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Médecine thérapeutique

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Interprétation clinique d'une élévation du taux des PSA sanguins Volume 8, numéro 1, Janvier 2002

Auteur
Service d'urologie, Hôpital Saint-Louis, 75475 Paris cedex 10, France.

L'antigène prostatique spécifique (ou PSA) a été identifié dans le liquide séminal dès 1971. Il est devenu le marqueur circulant incontournable du cancer de la prostate (adénocarcinome prostatique). Si son utilisation lors du suivi des patients atteints ou traités pour ce cancer est reconnue et fait référence, son rôle dans le diagnostic, voire le dépistage des cancers de la prostate reste controversé. Cancer le plus fréquent chez l'homme de plus de 50 ans, son incidence augmente avec l'âge. En France, le taux d'incidence en 1990 était de 71,4 pour 100 000. Cependant, le rapport de l'ANAES sur l'opportunité d'un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage de l'antigène spécifique de la prostate a conclu qu'il n'y avait pas d'indication à l'utilisation du dosage sérique du PSA dans le dépistage du cancer de la prostate [1] en particulier en raison de l'absence d'études randomisées prouvant que la détection précoce et un traitement agressif puissent réduire la mortalité. À l'inverse, l'American cancer society recommande le dosage du PSA et le toucher rectal chez les hommes de plus de 50 ans ou ayant une espérance de vie supérieure à 10 ans. Les recommandations de l'American college of physicians, de l'American urological association et de l'American society of internal medicine proposent que la décision de dépistage reste individuelle après discussion avec le patient sur les bénéfices potentiels et les inconvénients pour le diagnostic et le traitement. Si l'on excepte les raisons économiques pour ne reconnaître que la réalité médicale, l'intérêt du dépistage du cancer de la prostate est évident [8]. Or, le PSA est manifestement un mauvais outil de dépistage. Ceci alimente sempiternellement cette controverse sur le dépistage de cette maladie. En effet, le PSA, de par sa nature, ne répond pas aux critères d'un marqueur pour le dépistage des formes infracliniques et curables des cancers de la prostate. Il n'est pas spécifique de la maladie et détermine de nombreux faux positifs et un nombre non négligeable de faux négatifs. De plus, l'absence de marqueurs pronostiques à ce stade de la maladie fait craindre un sur-traitement de formes considérées comme latentes et à faible évolutivité. L'interprétation d'une élévation du taux du PSA, et par conséquent la conduite à tenir qui en découle ne sont pas univoques, elles dépendent du contexte clinique et nécessitent l'acquisition d'un minimum de connaissances sur la nature du PSA, ses méthodes de dosage, ses variations physiologiques et physiopathologiques.