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Sciences sociales et santé

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Les inégalités sociales de santé au prisme de l’intersectionnalité Volume 39, numéro 1, Mars 2021

Auteur
* Sociologue, Université de Montréal et CREMIS (Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté), Canada

La perspective intersectionnelle, mobilisée dans les études de genre depuis la fin des années 1980, est apparue dans la littérature anglophone sur les inégalités sociales de santé (ISS) au début des années 2000 mais reste encore largement absente de son pendant francophone. En s’appuyant sur certains éléments de ce corpus anglophone, issus des sciences sociales comme de l’épidémiologie, cet article examine l’intérêt de cette perspective pour la recherche sur les ISS : comment peut-elle aider à lire, dans la santé des individus, la trace des rapports inégalitaires multiples, imbriqués et co-construits dans lesquels ils sont pris ?

Sont d’abord présentées l’intersectionnalité et deux théories qui ont marqué la recherche sur les ISS ces trente dernières années – celle des causes fondamentales et la théorie éco-sociale –, afin d’identifier la complémentarité entre la première et chacune des deux autres. Est ensuite exploré le potentiel de l’intersectionnalité pour renouveler l’analyse de certains constats classiques sur les ISS.

Il s’avère que ce potentiel tient dans la vigilance qu’impose cette perspective pour débusquer les multiples rapports sociaux conjointement impliqués dans ces ISS et en décrypter la co-construction. Cette vigilance se révèle particulièrement précieuse quand elle s’applique aux « combinaisons dissonantes » de statuts associant, chez un même individu, des statuts avantagés et des statuts désavantagés selon les rapports considérés. Leur analyse offre en effet une compréhension nuancée des rapports sociaux inégalitaires qui échapperait à une grille de lecture non intersectionnelle. Cette voie de recherche reste pourtant relativement peu exploitée dans la littérature.