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La psychose naissante selon Henri Grivois Volume 95, numéro 3, Mars 2019

Auteur
Psychiatre, praticien hospitalier, Centre hospitalier d’Orsay, Domaine du Grand-Mesnil, 2, rue du Général-de-Gaulle, 91140 Bures-sur-Yvette, France
* Correspondance
  • Mots-clés : premier épisode psychotique, concept, Henri Grivois, facteur de risque, vulnérabilité, psychose émergente
  • DOI : 10.1684/ipe.2019.1933
  • Page(s) : 211-7
  • Année de parution : 2019

Dans le débat actuel sur le premier épisode psychotique, ce que l’on appelle les psychoses émergentes, il nous paraît pertinent d’évoquer la notion de « psychose naissante » qui semble actuellement tombée dans l’oubli. Henri Grivois a décrit ce concept dans les années 90 et a proposé plusieurs versions de sa théorisation que nous décrirons. Dans une première approche, Grivois se place dans une perspective phénoménologique. Il décrit l’expérience vécue du malade dans laquelle ce dernier est en proie au « concernement » et à la centralité. Le concernement, néologisme emprunté au travail de Jean Starobinski sur Rousseau, constitue le symptôme initial. Même si chacun de nous peut y être confronté peu ou prou, dans la psychose naissante il s’emballe et devient centralité avec polarisation du monde autour du sujet. « Le carburant de la psychose c’est les autres ». À ce stade, Grivois exclut tout déterminisme : génétique, moléculaire ou psychanalytique, même s’il concède, fidèle à l’abord phénoménologique, qu’il existe dans tous les cas une rupture amoureuse ou des situations de perte brutale d’identité. Sous l’influence des philosophies de l’esprit, Grivois adopte pour un temps un modèle cognitiviste, puis il revient à une conception plus classique dans laquelle la psychose naissante serait le premier épisode psychotique. La psychose naissante servirait ainsi d’une part, de tronc commun aux différentes psychoses et d’autre part, se trouve régie par le modèle vulnérabilité-stress. Ce modèle fait intervenir des facteurs génétiques mais qui restent inopérants sans l’association avec des facteurs individuels et environnementaux pour que la psychose apparaisse.

Grivois fait aussi un rapprochement entre la psychose naissante et la schizophrénie débutante.

Il est important de reconnaître les premiers signes d’apparition de la psychose afin de débuter un traitement le plus précocement possible. On sait que la durée de psychose non-traitée est un facteur important à prendre en compte.