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Sciences sociales et santé

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« Pas de crise, soyez coopérative ! » : les conditions de prise en compte de la parole des patient·e·s dans une unité psychiatrique Volume 41, numéro 2, Juin 2023

Tableaux



Auteurs
* Sociologue, ENSEIS Recherche, UMR 5283 Centre Max Weber, CHU de Saint-Étienne, Villeurbanne, France ;
** Sociologue, Université de Rennes, EHESP, CNRS, ARENES UMR 6051, Paris/Rennes, France ;
*** Sociologue, EPS Ville-Evrard, Neuilly-sur-Marne, France ;
**** Sociologue, Université Paris-Saclay, Laboratoire Printemps UMR 8085 - CNRS / UVSQ, Guyancourt, France ;

La valorisation de la parole des patient·e·s dans le système de santé soulève en psychiatrie des enjeux spécifiques, pour partie liés au statut particulier qu’y occupe cette parole. Cette exigence entre en tension avec les transformations de l’hôpital et de la psychiatrie confrontés à des difficultés majeures de recrutement et à des pressions gestionnaires. Notre article vise à éclairer les conditions concrètes de réception de la parole des patient·e·s dans le quotidien d’une unité d’hospitalisation en psychiatrie. Notre enquête, basée sur des observations et des entretiens, montre que la vie au sein de l’unité est rythmée par de nombreuses sollicitations de la part des patient·e·s. Elles produisent un « bruit de fond » qui ne les rend pas toujours audibles. Des espaces dédiés d’échanges entre professionnel∙le∙s et patient·e·s, notamment la réunion soignant·e·s-soigné·e·s, permettent de faire émerger les critiques de patient·e·s à l’égard de la disponibilité de l’équipe professionnelle. Cette critique donne lieu à des débats parfois houleux, mais qui invitent les professionnel·le·s à une réflexivité sur leurs pratiques et l’organisation du travail en psychiatrie. Ainsi, la dimension relationnelle du travail psychiatrique est discutée par les soignant·e·s, à la fois comme le cœur de leur mandat et comme un révélateur des apories de son exercice.