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Dépistage du cancer du sein et sur-diagnostic, encore Volume 5, numéro 7, Septembre 2009

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Les auteurs danois du centre Cochrane persistent et signent : ils évaluent le sur-diagnostic (c'est-à-dire la détection de cancers du sein qui n’auraient jamais entraîné de symptômes ou de décès) lié aux programmes de dépistage à 52%.

Les deux auteurs ont analysé les données des programmes disponibles sur au moins 7 années avant le début du dépistage et les 7 années suivant sa généralisation, lorsqu’elles incluaient à la fois celles des groupes dépistés et non dépistés : Royaume-Uni, Manitoba (Canada), Nouvelle Galles du Sud (Australie), Suède, et une partie de la Norvège. Ces données ont été méta-analysées pour évaluer le sur-diagnostic. Du fait du pic de prévalence lié aux phases transitoires d’implémentation du programme, celles-ci ont été exclues. Un ajustement a été fait pour prendre en compte les cancers survenus chez les femmes plus âgées sorties du programme mais antérieurement dépistées. Le sur-diagnostic a été évalué à 52 % (46 %-58 %). Les données de 3 programmes ont montré une diminution d’incidence chez les femmes dépassant l’âge cible du programme, mais elle était minime par rapport au taux de sur-diagnostic. Les auteurs concluent que dans ces programmes et sur une longue durée, un cancer du sein sur trois est sur-diagnostiqué et sur-traité.

Jørgensen KJ, Gøtzsche PC. Systematic review of incidence trends mammography screening programmes: Overdiagnosis in publicly organised. BMJ. 2009;339;b2587.
Welch HG. Overdiagnosis and mammography screening. BMJ. 2009;339:b1425.

Les questions que se pose la rédaction

• La controverse continue et se renforce avec ces nouvelles données (cf. nos précédents articles sur ce sujet).
• L’éditorial de Welch, qui accompagne cet article dans le BMJ, souligne que la question ne se pose effectivement pas de savoir s’il y a sur-diagnostic – il est inévitable – mais combien il y en a, et surtout quelle balance « bénéfice/risque » est acceptable. Il rappelle à partir d’autres études que sur 1 000 femmes de 50 ans dépistées, le décès d’une sera évité au prix de 2 à 10 traitements inutiles, 10 à 15 traitements plus précoces, mais ne changeant pas le pronostic final, et 100 à 500 « fausses alertes » dont la moitié iront jusqu’à la biopsie.
• 1 mort évitée au prix de 2 sur-diagnostics ? 1 au prix de 10 ? C’est au moins à discuter avec les femmes à qui l’on propose le dépistage. Mais au-delà de la simple mise en chiffres, purement descriptive, il faut sans doute admettre, comme le dit Welch, que « le moment est venu de mettre en oeuvre des essais randomisés testant des seuils de détection plus élevés, comme par exemple réserver la biopsie à des tumeurs de taille plus importante qu’actuellement »…