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Le point sur la lutte contre la tuberculose Volume 2, numéro 2, Février 2006

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  • Page(s) : 57
  • Année de parution : 2006

La tuberculose reste une des plus grandes priorités sanitaires actuelles dans le monde. On estime en effet que 8 millions de nouveaux cas surviennent chaque année et que la tuberculose tue 2 millions de personnes par an. Quelle est précisément la situation en France [1, 2] ?

L'incidence de la tuberculose y est stable depuis 1997, autour de 10 cas
pour 100 000 habitants. Mais derrière cette stabilité apparente se cachent des disparités selon la zone géographique et les sous-groupes de population concernés. Ainsi, l'Ile-de-France avait en 2003 un taux d'incidence 3 fois et demi supérieur à la moyenne nationale hors Ile-de-France (24,8 pour 100 000 versus 6,9 pour 100 000). Ce taux était de 44,7 à Paris et de 32,5 en Seine-Saint-Denis. Toutes les autres régions avaient des taux d'incidence inférieurs à 10 pour 100000, sauf l'Alsace et la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (10,2). Dans les départements d'Outre-mer, les incidences étaient inférieures à l'incidence métropolitaine. L'incidence augmentait avec l'âge pour atteindre 20,7 cas pour 100 000 personnes de 75 ans et plus en France métropolitaine. L'âge médian était de 42 ans et 61 % des cas étaient de sexe masculin. Les incidences les plus faibles concernaient les enfants mais, qu'il s'agisse d'enfants de 0 à 4 ans ou de 5 à 14 ans, l'incidence augmente depuis 2001 parmi la population de nationalité française. Cette augmentation du nombre de cas dans ces classes d'âge, ainsi que celle parmi les sujets jeunes (15-24 et 25-39) originaires d'Afrique
subsaharienne sont autant d'indicateurs « qui permettent de décrire la dégradation de la situation épidémiologique de la tuberculose en France » [1, 2].

La vaccination par le BCG est donc plus que jamais d'actualité et les querelles font rage à coup de publications contradictoires. Certes, l'efficacité protectrice pour les enfants à l'égard des formes disséminées les plus graves de la tuberculose (méningites, miliaires) n'est pas contestée [3], mais il n'en est pas de même pour d'autres situations. Une étude réalisée à Istanbul en Turquie chez 979 enfants en contact à leur domicile avec des adultes à expectoration riche en BK montre que, contrairement à une idée reçue, le BCG protège non seulement contre la tuberculose maladie, mais aussi contre la tuberculose-infection [4]. Voilà donc un bon point pour le BCG. Mais, d'un autre côté, une étude menée au Brésil obtient des résultats qui vont à l'encontre d'une attitude préconisée dans de nombreux pays, à savoir une seconde vaccination dans l'enfance. En effet, l'incidence globale de la tuberculose ne diffère pas de manière significative entre les enfants ayant été revaccinés et ceux ne l'ayant pas été [5].

Alors, de nouveau, qu'en est-il en France ? La primo-vaccination est obligatoire à l'entrée en collectivité et donc au plus tard à 6 ans, de par l'obligation de scolarisation à cet âge, et elle est aussi recommandée dès le premier mois de la vie pour les enfants vivant dans un milieu à risque. Mais des groupes de travail au sein du Conseil supérieur d'hygiène publique de France ont recommandé en 2002 la suppression de la revaccination et des tests tuberculiniques de routine chez l'enfant, ainsi que la suppression de la revaccination pour les professionnels exposés. Une estimation du nombre de cas évités actuellement chaque année par la vaccination BCG, correspondant à l'excès de cas qui serait observé en cas d'arrêt de la vaccination, a été faite [6]. Elle montre que jusqu'à 800 cas de tuberculose additionnels surviendraient chaque année en cas d'interruption de toute activité de vaccination BCG. La restriction de la vaccination aux enfants à risque induirait environ 200 cas additionnels par an.

La suppression totale de la vaccination par le BCG en France ne paraît pas possible actuellement. Le maintien de la vaccination généralisée pour la majorité des enfants n'est plus justifié. Le retrait du BCG par multipuncture (Monovax®) en 2006 avec remplacement par une forme intradermique plus difficile à administrer va poser problème. Le remplacement de l'obligation vaccinale par une vaccination ciblée ne peut être acceptable que si la lutte antituberculeuse en France avec ses trois volets, dépistage, traitement et surveillance, est révisée en priorité et appliquée avec rigueur dans toutes les régions [7, 8].


1. Che D, Decludt B. Peut-on parler d'émergence de la tuberculose en France ? Antibiotiques. 2005;7:165-70.

2. Che D, Bitar D. Situation épidémiologique de la tuberculose en France en 2003. Bull Acad Natle Méd. 2005;189:1257-70.

3. Lienhardt C, Zumla A. BCG : the story continues. Lancet. 2005;366:1414-16.

4. Soysal A, et al. Effect of BCG vaccination on risk of Mycobacterium tuberculosis infection in children with household tuberculosis contact. Lancet.2005;366:1443-51.

5. Rodrigues LC, et al. Effect of BCG revaccination on incidence of tuberculosis in school-aged children in Brazil. Lancet. 2005;366:1290-5.

6. Lévy-Bruhl D. Estmation de l'impact épidémiologique de différentes options de vaccination BCG en France. Rev Epidémiol Santé Publique. 2005;53:501-8.

7. Bégué P, et al. Faut-il continuer à vacciner par le BCG en France ? Bull Acad Natle Méd. 2005;189:1305-18.

8. Bégué P. Avenir de la vaccination par le BCG en France. Bull Acad Natle Méd. 2005;189:1335-6.