John Libbey Eurotext

Médecine de la Reproduction

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La transplantation utérine : un nouveau don procréatif Volume 23, numéro 4, Octobre-Novembre-Décembre 2021

Auteurs
1 Hôpital Foch, service de gynécologie-obstétrique et biologie de la reproduction, SuresnesFrance
2 UMR BREED, INRAE, UVSQ, Paris Saclay, ENVA
* Tirés à part

Près de 10 000 femmes en France souffriraient d’une infertilité utérine, principalement liée au syndrome Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH), qui prive les femmes d’utérus à la naissance. Depuis la première naissance suite à une transplantation utérine (TU), en Suède, en 2014, plusieurs pays, dont la France, ont mis en place des essais de TU. Cet article met en lumière les enjeux psychologiques que la TU engage chez les trois protagonistes : la receveuse, son conjoint et la donneuse. Matériel et méthode : Le service de gynécologie-obstétrique et biologie de la reproduction de l’hôpital Foch de Suresnes est impliqué scientifiquement dans la TU depuis 2011. Depuis 2013, plus de 200 candidatures ont été adressées à ce service. Seules 16 familles sont parvenues à remplir les critères d’inclusion à l’essai. La psychologue dédiée a mené de longs entretiens cliniques avec la donneuse, la receveuse et son conjoint. Résultats : Toutes les receveuses potentielles souffrent d’un syndrome MRKH. Les donneuses potentielles sont principalement les mères des receveuses (81 %), ainsi qu’une tante maternelle, une belle-sœur et une belle-mère. L’âge moyen des donneuses est de 55 ans (48-65 ans), elles sont majoritairement en couple (88 %). Les receveuses sont âgées de 27 ans en moyenne (23-36 ans) et leurs conjoints de 33 ans en moyenne (22-45 ans). La durée de vie conjugale est en moyenne de six ans. Soixante-dix pour cent (70 %) des mères donneuses ont exprimé une culpabilité vis-à-vis du syndrome ; 31 % (n = 5) des donneuses potentielles, dont quatre mères, ont exprimé des réticences et des doutes quant à leur geste ; 62,5 % des donneuses sont ménopausées et 75 % sont grands-mères. Tous les couples sont bien renseignés sur la gestation pour autrui et l’adoption. Deux couples sont très avancés dans ces démarches. Seuls les conjoints évoquent spontanément les risques du protocole. Seule une famille a accédé à la transplantation, puis à la naissance d’un enfant. Conclusion : Cette extraordinaire avancée chirurgicale a donné un espoir incroyable à ces femmes privées d’utérus depuis leur naissance. Elles acceptent la part de risque, tant l’espoir de grossesse, d’accouchement et de maternité biologique, donné par l’essai, alimente le rêve d’une féminité complète, non atrophiée. Le désir de complétude féminine va de pair avec leur désir d’enfant. Cet essai a rendu le drame des femmes privées d’utérus enfin visibles dans la société et dans la recherche médicale.