John Libbey Eurotext

Médecine thérapeutique

Sémiologie auscultatoire et stéthoscope : in ou out ? Volume 21, issue 3, Mai-Juin 2015

Figures

  • Figure 1
  • Figure 2

Le courant actuel en médecine consiste à exiger de plus en plus que les médecins s’appuient sur les meilleures preuves disponibles (« médecine factuelle ») et non plus tant sur leur expérience, leur intuition ou leur savoir-faire (« art médical »). Il fait la part belle à une médecine toute scientifique reposant avant tout sur des données chiffrées. Le fait d’utiliser un stéthoscope et d’ausculter apparaît ainsi pour nombre de praticiens comme dépassé voire obsolète (« sémiologie auscultatoire et stéthoscope : out ? »)… Il est vrai que les nouveautés dans le domaine de l’auscultation sont peu nombreuses ou peut-être pas assez spectaculaires ? Savoir distinguer les sons (bruits) normaux et anormaux (murmure vésiculaire, crépitant, souffle cardiaque…) reste néanmoins capital en pratique du quotidien pour le diagnostic médical !

Depuis l’invention du stéthoscope et la description de la sémiologie auscultatoire par le Docteur Laennec, ces derniers ont peu évolué (Traité de l’auscultation médiate, Paris, 1819), alors que des pans entiers de la médecine faisaient des avancées incroyables (biologie moléculaire, robotique, biothérapies…). Toutefois, des progrès ont été réalisés ces dernières années tant dans le perfectionnement des outils d’écoute, avec la mise à disposition de stéthoscopes électroniques, que dans l’analyse et la description des signaux auscultatoires, faisant espérer un regain d’intérêt dans le domaine de l’auscultation [1].

Depuis quelques années, la sémiologie auscultatoire et le stéthoscope sont entrés dans le XXIe siècle. Ainsi la caractérisation des sons, l’analyse et le mode d’exploitation de ces derniers ont-ils abouti à des progrès significatifs avec la description de diverses briques d’une « nouvelle » sémiologie auscultatoire [2]. Divers travaux ont qualifié plus précisément ces sons, en essayant de mieux préciser et définir leurs caractéristiques physiques (figure 1) permettant par là même la mise en œuvre d’une analyse objective, qualitative voire quantitative de ces sons [3, 4]. La mise à disposition d’outils de représentation de ces sons, sous forme de pneumo-, cardio-phonogramme ou spectrogramme, ouvre également des perspectives intéressantes dans le cadre du diagnostic et de l’enseignement (figure 2)[4]. Le développement de nouveaux stéthoscopes électroniques, communicants et pour certains « intelligents », œuvre dans ce sens.

Alors que l’auscultation conventionnelle est subjective et difficilement partageable, la caractérisation et l’identification physique des sons à travers des systèmes d’enregistrement et d’analyse devraient apporter une aide au diagnostic objectif et précoce avec une meilleure sensibilité et reproductibilité des résultats (« sémiologie auscultatoire et stéthoscope : in ? »). Une étude auprès d’étudiants de 2e et 3e cycles des études médicales a ainsi permis d’objectiver un meilleur « rendement » diagnostique dans le cadre de pathologies cardiaques et pulmonaires : < 50 % de diagnostics exacts avec le stéthoscope standard versus > 80 % avec ces nouveaux outils, dont le support visuel [5].

Ainsi loin de paraître « out », comme semble l’écrire certains sur Internet, notamment depuis la mise à disposition de dispositifs d’échographie portable et miniaturisée, il nous semble que le stéthoscope n’a jamais été aussi « in », s’appuyant sur la redécouverte de l’œuvre de Théophile Laennec avec les outils de notre temps (informatique, bluetooth, 4G…) !

Projets de recherche

Projet ASAP (convention ANR n̊ 2006 TLOG 21 04), Région Alsace. Projet STETAU (convention DGE – Direction Générale de l’Équipement), projet labellisé par le Pôle « Innovation Thérapeutique ».

Liens d’intérêts

les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec l’article.