à contre-courant mais que je partage pour l’essentiel sont explicitées. Par exemple : « Les discours de l’anthropocène font du désir potentiellement contradictoire de protection de la nature une aspiration inéluctablement vaine » (p. 119).

En quelque sorte, il n’y aurait plus de nature puisque les hommes pourraient tout piloter. D’où le deuxième exemple : « [...] nous allons voir comment l’étude et la protection de la nature peuvent elles-mêmes contribuer à la fin de la nature en précipitant l’engloutissement de la part sauvage du monde dans l’agir humain » (p. 119). Sont alors développées des idées essentielles sur des thèmes fondamentaux. Le concept de biodiversité n’est pas évident car il ne s’agit pas d’une chose mais de multiples relations. Il en est de même pour la notion d’espèces, d’habitats ou la différence entre nature et artifice. C’est une question culturelle de considérer que « la continuité évolutive et historique des milieux naturels est une valeur fondamentale de la nature et qu’elle mérite notre attention et notre respect » et que « ce temps long de la nature est aux antipodes de l’agir humain technologique » (p. 141).

C’est aussi le cas dans la façon d’aborder la nature comme marchandise, le capital naturel, les services écosystémiques, les évaluations monétaires de la nature, l’économie et la comptabilité verte, etc. « La nature n’est pas un capital ». « La défendre sur le terrain du profit, c’est se contraindre à jouer dans le camp adverse et se priver de nos arguments les plus convaincants » (p. 167).

Par ailleurs « cette forme de mise en données du monde naturel n’est pas spécifique à la protection de la nature, mais pose des problèmes particuliers concernant le niveau d’instrumentation et d’intrusion compatible avec le maintien d’une vie authentiquement sauvage » (p. 169). Il faut s’interroger sur quelles données ? Quels savoirs ? Quels objets ? Quelles institutions ? Quelles valeurs ? Oui, « la crise de la biodiversité est aussi une crise profonde du rapport au monde vivant, qui invite à questionner nos valeurs et nos représentations » (p. 186).

Le dernier chapitre ouvre une perspective de réconciliation avec une écologie gagnante-gagnante. « Il ne faut pas céder à la dépolitisation que nous avons reprochée au discours de l’anthropocène et reconnaître d’emblée que tous les humains ne contribuent pas également à la dégradation et à la disparition du monde sauvage » (p. 192). Voilà qui pourrait faire l’objet d’une large discussion sur les inégalités environnementales et de santé, liées aux inégalités sociales !

  • La part sauvage.

Ici sont précisés les contours du concept de nature-altérité. La lecture devient un peu plus complexe ! Car « le dualisme de la modernité n’est pas une voie satisfaisante pour penser notre rapport à la nature et d’autre part que la grande absorption n’est pas la réponse appropriée » (p. 198).

Il faut donc faire un effort pour comprendre la distinction entre la nature et les affaires humaines sans entériner ce dualisme. C’est le cas pour nature-culture. L’auteure veut s’affranchir de cette pensée dualiste dans le contexte de la protection de la nature. Elle le fait à partir de notions telles le déni, l’exclusion radicale, l’incorporation, l’homogénéisation, l’instrumentalisation. « Nous voulons affirmer l’extériorité de la nature... Il convient pour cela de repenser la frontière entre nature et culture, non plus comme une dichotomie mais comme une dialectique » (p. 201).

Incontestablement, Maris est une fine dialecticienne. « Dans cette dialectique entre culture et nature, le sauvage est au contraire l’autre face de notre humanité » (p. 202). Au moment où les désastreuses « théories » du biologisme et du racisme refont surface, il est agréable de lire que « les frontières naturelles engendrent la diversité du vivant. Les frontières culturelles, lorsqu’elles ne sont pas des parois étanches qui étouffent les populations, produisent et maintiennent une diversité de langues, de traditions, d’organisations sociales » (p. 203).

À propos de l’altérité, « il est intéressant de constater que ce n’est pas tant la distinction entre nature et culture qui est remise en cause que la ligne de partage et la distribution de la multiplicité du côté de la culture pour les Occidentaux et du côté de la nature pour les cosmologies amazoniennes » (p. 206). Pour ce qui est de l’autonomie, « la biologie évolutive a fourni la preuve d’une continuité entre non humains et humains, l’écologie démontre la dépendance des humains à l’égard du monde naturel et le caractère essentiel des interactions (encore la dialectique !) entre les individus au sein des communautés » (p. 208). Ce qui revient à dire que les rapports sociaux, les rapports des hommes entre eux conditionnent le type de rapports que nous entretenons avec la nature.

À partir de trois mots, l’auteure nous parle de ce que le respect du sauvage n’est pas : fixité, misanthrope, néocolonial.

Je retiens que « préserver un monde hors de la société, c’est aussi se ménager un espace de recul et de distance pour observer et pour critiquer cette société » (p. 218). L’actualité montre qu’on en a bien besoin !

Cette partie se termine par la nécessité « de savoir comment (re)trouver cette part sauvage du monde qui nous intéresse » (p. 225). Cela peut se faire dans le temps (écologie historique), dans l’espace.

La(les) conclusion(s) posent des questions. Par exemple : la notion d’anthropocène adopte un point de vue extérieur à la planète ; « par rapport à la préservation de la nature sauvage, le changement climatique n’est qu’un aspect du problème, la transition énergétique est une pression de plus sur les espaces sauvages » (p. 240). Regardons de plus près la question des multiples relations hommes-nature et celle de la nécessité de « sortir de la trajectoire mortifère que l’orgueil et la cupidité de certains ont imposé à la société tout entière » (p. 240).

Luc Foulquier Ingénieur-chercheur en écotoxicologie

foulquier.luc@wanadoo.fr

 

1. Blanc N, Clergeau Ph. La nature en ville. In : Euzen A, Eymard L, Gail F. Le développement durable à découvert. CNRS éditions, 2013.

2. Levi Y. Du bon usage de l’environnement pour la santé. In : Euzen A, Eymard L, Gail F. Le développement durable à découvert. CNRS, 2013.

3. Foulquier L. Services écosystémiques. Valeur des écosystèmes. Environ Risque Sante 2018 ; 17(3) : 309-316.

4. Gouyon Ph, Leriche H. Aux origines de l’environnement. Fayard, 2010.

5. Aristote. La politique ; traduction de J. Tricot. Ed. Vrin, 1970.

6. Dorst J. La nature dénaturée. Ed. Points, 1965.

7. Carson RL. Le printemps silencieux. Plon, 1968.

8. Delaval A. La nature n’est pas d’accord ou le mirage du progrès. Le courrier du Livre, 1970.

9. Pellerin P. Lettres ouvertes aux assassins de la nature. Stock, 1972.

10. Hainard R. Expansions et nature. Le courrier du Livres, 1972.

11. Mességué M. C’est la nature qui a raison. Robert Laffondt, 1972.

12. Vadrot Cl. M. Déclaration des droits de la nature. Stock, 1973.

13. Toesca M. Le chant de la nature. Ed. France Empire, 1973.

14. Bonnefous E. L’homme ou la nature. Hachette, 1970.

15. Larére C. et R. Du bon usage de la nature. Champs Essais, 1997.

16. Morelly G. E. Code de la nature. Ed. La ville brûle, 2011.

17. Drouin J. M. Réinventer la nature. Ed. Desclée de Brouwer, 1991.

18. Devictor V. Nature et crise. Seuil, 2015.

19. De Kervasdoue J. Ils croient que la nature est bonne. Robert Laffont, 2016.

20. Fleury C., Prévot A. C. Le souci de la nature. Apprendre, inventer, gouverner. CNRS, 2017.

21. Chansigaud V. Les combats pour la nature. Ed. Buchet-Chastel, 2018.

22. Klein E. Matière à contredire. Ed. de l’Observatoire, 2018.

23. Foulquier L. Ils croient que la nature est bonne. Environ Risque Sante 2017 ; 16(2) : 202-203.

24. Remvikos Y. Nature. Culture. Du grand partage aux conséquences persistantes sur la manière d’aborder les problématiques de santé publique. Environ Risque Sante 2018 ; 17(6) : 619-623.

25. Gnansia E. Nature-Culture : intérêt du concept pour la santé-environnement. Environ Risque Sante 2018 ; 17(6) : 624-630.

26. Blanc S, Buetsch G, Hossaert-Mc Key, Renaud F. Écologie de la santé. CNRS. Cherche Midi, 2017.

27. Foulquier L. Écologie de la santé. Environ Risque Sante 2017 ; 16(4) : 420-421.

28. Parance B. Santé et environnement. Expertise et régulation des risques. CNRS, 2017.

29. Foulquier L. Santé et environnement. Expertise et régulation des risques. Environ Risque Sante 2017 ; 16(6) : 607-608.

30. Dossier : L’Occident et la nature : 2000 ans de malentendus. Les Cahiers de Science et Vie 2018 : 24-86.

31. Besnier JM. Le mythe du grand partage entre nature et artifice. In : Gouyon Ph, Leriche H. Aux origines de l’environnement. Fayard, 2010.

32. Drouin JM. Les Candolle et Darwin : écologues avant la lettre. In : Gouyon Ph, Leriche H. Aux origines de l’environnement. Fayard, 2010.

33. De Groot R. Mère nature. Les services que les écosystèmes naturels rendent à la société humaine. In : Gouyon Ph, Leriche H. Aux origines de l’environnement. Fayard, 2010.

34. Sarrazin F. Limites de l’empreinte humaine sur la nature : parcs et conservatoires. In : Gouyon Ph, Leriche H. Aux origines de l’environnement. Fayard 2010.

35. Aronson J, Blignaud JN. La restauration du capital nature : un outil clé dans la quête d’un futur durable. In : Gouyon Ph, Leriche H. Aux origines de l’environnement. Fayard, 2010.

36. Buclet N. Réconcilier l’homme et la nature grâce à l’écologie industrielle. In : Gouyon Ph., Leriche H. Aux orgines de l’environnement. Fayard, 2010.

37. Descola P. L’impossible dissociation entre nature et culture. In : Gouyon Ph, Leriche H. Aux origines de l’environnement. Fayard, 2010.

38. Wohlleben P. La vie secrète des arbres. Ce qu’ils ressentent. Comment ils communiquent. Paris : Éditions des Arènes, 2017.

39. Marx K, Engels F. Études philosophiques. Ed. Sociales, 1968.

40. Marx K. Le Capital. Ed. Sociales, 1977.

41. Maris V. Philosophie de la biodiversité. Petite éthique pour une nature en péril. Buchet-Chastel, Méta éditions, 2010.

42. Maris V. Nature à vendre. Les limites des services écosystémiques. Ed. Quae, 2014.

 

 

La perfection de la technique

Friedrich Georg Jünger

Allia, 2018, 400 pages, 22 euros

https://www.editions-allia.com/fr/livre/819/la-perfection-de-la-technique

« L’ignorance est là et notre savoir s’y meut comme une minuscule embarcation au milieu de l’océan » (Jünger, 2018).

« Mais la connaissance ne vise pas le succès. Elle n’est pas une chaîne d’invention intelligente, un système ingénieux pour vider les caisses et les sacs. Cette science ne nous sauvera pas. La Terre a besoin de l’homme comme d’un soigneur et d’un berger. Nous devons réapprendre à la traiter comme une mère » (Jünger, 2018).

J’ai tout d’abord hésité à acheter cet ouvrage écrit durant la dernière guerre en Allemagne dans le contexte politique que l’on connaît. Ce n’est qu’après avoir diagonalisé l’avant-propos de Nicolas Briand que je me suis décidé. Ce qu’il écrit dans ces quelques pages cadre bien avec une situation politique compliquée et pesante, deux frères écrivains, le cadet plus tourné vers la technique et sa compréhension de son positionnement omniprésent dans les sociétés industrialisées, qu’elles soient capitalistes ou communistes. Le texte qu’il introduit est en fait un assemblage des trois essais, le premier et principal élément écrit avant et publié en 1944 (et son édition pratiquement détruite par deux fois lors de bombardements). La technique chercherait-elle à tuer les écrits toxiques sur la technique ?

Cet assemblage de 1953 (publié en France en 2018) se traduit parfois par certaines redites (ou peut-être par l’impression de redites), un texte parfois un peu dense, des obligations de relecture, etc. Il concerne le quasi-monopole de la technique qui s’impose et aliène l’homme et qui, comme chez Jacques Ellul, ne peut que se développer, si possible à l’infini. Il écrit : « La technique ne couvre pas le besoin, elle l’organise »... Et pourtant, en 1944, voire en 1953, on est encore loin de l’idée de consommation et de jetable que l’on connaît actuellement. En ce sens F.G. Jünger dispose d’une réflexion acérée sur la société et sur son devenir. Pour l’auteur, plus la technique s’affine en sophistication, plus elle fait décroître la qualité du travail en le compartimentant, et plus elle a besoin d’une organisation pour rassembler les travaux des opérateurs de manière satisfaisante. Il ajoute le fait qu’en plus, il faut renforcer la sécurité des productions ce qui conditionne encore des processus organisationnels complémentaires... On ne dirait pas autrement aujourd’hui, à l’heure où des Fab-Labs se développent pour inverser ces processus considérés comme inacceptables par certains « déviants » à l’orthodoxie productiviste.

Il n’en reste d’ailleurs pas là ; quand il s’exprime sur la recherche, avant que l’idée même de New Public Management ait émergé dans la tête des pouvoirs politiques occidentaux, c’est avec une acuité extraordinaire, avec déjà une perte de la notion de liberté de la recherche (c’est vrai que le livre a été rédigé à une époque où il était préférable de ne pas penser, ce qu’il n’a pas fait) pour soutenir le développement de la technique en introduisant la notion de responsabilité de la recherche (signée pour une part par la France en 2005). « [La science] ne saurait cependant se dédouaner ainsi des conséquences des processus qu’elle décrit. Elle en a aussi la responsabilité. Son affirmation selon laquelle elle se contente de décrire est irrecevable »...

À cette soumission du chercheur à la technique, il associe celle du travailleur aliéné, contrôlé par la machine, enfermé dans le système et l’organisation du travail, tel Charlot dans Les Temps Modernes, avec les risques d’exclusion et en dehors du couple homme-machine, sans futur. Il écrit : « Un homme à qui l’on ôte du travail n’en devient pas pour autant capable de loisir, n’acquiert pas de ce seul fait la faculté de consacrer son temps à une occupation libre »... Cette situation résonne dans ma tête avec l’émergence du concept d’Industrie 4.0 avec en soutien les développements de l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui avec l’intrusion du digital dans la vie quotidienne des citoyens et des salariés, ceux-ci ressentent ces changements et s’en inquiètent, à juste titre ou pas. Il en est globalement de même dans les entreprises de service ou de production. Mais si le débat est ouvert, rien n’est définitivement tranché. En effet, il y a à la fois diminution du besoin humain pour une production donnée, mais, en même temps augmentation de la demande de biens achetables... Il y a donc besoin, comme l’exprime autrement Jüngers, d’un examen sérieux non seulement technologique, mais aussi des relations à la recherche et à la formation, à la citoyenneté et donc au politique. Il s’agit d’une nouvelle donne des rapports de compétences et d’autorités (pas nécessairement de pouvoir autocratique) qui doit faire l’objet de réflexions de la part des scientifiques, des politiques et finalement de tout le corps social qui a besoin d’être instruit sur les choix. Plutôt que de les subir, ne serait-il pas avantageux de les bien anticiper ?

Pour certains, il s’agit d’un progrès pour l’humanité, d’un passage obligé parce que c’est le moyen de rester dans la compétition et de faire (ou réintégrer) les usines sur le territoire, mais pour d’autres, l’intelligence artificielle (IA) présente simultanément des risques importants conduisant à des menaces pesant sur l’humanité, comme la désintégration de la vie privée des personnes, l’absence d’agences de contrôle, les perturbations à grande échelle par faiblesse de la cyber-sécurité, le délitement de la vie sociale, la perte des emplois ou des qualifications, etc. Mais, en même temps, utiliser l’IA pour faire de la police prédictive pour anticiper des crimes et autres méfaits risque de poser quelques problèmes éthiques concernant les libertés individuelles ! Tout cela n’était pas envisagé en 1944, mais il est possible de relier les écrits de l’auteur à ces tendances lourdes (même si à l’époque tout le monde surveillait tout le monde, mieux que chez Orwell dans 1984)...

Par ailleurs, parmi les nombreux thèmes interdépendants traités, celui de la planète : bien avant le rapport Meadows (club de Rome) de 1972, l’auteur s’insurge contre le gâchis des réserves parce que la technique, telle Moloch, en a toujours plus besoin pour avancer. Pour autant, il est sceptique sur un retour à une autre forme de rationalité, cette fois-ci environnementale. Il écrit : « Faire demi-tour sera d’autant plus douloureux et pénible que cette impasse est longue »...

Ce livre est une belle occasion de sortir de l’ignorance, il est plutôt pessimiste (mais peut-on faire autrement) et parfois (comme certains de mes écrits !) difficile à suivre, mais il est d’une actualité étonnante, alors que 1944 représente une vie totalement différente de la nôtre au présent. Chapeau l’artiste ! Cette vision du monde qui vient, à l’image d’écrits de prospectivistes comme ceux d’Alvin Tofler, mais avec un vrai recul philosophique, une réflexion approfondie est rare. On n’a pas besoin de savoir quelles étaient ses options politiques entre les deux grandes guerres mondiales pour apprécier cet ouvrage qui est déroutant par sa modernité, mais qui, j’en suis persuadé, laissera des traces dans vos mémoires... Vous ne regarderez plus vos téléphones portables avec le même regard...

Alors, pour terminer, je voudrais reprendre cette citation de Gunther Anders [1] citée dans le livre : « Il ne suffit pas de transformer le monde [...]. Nous devons aussi interpréter cette transformation pour que le monde ne continue pas à se transformer sans nous et ne devienne finalement un monde sans nous »... La balle est maintenant dans votre camp... Agissez donc en citoyens responsables !

Jean-Claude André INSIS-CNRS

jean-claude.andre1@sfr.fr

 

1. Anders G. L’obsolescence de l’Homme : sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle. Paris : Ivréa Ed. 2002.

 

 

Signalement d’ouvrages

 

Des têtes bien faites – Défense de l’esprit critique

Nicolas Gauvrit, Sylvain Delouvée

Puf, 2019, 288 pages. Livre broché : 19,50 euros. Version numérique : 15,49 euros

https://www.puf.com/content/Des_têtes_bien_faites

 L’esprit critique est sur toutes les lèvres. Entre l’explosion des Fake news et autres rumeurs sur Internet, et les innombrables théories du complot qui poussent certains jeunes sur la voie de la radicalisation, nous vivons dans un monde parsemé de pièges pour nos cerveaux, trop enclins à adhérer à des idées fausses voire complètement farfelues.

Dans cet ouvrage à la fois théorique et pratique, philosophes et chercheurs exposent les failles mentales qui nous rendent vulnérables aux erreurs de raisonnement, tandis que vidéastes, journalistes ou enseignants témoignent des actions menées pour développer l’hygiène mentale de leurs contemporains. Ensemble, ils imaginent les bonnes pratiques de l’autodéfense intellectuelle, afin de poser les jalons d’un enseignement de l’esprit critique plus que jamais nécessaire et qui, surtout, aura fait la preuve de son efficience.

 

 

Antivax – La résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours

Françoise Salvadori et Laurent-Henri Vignaud

Vendémiaire, 2019, 360 pages, 23 euros

https://www.editions-vendemiaire.com/catalogue/collection-chroniques/antivax-francoise-salvadori-et-laurent-henri-vignaud/

 Selon une enquête récente, plus de 40 % des Français considèrent que les vaccins ne sont pas sûrs. La rougeole s’étend sur notre territoire, la diphtérie réapparaît en Europe, le monde voit s’éloigner la possibilité d’une prochaine éradication de la poliomyélite, seuls 20 % des infirmiers se vaccineraient contre la grippe saisonnière... Comment expliquer cette vague de méfiance, menaçant de faire resurgir en Occident des maladies que l’on pensait disparues ? Oppositions religieuses, arguments écologiques, préventions contre une industrie Big Pharma et un État Big Brother... Si internet facilite aujourd’hui la diffusion de théories conspirationnistes, la plupart des courants “antivax” modernes reprennent des arguments nés dès le XVIIIsiècle. Pasteur lui-même ne fut-il pas en son temps accusé d’être un spéculateur vantant les mérites d’un procédé qui aurait fait plus de victimes que la maladie elle-même ? Une enquête sur trois siècles d’oppositions à une révolution médicale, qui fait le point sur toutes les polémiques actuelles à la lumière des débats du passé.

 

 

La fin de l’alimentationComment le changement climatique va bouleverser ce que nous mangeons

Wilfried Bommert et Marianne Landzettel

La Librairie Vuibert, 2019, 352 pages. Livre broché : 22,90 euros. Version numérique : 15,99 euros

http://www.la-librairie-vuibert.com/livre/9782311102604-la-fin-de-lalimentation

 Que nous restera-t-il à manger demain?

Le réchauffement climatique menace notre alimentation. Le chocolat, le café, l’huile d’olive, les tomates ou les pommes de terre en seront sans doute les premières victimes.

Wilfried Bommert et Marianne Landzettel ont parcouru le monde pour prendre la mesure des conséquences concrètes du bouleversement à l’œuvre : inondations et pollution dans l’Iowa, sécheresses en Californie, au Ghana ou dans le sud de l’Espagne, parasites destructeurs au Brésil comme en Italie, acidification des océans...

Pour mener cette enquête d’envergure, ils sont partis à la rencontre des agriculteurs, des éleveurs, des agronomes et des acteurs de terrain qui enregistrent chaque jour les manifestations du désastre en cours et expérimentent des solutions.

Une lecture incontournable pour comprendre notre avenir et celui de nos assiettes.

 

 

Environmental engineering for the 21th centuryAddressing grand challenges

National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine

The National Academies Press, 2019, 360 pages. Livre broché : 45 livres. Lecture et téléchargement libres

https://www.nap.edu/catalog/25121/environmental-engineering-for-the-21st-century-addressing-grand-challenges

 Environmental engineers support the well-being of people and the planet in areas where the two intersect. Over the decades the field has improved countless lives through innovative systems for delivering water, treating waste, and preventing and remediating pollution in air, water, and soil. These achievements are a testament to the multidisciplinary, pragmatic, systems-oriented approach that characterizes environmental engineering.

Environmental Engineering for the 21st Century: Addressing Grand Challenges outlines the crucial role for environmental engineers in this period of dramatic growth and change. The report identifies five pressing challenges of the 21st century that environmental engineers are uniquely poised to help advance: sustainably supply food, water, and energy; curb climate change and adapt to its impacts; design a future without pollution and waste; create efficient, healthy, resilient cities; and foster informed decisions and actions.

Licence This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International License