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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Les cellules interstitielles de Cajal, les plexus myentériques et les cellules gliales dans la diverticulose colique Volume 13, issue 2, Mars-Avril 2006

Author
Service d’Hépatogastroentérologie CHU de Nantes et Inserm U539 Nantes
  • Page(s) : 144
  • Published in: 2006

Les cellules interstitielles de Cajal, les plexus myentériques et les cellules gliales dans la diverticulose colique

Auteur(s) : Thierry Piche

Bassotti G, Bataglia E, Dughera L, Fisogni S, Zambelli C, Morelli A, et al. Interstitiel cells of cajal, enteric nerves, and glial cells in colonic diverticular disease. J Clin Pathol 2005 ; 58 : 973-7.

La diverticulose colique est une affection digestive très fréquente qui est caractérisée par le développement de protrusions de muqueuse et de sous-muqueuse très vascularisées au travers des couches musculaires. Des anomalies de la motricité colique pourraient être l’un des facteurs impliqués dans la pathogénie de cette affection. En effet, il a été montré que les malades atteints de diverticulose présentaient des anomalies de l’activité motrice propulsive, particulièrement au niveau des zones coliques associées aux diverticules. Il n’existe que très peu d’études sur la physiopathologie de la diverticulose et aucun travail ne s’est intéressé au rôle potentiel des cellules interstitielles de Cajal (CIC) dans la survenue des anomalies motrices au cours de la diverticulose. Les CIC constituent des cellules clés dans la génération de l’activité motrice du côlon et le traitement de l’information au niveau du système nerveux entérique (SNE). Trois populations de CIC ont été identifiées dans le côlon humain ; au niveau de la sous-muqueuse (CIC-SM), les plus nombreuses dans l’espace compris entre les deux couches musculaires (CIC-MY) ; et enfin au sein des couches musculaires (CIC-IM). Il semble que les CIC-SM et MY soient impliquées dans la génération des ondes lentes alors que les CIC-IM participeraient au traitement de l’information au niveau SNE. Le but de la présente étude était de déterminer les différents types de CIC et des marqueurs d’expression neuronaux dans des biopsies coliques de malades atteints de diverticulose. Les auteurs formulaient l’hypothèse que les malades pouvaient avoir des anomalies des CIC et/ou des neurones entériques à l’origine des anomalies de la motricité colique généralement observées au cours de cette pathologie.
Des biopsies transmurales du côlon étaient obtenues à partir de pièces chirurgicales de malades opérés pour des complications diverticulaires (n = 39). Dix prélèvements témoins étaient recueillis à partir de zones coliques saines chez des malades opérés pour un cancer du côlon. Au moins dix biopsies étaient examinées en immunohistochimie. La protéine PGP 9.5, une protéine cytoplasmique qui est considérée comme un marqueur général des neurones, et la protéine S 100, un marqueur spécifique des cellules gliales, étaient utilisés pour évaluer le SNE. Les cellules de Schwann, les cellules gliales intraganglionnaires proches de CIC et les ganglions myentériques étaient repérés à l’aide d’un anticorps monoclonal spécifique (anti S 100). Ce marquage permet d’établir un contraste entre les cellules non marquées afin de mieux observer les cellules de Schwann et gliales. Un marquage de Kit (CD117) utilisait un anticorps polyclonal. Les mastocytes positifs pour le marqueur Kit servaient de contrôle interne positif. La sous-muqueuse et les plexus myentériques étaient marqués par PGP 9.5 et S100 et observés à fort grossissement (520). Pour chaque malade, le nombre de cellules marquées était calculé et exprimé par le nombre moyen de cellules au sein de 10 champs mesurant environ 0,785 mm2. Dans les deux groupes, la muqueuse, la sous-muqueuse, le muscle lisse et l’architecture des plexus myentériques étaient normaux en histologie conventionnelle. Un infiltrat inflammatoire composé de neutrophiles, de lymphocytes et de macrophages était observé chez les 4 malades opérés pour une diverticulite. L’expression de PGP 9.5 n’était pas significativement différente chez les malades ou les témoins que ce soit au niveau des plexus myentériques (50 ± 17 versus 60 ± 17 ; p = 0,1) ou les plexus sous-muqueux (41,2 ± 15 versus 44,5 ± 11 ; p = 0,5). Le nombre de cellules S 100 était diminué de manière significative chez les malades aussi bien dans les plexus myentériques (171 ± 40 versus 214,4 ± 33,3 ; p = 0,004) que les plexus sous-muqueux (78,3 ± 27,4 versus 127 ± 47 ; p = 0,0004). Le nombre moyen de CIC était significativement diminué chez les malades. En revanche, il n’existait pas de différence concernant les cellules positives pour Kit ou S 100 entre les malades ayant été opérés pour diverticulites et ceux atteints de diverticuloses ou encore au niveau de zones sans diverticules. Cette étude montre qu’il existe une réduction significative du nombre de CIC et de cellules gliales au cours de la diverticulose. La diminution des CIC pourrait être responsable de la baisse significative de l’activité contractile qui a été décrite chez ces malades. Dans ce travail, il n’est pas possible d’établir un lien entre la baisse du nombre des cellules S 100 et des CIC et les modifications de l’activité motrice colique. Ces données méritent d’être confirmées et peuvent être extrapolées à d’autres pathologies dans lesquelles une réduction des CIC a été documentée, comme la constipation de transit (inertie colique) ou la pseudo-obstruction intestinale chronique idiopathique. On peut remarquer que l’inflammation ne semble pas altérer la glie ce qui est surprenant au vu des données actuelles qui concernent les relations entre l’inflammation épithéliale et le SNE.