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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Les cancers gastriques familiaux Volume 10, numéro 4, Juillet 2003

Auteurs
Service des maladies de l‘appareil digestif, hôpital Pontchaillou, 35033 Rennes Cedex. E‐mail : jean‐francois.bretagnechu‐rennes.fr

La prévalence des formes familiales de cancer gastrique, définies par au moins 2 cancers chez des apparentés de premier degré, est d‘environ 12 % et le risque relatif familial compris entre 2 et 3. Le risque familial est plus important au sein de la fratrie qu‘entre parents et enfants. Il est plus important aussi pour les cancers distaux que pour ceux du cardia, pour l‘adénocarcinome de type diffus que pour celui de type intestinal. La mise en évidence de lésions précancéreuses gastriques (atrophie gastrique, métaplasie intestinale, hypochlorhydrie) plus fréquentes chez les apparentés de premier degré de cas index de cancer gastrique que chez des témoins appariés, seulement en cas d‘infection par Helicobacter pylori, souligne le rôle de cette infection dans la survenue des cancers familiaux, mais aussi celui de facteurs génétiques. Parmi ceux‐ci, il faut citer le polymorphisme allélique de gènes codant pour des cytokines impliquées dans la réponse inflammatoire secondaire à l‘infection par Helicobacter pylori, notamment l‘ IL1B et l‘ IL1RN. Au sein des formes familiales, les cancers héréditaires dus à la mutation constitutionnelle d‘un gène semblent peu fréquents. Le cancer gastrique peut s‘intégrer au phénotype de syndromes héréditaires tels que le syndrome HNPCC, la polypose adénomateuse rectocolique familiale, le syndrome de Peutz‐Jeghers et la polypose juvénile. De description plus récente sont les cancers gastriques héréditaires secondaires à une mutation du gène CDH1 codant pour la E‐cadhérine. Histologiquement, il s‘agit d‘adénocarcinomes de type diffus, plus rarement mixtes et jamais de type intestinal. La pénétrance élevée des cancers gastriques, estimée entre 70 et 80 %, constitue un argument pour proposer, dans les familles où la mutation a été identifiée, une gastrectomie totale prophylactique aux porteurs « sains » de la mutation. Le risque élevé de cancer du sein impose aussi de tenter de le dépister chez les femmes concernées. Une mutation CDH1 n‘étant retrouvée au mieux que dans un tiers des cas de cancers gastriques héréditaires de type diffus, l‘implication d‘autres gènes semble probable dans cette forme de cancer.