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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé

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Les appendicites aiguës au Centre national hospitalier universitaire de Bangui, Centrafrique : aspects épidémiologiques, cliniques, paracliniques et thérapeutiques Volume 11, numéro 2, Avril - Mai - Juin 2001

Auteurs
Centre de formation et de recherche en médecine et santé tropicales (Pr J. Delmont), Hôpital Nord, chemin des Bourrelys, 13015 Marseille, France.

Une étude rétrospective a été menée pour analyser les aspects épidémiologiques, cliniques, paracliniques et thérapeutiques des tableaux d'appendicites aiguës observés au Centre national hospitalier universitaire (CNHU) de Bangui (Centrafrique), et les résultats obtenus ont été comparés avec ceux rapportés dans les autres pays africains et dans les pays industrialisés. Du 15 septembre 1990 au 15 février 1992, 285 patients ont bénéficié d'une appendicectomie et sont inclus dans l'étude épidémiologique. L'étude clinique, paraclinique et thérapeutique porte secondairement sur 57 patients dont le dossier médical était complet (20 % des patients opérés). Les appendices enlevés de ces 57 patients ont été analysés par la suite au Laboratoire d'anatomie pathologique de la Faculté de médecine de Marseille en France. Les appendicectomies représentent 42,3 % des interventions en chirurgie viscérale d'urgence pour syndrome douloureux abdominal non traumatique. L'incidence des appendicectomies dans la ville de Bangui pour l'année 1991 est de 36,5 pour 100 000 habitants. Le diagnostic positif est essentiellement clinique. Une leucocytose supérieure à 10 000 globules blancs par mm3 de sang n'existe que dans 30 % des cas. L'examen anatomopathologique a montré 10 parasites : œufs de Schistosoma mansoni (sept cas) et de Ascaris lumbricoides (un cas) dans les appendicites aiguës, et présence d'œufs de S. mansoni (un cas) et de A. lumbricoides (un cas) lors de suspicion d'appendicite aiguë mais analyse histologique normale de l'appendice enlevé. La plupart des malades avaient consulté tardivement, en moyenne 4 jours après le début des symptômes. Le taux d'appendicectomie de principe était de 12,7 %. Une antibiothérapie systématique a été prescrite aux patients en postopératoire. La durée moyenne d'hospitalisation après opération était de 7,6 jours. Aucune complication postopératoire précoce n'a été relevée. En revanche, on note parmi les 57 patients deux complications tardives ayant conduit au décès, soit un taux de mortalité de 3,5 %. Il s'agissait d'une péritonite après appendicectomie comportant une résection intestinale et d'un syndrome occlusif avec choc septique. La fréquence des appendicites au CNHU de Bangui en Centrafrique est similaire à celle rapportée dans les autres pays d'Afrique tropicale (proche de 1 %). L'incidence des appendicectomies demeure toutefois basse comparée à celle observée dans les sociétés occidentales (15 voire 40 %). À Bangui, le diagnostic des appendicites est fondée sur les données classiques de l'examen clinique, parfois associé à des examens biologiques évocateurs s'ils sont disponibles. Des parasites ont été identifiés sur les coupes histologiques de certains cas d'appendicites aiguës mais leur responsabilité dans la genèse des appendicites est toujours discutée. Certains examens sont performants dans l'exploration des syndromes douloureux aigus non spécifiques de l'abdomen : marqueurs de l'inflammation, notamment la protéine C réactive ou CRP, échographie abdominale graduée et cœlioscopie devraient être disponibles dans les hôpitaux des pays africains afin d'améliorer la précision diagnostique et diminuer la fréquence encore élevée des appendicectomies de principe. La mortalité postopératoire au CNHU de Bangui est relativement élevée comparée aux taux bas (entre 0,1 et 0,25 %) signalés dans les pays industrialisés, mais elle est proche de celle rapportée dans les séries africaines. Cette mortalité résulte, d'une part, des consultations tardives - car, en Afrique tropicale, les patients voient d'abord les tradipraticiens - et, d'autre part, d'une méconnaissance diagnostique.