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Médecine

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Arrêt de travail et souffrance au travail Volume 17, numéro 7, Septembre 2021

Illustrations

  • Figure 1
  • Figure 2
  • Figure 3
  • Figure 4
Auteurs
1 Médecin généraliste, Le Moulin de Moriette, 79300 Bressuire, France
2 Université de Poitiers, Faculté de Médecine et de Pharmacie, Département de Médecine Générale, 6 rue de la milétrie TSA 51115, 86073 Poitiers Cedex 9 ; Médecin généraliste, 32 Boulevard de l’Abbé Georges Frémont, 86000 Poitiers
* Correspondance

Depuis les années 2000, malgré des actions visant à responsabiliser patients et médecins, les rapports observent une croissance des dépenses liées aux arrêts de travail, notamment de longue durée. Par ailleurs, l’augmentation de la souffrance professionnelle prise en charge par les médecins généralistes ne cesse de croître. Peut-on explorer, en premier recours, quelle influence le second phénomène aurait sur le premier ? L’étude a été menée en trois temps. Une étude quantitative rétrospective de 2011 à 2020, afin de décrire les « problèmes professionnels » pris en charge par quatre médecins généralistes. Puis une étude quantitative prospective en avril 2021, sur 150 prescriptions d’arrêt de travail successives dans l’ordre de survenue, réalisées par dix médecins. Enfin, une étude qualitative, par des entretiens individuels semi-structurés entre avril et mai 2021, auprès de neuf généralistes. La progression des recours pour problèmes professionnels perdure. Quel que soit le médecin, une augmentation progressive était notée. Le nombre de patients avait doublé et les problèmes professionnels relevés ont triplé en dix ans. Les données les plus récentes (2014-2019) confirmaient la progression. Plus de 75 % des patients ne présentaient pas de troubles psychiques antérieurement à leur souffrance au travail. Près d’un arrêt de travail sur trois était relié à un problème professionnel. Les deux tiers d’entre eux entraînaient un arrêt supérieur à un mois. Les confrères interviewés faisaient spontanément un lien entre l’augmentation des arrêts de travail et des problèmes professionnels. Ils semblent hésitants entre le besoin de prendre en charge au mieux le patient et le sentiment d’initier un processus sans issue. Cette étude en trois temps, compte tenu des limites liées à une thèse d’exercice, confirme cependant que la place de la souffrance au travail progresse toujours dans les prises en charge en médecine générale et son influence sur la prescription des arrêts de travail est notoire.