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Médecine thérapeutique / Endocrinologie

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Marqueurs du remodelage osseux Volume 2, numéro 5, Septembre - Octobre 2000

Auteurs
Service de Rhumathologie A, Hôpital Cochin, 27, rue du Faubourg St Jacques, 75674 Paris Cedex 14, France.

L’ostéoporose est une pathologie du squelette caractérisée par une masse osseuse basse et une dégradation micro-architecturale du tissu osseux. Elle est définie par une densité minérale osseuse (DMO mesurée par absorptiométrie biphotonique) inférieure ou égale à 2,5 DS au-dessous de la DMO moyenne des adultes jeunes (c’est-à-dire  -2,5 T-score). Le T-score est indépendant de l’âge (le Z-score, représentant la différence entre la valeur mesurée et la valeur moyenne théorique ajustée par l’âge et le sexe, sera utile chez les sujets jeunes et très âgés pour repérer les sujets les plus à risque de fracture). La conséquence de la diminution de la DMO est une fragilité osseuse avec risque de fracture. L’ostéoporose est très souvent asymptomatique et les fractures et leurs complications en constituent les manifestations cliniques. Il s’agit d’une pathologie du vieillissement, surtout féminine, dont l’incidence augmente en même temps que l’espérance de vie, et qui apparaît actuellement comme un problème majeur de santé publique. La prévention est certainement le seul moyen pour réduire significativement la charge économique de l’ostéoporose. Il semble ainsi important de pouvoir détecter aussi tôt que possible les sujets particulièrement à risque de fracture plus tard dans leur vie, ce qui pourrait permettre de cibler une thérapeutique préventive. Il faut toutefois remarquer que l’observance de ces traitements (traitement hormonal substitutif de la ménopause (THS), bisphosphonates) est très souvent médiocre. Si une valeur basse de DMO est prédictive d’un risque fracturaire important, une DMO normale n’exclut absolument pas une perte osseuse ultérieure pouvant conduire rapidement à l’ostéoporose. Ceci est particulièrement vrai chez la femme à la ménopause. On peut prendre comme exemple l’évolution osseuse de 2 femmes ayant une DMO à la moyenne au moment de la ménopause (supposée à 50 ans pour les deux). En admettant que la première présente une perte osseuse vertébrale annuelle de 1 % (perte osseuse lente) et la seconde de 5 % (perte osseuse rapide), elles seront respectivement ostéoporotiques (c’est-à-dire avec une DMO < -2,5 T-score) à plus de 80 ans et à 58 ans. On comprend que la seconde bénéficiera plus particulièrement d’une thérapeutique préventive. L’os est un tissu en perpétuel renouvellement. Le remodelage osseux est un processus complexe au cours duquel de l’os ancien est détruit et remplacé par de l’os neuf sous l’action couplée de 2 types de cellules : les ostéoclastes, responsables de la destruction osseuse (ou résorption) et les ostéoblastes, responsables de la formation osseuse. La perte osseuse associée à la ménopause, au vieillissement ou à certaines pathologies est obligatoirement due à une balance négative entre l’activité ostéoclastique et l’activité ostéoblastique. L’histomorphométrie sur biopsie osseuse, qui apporte des informations précieuses sur le métabolisme osseux dans une zone localisée (crête iliaque), ou la méthode de référence pour étudier le remodelage osseux (cinétique des radiotraceurs) sont compliquées à mettre en œuvre, en routine. Il y avait donc nécessité de développer des techniques simples, non invasives, spécifiques et peu coûteuses. Les marqueurs biologiques du remodelage osseux devraient pouvoir répondre à cette demande. Ces paramètres peuvent être un composant de la matrice osseuse relargué dans la circulation lors de la formation ou de la résorption osseuse ou une activité enzymatique spécifique des ostéoblastes ou des ostéoclastes. Les marqueurs osseux sont traditionnellement classés en marqueurs de formation et en marqueurs de résorption osseuse (tableau 1). Il faut toutefois remarquer qu’en dehors de situations particulières où il existe un découplage entre l’activité ostéoblastique et l’activité ostéoclastique (comme dans l’ostéoporose cortisonique par exemple), les marqueurs osseux représentent une évaluation globale du remodelage osseux. Une revue extensive des caractéristiques biochimiques de ces molécules a été publiée récemment [1]. Les marqueurs les plus intéressants aujourd’hui sont l’ostéocalcine (Oc), la phosphatase alcaline osseuse (bAP) et le propeptide N-terminal du procollagène de type I (PINP) pour la formation osseuse et les agents de pontages des molécules de collagène ou cross-links, comme la désoxypyridinoline (Dpd) et les télopeptides associés (CTx et NTx), pour la résorption osseuse.