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L'âge est-il un facteur de risque « modifiable » ? Volume 4, numéro 6, Juin 2008

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Deux chercheurs québécois et américain soulignent les difficultés d'interprétation des données des études épidémiologiques.

Le risque cardiovasculaire est une cause majeure de décès. L'intérêt de sa prévention augmente dans les mêmes proportions. En utilisant les données des études épidémiologiques modélisées selon les courbes ROC, les facteurs de risque cardiovasculaire considérés habituellement comme modifiables ­ tabagisme, HTA et dyslipidémies ­ semblent n'intervenir qu'à la marge pour ce qui est du risque individuel : pour l'essentiel (plus de 80 %), l'âge et le sexe sont malheureusement les deux prédicteurs les plus importants. Si donc le risque n'est effectivement pas modifiable, les possibilités de prévention se trouvent sérieusement limitées, ce qu'infirment toutes les études d'observation. Les deux auteurs démontrent alors que dyslipidémies, le tabagisme ou l'HTA ne sont pas des facteurs de risque mais des causes de l'athérogenèse, évoluant durant des décennies dès la trentaine chez certains individus pour lesquels les simples changements de mode de vie ne suffisent pas. Dans ce cas, c'est donc moins l'âge civil qui est important que la durée et l'intensité de l'exposition à la cause pathologique. Il est possible d'intervenir en prévention sur ces deux éléments, modifiant en quelque sorte « l'âge » physiologique: la vraie question est le choix des seuils où l'intervention devient possible selon les caractéristiques du système de santé dans lequel vit l'individu.

Sniderman AD, Furberg CD. Age as a modifiable risk factor for cardiovascular disease. Lancet. 2008;371:1547-9


Les questions que se posent la rédaction

* La réflexion proposée par les deux auteurs nord-américains montre bien la complexité de choix décisionnels dont les implications cliniques ont des retombées économiques importantes: à quel seuil de dyslipidémie et à partir de quel âge est-il opportun de prescrire une statine est une question qui se pose différemment selon les pays, pour de multiples raisons.

* Le problème de l'inégalité de l'homme devant les effets «destructeurs » de l'âge est la seconde difficulté. Sur quels critères estimer que les uns ont peu de risques et les autres beaucoup est une question à laquelle nous ne pouvons proposer que des réponses bien parcellaires. Les modes de vie «idéaux » n'existent sans doute pas. Cela n'empêche pas dès à présent de prendre en compte les risques majeurs que sont le tabac et l'hypertension des décennies durant...