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Une réaction toxique « flagellée » Volume 6, issue 1, Janvier-Février-Mars 2018

Figures


  • Figure 1

  • Figure 2

Observation

Un homme de 32 ans se présentait aux urgences pour une éruption cutanée ayant débuté sur le dos, d’extension rapidement progressive sur l’ensemble du tronc (figures 1 et 2). Il n’avait pas d’antécédent et ne prenait aucun traitement. Les lésions avaient débuté 48 heures auparavant. À l’examen physique, on notait de petites papules érythémateuses disséminées sur l’ensemble du tronc et par endroits groupées de façon linéaire. L’atteinte était extrêmement prurigineuse. Devant cette dermatose d’aspect flagellé, le diagnostic de dermatite au Shitakee était évoqué, confirmé par le patient qui rapportait une consommation du champignon non cuit deux jours auparavant. Un traitement par dermocorticoïdes d’activité forte (Diprosone®) était prescrit permettant une régression de l’éruption en une quinzaine de jours.

Discussion

Le Shitakee (de shii, une des espèces d’arbres (proche du chêne) et de take, qui signifie « champignon poussant sur ») est un champignon d’origine asiatique dont la consommation devient de plus en plus fréquente en Occident. Réputé pour ses vertus anti-cancéreuses, il est également consommé comme anti-oxydant et est devenu, en quelques dizaines d’années, le deuxième champignon le plus consommé au monde derrière le champignon de Paris.

Sa consommation à l’état cru ou insuffisamment cuit est à l’origine d’une dermatose dite « flagellée » [1-3]. Les premiers cas décrits étaient asiatiques [1], le premier cas européen publié date de 2006. Cette réaction serait due au lentinane, un polysaccharide, responsable d’une interaction avec le système immunitaire à l’origine d’une inflammation cutanée [4, 5]. L’éruption est caractérisée par des papules extrêmement prurigineuses, érythémateuses, voire purpuriques, disséminées pouvant adopter une disposition linéaire. Elle survient 24 à 48 heures après la consommation du champignon et régresse spontanément en une à trois semaines [2, 3, 6].

Concernant notre patient, les diagnostics différentiels sur la présentation clinique dermatologique étaient les autres dermatoses dites « flagellées ». Les principales étiologies donnant cet aspect étant la dermatomyosite [7] et l’hyperpigmentation flagellée à la bléomycine [8-10]. À noter qu’à une moindre mesure, cette présentation clinique a été décrite avec d’autres agents antinéoplasiques (la bendamustine, le docetaxel, la peplomycin et plus récemment le trastuzumab) [11].

Cependant, l’histoire et les caractéristiques cliniques ainsi que le délai après la consommation du champignon nous ont permis de porter le diagnostic certain de dermatose flagellée au Shitakee.

La consommation de plus en plus fréquente dans le monde de ce champignon et sa toxicité possible lorsqu’il est consommé cru imposent aux dermatologues de connaître l’aspect caractéristique en « un coup d’œil » de cette pathologie.

Liens d’intérêts

les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec l’article.

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