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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Paracétamol : risque hépatique (dose thérapeutique et surdosage) Volume 17, numéro 5, septembre-octobre 2010

Auteurs
Maladies de l'appareil digestif et de la nutrition, Pôle Médecine, Hôpital Claude Huriez, CHRU Lille, 59037 Lille Cedex

Le paracétamol est l'une des molécules les plus utilisées en France, en automédication ou sur prescription médicale. Il expose à un risque hépatotoxique dans deux situations : le surdosage (prise de plus de 10 grammes en une prise, souvent en cas d'ingestion volontaire) et la « mésaventure » au paracétamol (toxicité observée en cas de prise à dose thérapeutique plusieurs jours consécutifs). La toxicité hépatique du paracétamol est une toxicité dépendante de la dose, avec un effet nécrotique direct lié à la formation de composés hautement réactifs issus de son métabolisme par le cytochrome P450 2E1. L'expression clinique de l'hépatite aiguë toxique au paracétamol est polymorphe et l'administration parentérale de N-acétylcystéine peut limiter la toxicité. La « mésaventure » au paracétamol est une entité décrite plus récemment, définie par une hépatite aiguë survenant après la prise de paracétamol à dose thérapeutique dans un contexte de consommation excessive et chronique d'alcool. Ce risque d'hépatite sévère s'explique par l'induction du cytochrome P450 2E1 (cytochrome commun au métabolisme de l'éthanol et du paracétamol), due à la consommation chronique d'alcool, laquelle est responsable d'une transformation accélérée du paracétamol, pris à dose thérapeutique, en métabolites toxiques. Les « mésaventures » au paracétamol ont une présentation proche de l'hépatite aiguë toxique (cytolyse brutale avec pic de transaminases concomitant du nadir du taux de prothrombine [TP]) et un pronostic au moins aussi sévère en cas de forme grave, même si on ne dispose pas d'étude prospective sur le sujet.