John Libbey Eurotext

L'Information Psychiatrique

MENU

Entre psychopharmacologie et analyse existentielle, Roland Kuhn et la découverte de l’imipramine Volume 99, numéro 2, Février 2023

Auteur
Psychiatre honoraire
* Correspondance : S. Chebili
Rubrique coordonnée par Eduardo Mahieu

Roland Kuhn, élève de Binswanger, était psychiatre à l’asile de Münsterlingen en Suisse. Le laboratoire suisse Ciba-Geigy lui a donné la molécule G22355 dont la structure était proche de la chlorpromazine pour l’essayer chez les patients schizophrènes. Il a constaté l’aggravation des symptômes psychotiques.

Kuhn a mis en évidence l’effet antidépresseur de cette substance qu’il a ensuite désignée sous le nom d’imipramine qui était le chef de file des antidépresseurs tricycliques.

Contrairement à ce qu’affirmaient ses détracteurs, Kuhn n’a pas découvert par hasard l’effet antidépresseur du G22355. En effet, il a délaissé les tests, les échelles d’évaluation et les études randomisées en double aveugle. Au contraire, il affirme qu’il a utilisé ses connaissances philosophiques, les ressources de l’analyse existentielle. Ainsi, il ne pose pas d’emblée un diagnostic, mais se montre attentif à l’existence entière du patient. Sa méthode, l’intuition phénoménologique, relève de la compréhension avec interpénétration avec l’être-au-monde du patient. Il a ainsi d’abord créé le diagnostic de dépression vitale sur laquelle il a pu constater l’effet antidépresseur de l’imipramine.

Roland Kuhn a une approche globale des maladies psychiatriques tenant compte à la fois de l’abord pharmacologique et psychologique essentiellement phénoménologique.