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Médecine

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« L'effet médecin » dans la pratique clinique peut être analysé et enseigné Volume 2, numéro 10, Décembre 2006

Auteurs

Le rôle thérapeutique de l'implication du médecin dans sa relation avec le patient, « l'effet médecin » reconnu dès Hippocrate, a fait écrire par M. Balint : « Le médicament le plus fréquemment utilisé en médecine générale est le médecin lui-même et il n'existe aucune pharmacologie de ce médicament essentiel. » Cependant, cet aspect primordial de notre pratique a fait l'objet de travaux récents utilisant les méthodes des essais thérapeutiques. Dans cette revue systématique, A. Moreau et al. ont analysé 10 essais randomisés comparant une consultation standard et une consultation associant explications détaillées et/ou écoute active, empathie, réassurance, et une méta-analyse de 74 études concernant des stratégies de conseil et d'éducation du patient dans les domaines du tabac, de l'alcool, de la nutrition, du mode de vie... Ces études montraient une efficacité des interventions, tant sur le plan de la satisfaction du patient que des résultats de soins (douleur, pression artérielle, hémoglobine glyquée, arrêts de travail...). Les auteurs précisent trois composantes de l'effet médecin : les interventions cognitives (explications données au patient), cognitivo-émotionnelles (fondées sur l'empathie et l'écoute) et les démarches éducatives et stratégies de conseils. Le « remède médecin » doit viser à rassurer, conseiller, expliquer, tout en prenant en compte les représentations et attentes du patient. Il est différent d'une psychothérapie. Dans 4 essais randomisés, la formation des médecins à la communication et aux démarches de « counselling » est efficace.


Moreau A, et al. Effet thérapeutique de « l'effet médecin » en soins primaires. Presse Méd, 2006, 35, 967-73.

 

Les questions que se pose la rédaction

* Il est intéressant de voir rappeler cet aspect essentiel de la pratique médicale (en médecine générale ou toute autre discipline) et la possibilité de réaliser des études dans ce domaine. Il est frappant de constater que dans les 10 études cliniques, aucune n'est française.

* Il faut peut-être se demander si l'approche pharmacologique dominante des études actuelles n'explique pas pour une bonne part le peu d'études recensées par les auteurs. Il faudrait aussi rappeler que l'approche factuelle ne concerne pas uniquement le médicament.

* Comment former les étudiants et les médecins ? Les méthodes sont encore le plus souvent à l'état de balbutiements. N'y a-t-il pas là un objectif majeur de recherche et d'enseignement ?