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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Maladie de Gilbert et maladie de Crigler-Najjar Volume 3, numéro 2, Mars - Avril 1996

Auteur
Service de pédiatrie et consultation de génétique, hôpital Antoine- Béclère, 157, rue de la Porte-de-Trivaux, 92141 Clarmart Cedex, France.

La maladie de Gilbert est une affection fréquente dont l'incidence est voisine de 3 % à 8 % dans la population générale. Il s'agit plus d'un trait que d'une maladie car cette affection ne se traduit que par des poussées ictériques survenant surtout lors d'épisodes infectieux et/ou de périodes de jeûne. La maladie de Gilbert se transmet classiquement sur le mode autosomique dominant, bien que des travaux très récents suggèrent plutôt un mode autosomique récessif. A l'opposé, la maladie de Crigler-Najjar se manifeste dès les premières heures de vie par un ictère intense à bilirubine non conjuguée qui place d'emblée le nouveau-né atteint sous le risque de développer une encéphalopathie bilirubinique gravissime. On distingue deux types de maladie de Crigler-Najjar selon la réponse de l'hyperbilirubinémie non conjuguée au traitement inducteur par le phénobarbital : le type I ne répond pas au traitement et les enfants doivent rester sous photothérapie 10 à 12 heures par jour jusqu'à une éventuelle transplantation hépatique (seul traitement « curatif » actuel de la maladie) ; dans le type II, le phénobarbital entraîne une diminution importante de l'hyperbilirubinémie mettant ainsi l'enfant à l'abri des complications neurologiques (à la condition de poursuivre ce traitement indéfiniment). Bien que cliniquement très différentes, les maladies de Gilbert et de Crigler-Najjar partagent des bases biochimiques et moléculaires communes. Le déficit en bilirubine glucoronosyltransférase est partiel dans la maladie de Gilbert, total et non inductible dans la maladie de Crigler-Najjar de type I, incomplet et surtout inductible dans la maladie de Crigler-Najjar de type II. De même, le clonage du gène codant pour la bilirubine glucuronosyltransférase a permis de mettre en évidence l'hétérogénéité génétique de la maladie de Crigler-Najjar, tant de type I que de type II ; à l'opposé, les données moléculaires concernant la maladie de Gilbert sont encore parcellaires et contradictoires. Enfin, si la maladie de Gilbert ne justifie aucun traitement, la gravité de la maladie de Crigler-Najjar de type I justifie les recherches actuellement menées sur le rat Gunn (modèle animal de la maladie) dans le domaine du transfert de gène.