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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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La croissance, le phénotype et les fonctions des mastocytes intestinaux sont fortement régulés par le transforming growth factor β1 Volume 12, numéro 6, Novembre-Décembre 2005

Auteurs
  • Page(s) : 436
  • Année de parution : 2005

Auteur(s) : Thierry Piche, Gebhardt T, Lorentz A, Detmer F, Trautwein C, Bektas H, Manns MP, Bischoff SC.

Faits marquants de la motricité digestive au congrès de l’AGA 2005 à Chicago

Le transforming growth factor β1 (TGF-β1) est une cytokine immunorégulatrice exprimée de manière constitutive par de nombreux types cellulaires de l’intestin humain, comme les cellules épithéliales et diverses cellules de la lamina propria. Son activité immunomodulatrice s’exerce par l’induction de cellules T régulatrices et la production d’IgA dans les cellules plasmatiques, mais aussi en contrôlant des cellules effectrices comme les macrophages et les éosinophiles. Le TGF-β1 est aussi impliqué dans les processus de réparation cellulaire en affectant les cellules épithéliales, les fibroblastes et en induisant la production de la matrice extracellulaire. Cette dualité fonctionnelle a été mise en évidence chez des souris déficientes en gène du récepteur de type II du TGF-β (qui développent rapidement une inflammation létale et atteignent plusieurs organes, alors que des animaux surexprimant le TGF-β1 dans différents tissus développent une fibrose.
Il est bien documenté que les mastocytes sont également impliqués dans ces deux types de processus. Ils agissent comme des cellules effectrices en libérant de nombreuses substances comme l’histamine, des eicosanoïdes et du TNF-α (dans des conditions inflammatoires majeures ou plus modestes comme au cours du syndrome de l’intestin irritable. Les mastocytes peuvent aussi s’accumuler sur des sites de fibrose. Dans l’intestin humain normal, elles représentent environ 2 à 3 % des cellules de la lamina propria. La régulation des mastocytes est dépendante de certaines cytokines comme le SCF, les interleukines 3 et 4 qui assurent la prolifération et la maturation des mastocytes, favorisent l’augmentation de la production des médiateurs en réponse à des stimuli IgE dépendants ou indépendants. En revanche, le rôle de certains inhibiteurs endogènes des fonctions mastocytaires est peu connu. Dans un modèle murin, le TGF-β (a été suggéré comme un inhibiteur de la croissance des mastocytes. En revanche, le rôle du TGF-β sur la régulation de la sécrétion des médiateurs mastocytaires a donné des résultats divergents. Dans cette étude, les auteurs ont étudié pour la première fois les effets du TGF-β1 sur des mastocytes humains isolés de tissu intestinal. Le but de l’étude était d’examiner le rôle du TGF-β1 sur la régulation de la prolifération, des protéases, de l’expression des récepteurs de surface et de la libération des médiateurs. Dans ce travail, les mastocytes étaient isolés de la muqueuse intestinale, purifiés et cultivés en présence de SCF avec ou sans TGF-β1. Le phénotype et les médiateurs immunologiques sécrétés par les mastocytes étaient analysés par RT PCR, densitométrie de flux, immunohistochimie, western blot et plusieurs immunoassays. Le TGF-β1 inhibait la prolifération des mastocytes induite par le SCF de manière dose dépendante (ED 50 0,1 ng/ml). Le TGF-β1 augmentait le pourcentage de cellules exprimant la tryptase et la chymase et limitait l’expression de récepteurs pour les IgE et le SCF. De plus, le TGF-β1 modifiait le profil des médiateurs sécrétés par les mastocytes après la liaison des IgE à leur récepteur. La libération d’histamine, de cysteinyl-leukotriènes et de TNF-α était diminuée significativement alors que la production de prostaglandines de type D2 et l’expression de cylooxygénase 1 et 2 était accrue par le TGF-β1. Cette étude montre pour la première fois qu’en présence de TGF-β1 la croissance des mastocytes est retardée et que le profil des médiateurs IgE dépendants proinflammatoires peut être inhibé.
Cette étude in vitro confirme les travaux précédents qui suggèrent que le TGF-β1 est une cytokine qui assure un maintien « à un niveau acceptable » des réactions inflammatoires induites par les bactéries ou d’autres antigènes luminaux. Cette étude pourrait avoir des implications dans plusieurs pathologies comme l’allergie alimentaire, la maladie de Crohn, le syndrome de l’intestin irritable et certaines infections parasitaires.