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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Résection des adénocarcinomes recto‐sigmoïdiens par laparoscopie : un essai contrôlé et randomisé Volume 11, numéro 5, Septembre-Octobre 2004

Auteur
  • Page(s) : 397-8
  • Année de parution : 2004

Auteur(s) : Thierry Piche

Leung KL, Kwok SPY, Lam STW, Lee JFY, Yiu RYC, Ng SSM, et al. Laparoscopic resection of rectosigmoid carcinoma : prospective randomised trial. Lancet 2004 ; 363 : 1187‐92

La laparoscopie est une voie d’abord chirurgicale utilisée au cours de nombreuses interventions [1]. Le cancer colorectal est un des cancers les plus fréquents dans le monde et sa résection par voie laparoscopique est utilisée depuis les années 1990 [2]. Pourtant, le développement de cette technique repose essentiellement sur des études non comparatives. La qualité de la résection tumorale et la survie à long terme des malades ont été discutées après avoir observé des récidives précoces après laparoscopie. Pourtant, la plupart des équipes chirurgicales continuent d’intervenir sous vidéo dans le cancer colorectal en raison des suites postopératoires qui sont jugées plus simples et de la réduction du stress chirurgical. Devant ces contradictions, il a été recommandé de n’utiliser la laparoscopie qu’au sein d’études contrôlées [3].

La présente étude avait pour but de comparer la survie à long terme et le délai sans récidive chez des malades opérés d’un cancer du rectosigmoïde par voie laparoscopique ou ouverte. Quatre cent trois malades porteurs d’un cancer du rectosigmoïde ont été inclus prospectivement de septembre 1993 à octobre 2002 et ont été randomisés pour bénéficier d’une résection chirurgicale par voie laparoscopique (n ∓ 203) ou ouverte (n ∓ 200). Les malades ayant déjà été opérés dans cette région de l’abdomen, porteurs d’un cancer du bas rectum (< 5 cm de la marge anale), d’une tumeur volumineuse de plus de 6 cm de diamètre ou envahissant des organes de voisinage sur le scanner étaient exclus. Après une résection curative, la survie à 5 ans était de 76,1 % dans le groupe laparoscopie contre 72,9 % dans le groupe chirurgie ouverte (NS). Le taux de récidive à 5 ans était identique entre les deux groupes (24,7 % après laparoscopie contre 21,7 % après chirurgie ouverte, NS) (figure 1). Le temps opératoire était significativement plus long dans le groupe laparoscopie alors que les suites opératoires étaient plus simples mais ce bénéfice s’observait aux dépens d’une augmentation des coûts comparée à la chirurgie par voie ouverte..

Cette étude permet de conclure que l’utilisation de la laparoscopie ne modifie pas significativement la survie et le résultat carcinologique des malades opérés pour un cancer du rectosigmoïde. Les auteurs suggèrent que le choix du mode d’intervention devrait être guidé essentiellement par les suites postopératoires qui sont plus simples après une laparoscopie.

Références

1 . Cuschieri A. The spectrum of laparoscopic surgery. World J Surg 1992 ; 16 : 1089‐97.

2 . Jacobs M, Verjeda JC, Goldstein HS. Minimally invasive colon resection (laparoscopic colectomy). Surg Laparosc Endosc 1991 ; 1 : 144‐50.

3 . National Institute for Clinical Excellence. Guidance on the use of laparoscopic surgery for colorectal cancer. Technol Appraisal Guidance 2000 ; 17.
1

Comparaison des données opératoires

Variables Chirurgie ouverte n ∓ 428 Laparoscopie n ∓ 435 P
Longueur de l’incision (médiane, cm) 18 6  < 0,001
Durée de l’intervention (médiane, min) 95 150  < 0,001
Conversion
• Maladie avancée 5 %
• Maladie compliquée 1 %
• Marges de section imprécises 1 %
• Mauvaise observation vidéo 3 %
• Impossibilité à mobiliser le côlon 2 %
• Adhérences 3 %
• Complications peropératoires 1 %
• Autre 5 %
Prise d’antalgiques (médiane, jours) 2 1 0,02
Hospitalisations (médiane, jours) 6 5  < 0,001

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Figure 1. Laparoscopie : survie globale (p ∓ 0,61) et survie sans récidive (p ∓ 0,45) (stades 1‐3). En ordonnée : probabilité de survie ; en abscisse : délai depuis l’intervention.