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Trouble de l'odorat : de l'analyse au diagnostic Volume 2, numéro 3, Mars 2006

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  • Page(s) : 104
  • Année de parution : 2006

Deux éléments orientent et parfois font le diagnostic de la cause d'une dysosmie (trouble de l'odorat) : d'une part, définir le type de dysosmie dont se plaint le patient (analyse sémantique), d'autre part, en connaître très précisément l'histoire clinique.

L'analyse sémantique permet de distinguer deux grands types de dysosmie. En cas de dysosmie quantitative, il existe en général une perte de l'odorat se traduisant par une hyposmie ou une anosmie, beaucoup plus rarement une augmentation de sensibilité de l'odorat, c'est-à-dire une hyperosmie (le plus souvent d'ordre psychologique). Concernant les dysosmies qualitatives, dont l'analyse est essentielle, il en existe trois variétés. La première est la cacosmie, c'est-à-dire la perception d'une mauvaise odeur existant réellement à l'intérieur du sujet, permanente et pouvant être perçue par l'entourage. Le système olfactif est intact, les causes étant un mauvais état dentaire, une sinusite localisée de la face d'origine dentaire, une aspergillose sinusienne, une amygdalite chronique, un reflux gastro-œsophagien. La deuxième variété est la parosmie. Il s'agit de la perception d'une mauvaise odeur dont la caractéristique essentielle est d'être déclenchée lors de la stimulation du système olfactif par une molécule odorante provoquant d'habitude une sensation plutôt agréable (poisson ou viande grillée, café, chocolat, agrumes, etc.). Les deux causes dominantes sont la dysosmie post-rhinitique et le traumatisme crânien. Enfin, la phantosmie (ou hallucination olfactive) est la perception erronée d'une odeur sans molécule odorante dans l'environnement ; elle témoigne le plus souvent de l'existence soit d'une maladie neurologique (tumeur cérébrale, épilepsie) soit d'une maladie psychiatrique (schizophrénie).

L'analyse de l'histoire de la maladie permet dans la plupart des cas de parvenir à un diagnostic précis sans le moindre examen complémentaire. Quatre causes représentent près de 90 % des cas : lorsqu'une anosmie est immédiatement consécutive à un traumatisme crânien (sévère ou léger, quel que soit son site), il s'agit d'une dysosmie post-traumatique ; quand une hyposmie ou une ansosmie survient immédiatement après une rhinite aiguë, il s'agit d'une dysosmie post-rhinitique, qui cédera spontanément dans environ 60 % des cas ; une hyposmie progressive pouvant mener à l'anosmie survenant chez des sujets de plus de 75 ans évoque une dysosmie liée à l'âge (l'existence de troubles cognitifs doit faire penser à une maladie d'Alzheimer) ; enfin, une hyposmie ou une anosmie, associée à une obstruction nasale, une rhinorrhée, des éternuements, des pesanteurs ou des douleurs de la face, correspond à une dysosmie secondaire à une pathologie chronique rhinosinusienne.


Bonfils P, et al. Examen clinique d'un patient présentant un trouble de l'odorat. Ann Otolaryngol Chir Cervicofac. 2005;122:256-8.