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Psychologie & NeuroPsychiatrie du vieillissement

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Alzheimer’s disease and psychotic symptoms Volume 4, issue 1, Mars 2006

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  • Page(s) : 79
  • Published in: 2006

Auteur(s) : Christian Derouesné

Une importante méta-analyse, portant sur 55 études effectuées de 1990 à 2003, vient d’être consacrée aux troubles psychotiques dans la maladie d’Alzheimer (MA) [1]. Les résultats montrent bien les limites de ce type d’études : la variabilité des populations sélectionnées, des méthodes utilisées pour recueillir les symptômes et les difficultés de différencier les démences à corps de Lewy de la MA rendent les résultats pour le moins incertains. La prévalence moyenne des hallucinations est de 41 %, mais varie de 12,2 à 74,1 % selon les études, celle des idées délirantes de 36 % en moyenne avec des écarts de 9,3 à 63 %. Il faut, en outre, inclure des autres symptômes psychotiques (non précisés) dans 3,6 à 38,9 % des cas. La prévalence est plus forte en milieu institutionnel que chez les patients vivant dans la communauté. Dans une étude française effectuée à partir d’une consultation spécialisée, nous avions observé une fréquence de 29 % pour les hallucinations et de 22 % pour les idées délirantes [2].

Il est banal de dire que les symptômes psychotiques sont plus sévères lorsque la démence s’aggrave. Pourtant, cette relation entre sévérité de la démence, observée dans 20 études, n’est pas retrouvée dans 10 autres. Les idées délirantes seraient plus fréquentes au stade de démence modérée et l’incidence des troubles psychotiques atteindrait un plateau après 3 ans d’évolution. Il semble exister un certain accord sur l’absence de relation entre symptômes psychotiques et âge du patient, âge de début et durée de la maladie, et sexe. Les hallucinations seraient plus fréquentes dans la population noire américaine (association observée dans 5 études, mais non retrouvée dans 2).

La présence d’hallucinations, mais non d’idées délirantes, serait associée à un déclin cognitif plus rapide [1] et à un risque plus élevé de mortalité, notamment lorsque les hallucinations visuelles sont associées à des hallucinations auditives [3]. L’influence des traitements reste, de même, difficile à évaluer.

Quelle conclusion ? À vrai dire, ces études ne nous renseignent guère ni sur la physiopathologie des hallucinations et des idées délirantes, ni sur leur prise en charge. Tout au plus, peut-on penser que le lien entre lésions cérébrales et phénomènes psychotiques n’est certainement pas aussi simple que l’idéologie dominante tend à nous le faire penser.

1. Ropacki SA, Jeste DV. Epidemiology of and risk factors for psychosis of Alzheimer’s disease : a review of 55 studies published from 1990 to 2003. Am J Psychiatry 2005 ; 162 : 2022-30.

2. Derouesné C, Piquard A, Thibault S, Baudouin-Madec V, Lacomblez L. Les manifestations non cognitives de la maladie d’Alzheimer. Étude de 150 cas à l’aide d’un questionnaire rempli par le conjoint. Rev Neurol (Paris) 2001 ; 157 : 162-77.

3. Wilson RS, Krueger KR, Kamenetsky JM, Tang Y, Gilley DW, Bennett DA, et al. Hallucinations and mortality in Alzheimer disease. Am J Geriatr Psychiatry 2005 ; 13 : 984-90.