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L’évolution d’une psychose émergente à expression variable. Étude d’un cas clinique Volume 96, numéro 1, Janvier 2020

Illustrations

  • Figure 1

Tableaux

Auteur
Psychiatre en santé publique,
service du professeur A. Belaid
Établissement hospitalier spécialisé, Hôpital psychiatrique Mahfoud Boucebci,
Rue Souidani Boudjemaa
16000 Alger Algérie
* Correspondance

C’est l’étude d’une observation clinique durant une période de deux ans d’un jeune homme de 21 ans qui se présentait souvent aux urgences pour une forte angoisse avec de gros troubles du comportement caractérisés par des agitations psychomotrices, des automutilations répétées, des menaces ou tentatives d’homicide envers le père, des impulsions fréquentes et parfois des conduites antisociales (fugues, états de dangerosité). Ses troubles étaient souvent sous-tendus par des idées de persécution et de référence. Il y avait également de fréquentes tentatives de suicide liées à des brèves périodes dépressives où il verbalisait une grande souffrance affective qu’il expliquait essentiellement par des difficultés relationnelles familiales et par des événements traumatiques (maltraitance parentale, accidents). Deux années après, le tableau clinique s’est aggravé par l’apparition de symptômes schizophréniques constitués d’un délire paranoïde, d’hallucinations avec automatisme mental, de retrait social, de désorganisation affective et comportementale qui se sont substitués totalement à ses passages à l’acte auto-agressifs. Une symptomatologie polymorphe qui, au début, posait aux psychiatres un problème diagnostique et thérapeutique par leur persistance et leur répétition ; elle s’est ensuite complexifiée avec l’observation psychothérapique ouvrant la problématique sexuelle et identitaire du patient.

L’observation consistait en une écoute attentive lors d’entretiens psychothérapiques réguliers qui ont permis de retracer l’histoire évolutive de cette pathologie, en même temps que sa stabilisation. Notre objectif était de dégager une perspective clinique et évolutive prenant en compte la progression des symptômes en fonction du temps jusqu’à la constitution d’une psychose proprement dite. L’exploration neurobiologique (bilans, EEG, IRM cérébrale) était sans résultat apparent. L’analyse sémiologique des symptômes du patient, de ses écrits et de ses symboles nous a permis la recherche des différentes phases précoces de la maladie ainsi que l’analyse psychopathologique de ses symptômes.

Résultats : Cette expérience personnelle nous a permis de déterminer le premier symptôme, de connaître la période initiale des troubles et leurs rapports avec les facteurs de vulnérabilité (trauma parental et génétique) ; de décrire leur évolution selon l’âge et de retracer les symptômes de transition psychotique. Le but de cet article est de souligner le rôle préventif de la prise en charge précoce des troubles prépsychotiques. On s’interroge néanmoins sur l’impact de l’angoisse dans le développement neuropsychique du patient et sur l’origine génétique de la maladie.

En conclusion, nous insistons sur la démarche de prévention qui consiste à détecter les sujets à risques de transition psychotique et de penser à réaliser une psychothérapie adaptée.