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Médecine et Santé Tropicales

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Épidémiologie de la cysticercose et de la neurocysticercose Volume 24, numéro 4, Octobre-Novembre-Décembre 2014

Tableaux

Auteur
Service de parasitologie-mycologie, CHU Dupuytren, 2, avenue Martin Luther King, 87042 Limoges Cedex, France
* Correspondance

Au sein du genre Tænia, trois espèces sont des parasites de l’homme : Tænia solium, T. saginata et une nouvelle espèce peu répandue, T. asiatica, récemment décrite en Asie. T. saginata et T. solium vivent à l’état de ver adulte dans l’intestin de l’homme (« vers solitaires »), chez qui ils sont responsables de ténioses. T. saginata est largement présent dans le monde, dans toutes les régions d’élevage bovin. T. solium est endémique dans de nombreux pays où l’élevage et la consommation de porcs sont courants. Bovins et porcs s’infectent en ingérant les œufs émis par l’homme dans le milieu extérieur ; ils sont les hôtes intermédiaires respectifs de ces deux helminthes et hébergent les formes larvaires, dites métacestodes ou encore cysticerques. Les cysticerques se développeront en ver adulte dans l’intestin de l’homme après un repas contaminant constitué de viande crue ou mal cuite. Dans le cas du cycle de développement de T. solium, les œufs sont également contaminants pour l’homme. L’homme, comme le porc, peut développer une cysticercose après ingestion d’œufs avec de l’eau ou des aliments souillés, ou encore par les mains sales. Les manifestations cliniques de la cysticercose sont très variables tant en type qu’en sévérité. La période entre l’infection initiale et l’apparition des symptômes peut également varier. L’expression clinique de la cysticercose n’est pas spécifique et dépend généralement du nombre, de la taille et de la localisation des kystes, ainsi que de la réponse immunitaire de l’hôte au parasite. Les localisations préférentielles sont les muscles, les tissus sous-cutanés, le système nerveux central (SNC) et les yeux. Les formes sous-cutanées et musculaires sont souvent asymptomatiques. La gravité de la cysticercose est due à la localisation des larves dans le SNC de l’homme ou neurocysticercose. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a placé cette affection parmi les maladies négligées. Selon l’OMS, environ 50 millions de personnes dans le monde seraient atteintes de neurocysticercose, qui serait responsable d’environ 50 000 décès par an. Ses manifestations cliniques les plus fréquentes sont les crises d’épilepsie, une hypertension intracrânienne, des déficits neurologiques et parfois des manifestations psychiatriques. La neurocysticercose serait responsable de plus de 50 % des crises d’épilepsie à début tardif dans les pays en développement. Le complexe téniose/cysticercose à T. solium est endémique dans de nombreux pays en développement d’Afrique subsaharienne, en Amérique latine et en Asie. T. solium avait pratiquement disparu des pays développés du fait de l’industrialisation, de l’amélioration des méthodes d’élevage et des contrôles sanitaires. Cependant, en raison de l’augmentation de l’immigration en provenance de régions endémiques, la cysticercose et la neurocysticercose sont à nouveau diagnostiquées en Amérique du Nord, en Europe et en Australie.

La cysticercose est considérée comme une maladie éradicable. Quoique cette éradication soit théoriquement réalisable, cette notion a été remplacée par des projets de contrôle et de réduction (traitement de masse, contrôle vétérinaire des porcs, amélioration des techniques d’élevage, éducation sanitaire).