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Hématologie

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Les lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés aux prothèses mammaires : du diagnostic au séquençage moléculaire Article à paraître

Illustrations

  • Figure 1
  • Figure 2
  • Figure 3
Auteurs
1 Département de Pathologie, CHU de Toulouse, Institut Universitaire du Cancer de Toulouse, Toulouse, France
2 Inserm, U.1037, centre de recherche en cancérologie de Toulouse-Purpan, laboratoire d’excellence Toucan, Toulouse, F-31100 France
3 Unité hémopathies lymphoïdes, groupe hospitalier Henri Mondor, Créteil, France
4 Inserm U955 et université Paris-Est, Créteil, France
5 Département de pathologie, groupe hospitalier Henri Mondor, Créteil, France
* Correspondence

Le lymphome anaplasique à grandes cellules sans expression de la kinase du lymphome anaplasique (ALK-) sur implants mammaires (BI-ALCL) est une nouvelle entité récemment individualisée dans la classification de l’Organisation mondiale santé de 2017. Décrit pour la première fois en 1997, l’incidence des BI-ALCL est estimée entre 0,1 et 5 pour 100 000 femmes porteuses d’implants mammaires. Le diagnostic de BI-ALCL repose sur l’analyse histologique exhaustive de la capsule et/ou du liquide périprothétique montrant une prolifération lymphomateuse à grandes cellules de phénotype T cytotoxique exprimant les marqueurs CD30 et EMA. En 2016, la première série française de patientes atteintes de BI-ALCL a permis de caractériser deux sous-types histologiques, in situ et « tumoral », comme étant les plus souvent corrélés à la présentation clinique : dans la forme in situ, les patientes présentent un épanchement isolé et adjacent à l’implant, et ont une évolution clinique indolente. Dans 20 % des cas, le BI-ALCL est de type tumoral, de plus mauvais pronostic, les patientes développant une masse tumorale pouvant disséminer. La prise en charge thérapeutique et le pronostic dépendent de l’extension locale et/ou à distance de la tumeur, évaluée par un score TNM récemment proposé. Le BI-ALCL est traité efficacement par capsulectomie totale dans sa forme localisée/in situ, mais nécessite néanmoins une approche thérapeutique plus intensive dans la forme tumorale. Son pronostic est toutefois excellent avec une survie globale à trois et à cinq ans de 93 et 89 %, respectivement. L’étiopathogénie des BI-ALCL s’explique par de multiples facteurs intrinsèques et extrinsèques comme la stimulation antigénique chronique secondaire à l’immunogénicité et/ou au microbiote des implants, une susceptibilité génétique individuelle et l’acquisition d’altérations moléculaires. L’ensemble favoriserait l’expansion clonale de lymphocytes T et entraînerait l’apparition de BI-ALCL. En 2020, le séquençage exomique entier de la plus large cohorte de BI-ALCL a permis de caractériser le paysage mutationnel des BI-ALCL en identifiant pour la première fois une prépondérance d’altérations moléculaires ciblant les mécanismes de régulation épigénétique auxquelles s’associent de fréquentes mutations activant la voie de signalisation JAK/STAT dont certaines avaient été précédemment décrites. Si la fréquence des BI-ALCL reste faible, son incidence a presque doublé en sept ans en France, ce qui a suscité une surveillance accrue des femmes porteuses d’implants par l’Agence nationale de sécurité du médicament, aboutissant, en 2019, au retrait du marché des implants mammaires macrotexturés ou en polyuréthane. Enfin, la mise en place en 2018 d’un registre clinicobiologique national promu par la Lymphoma Study Association/Lymphoma Academic Research Organisation (LYSA/LYSARC) et adossé à la réunion nationale de concertation pluridisciplinaire des BI-ALCL mise en place à la demande de l’Institut national du cancer (INCa) et le réseau Lymphopath, recense les caractéristiques biocliniques et les facteurs étiopathogéniques des BI-ALCL ayant pour but d’identifier les causes ou facteurs de risque associés et d’améliorer leur prise en charge.