John Libbey Eurotext

Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

MENU

Chroniques pittoresques des réformes de santé II. Comment Candide découvrit l'accréditation en amenant Cunégonde au Grand Hospice... Volume 5, numéro 5, Septembre - Octobre 1998

Auteur
  • Page(s) : 385-8
  • Année de parution : 1998

Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l'esprit le plus simple : c'est je crois pour cette raison qu'on le nommait Candide. Voltaire De l'importance d'un événement malencontreux Candide ne voulait s'arrêter dans cette grande cité provinciale que le temps d'échanger contre mille pistoles un de ses précieux cailloux qu'il avait ramenés du Dorado, et qui lui permettaient de convaincre si facilement ses interlocuteurs de la justesse de ses demandes et de la nécessité de les satisfaire le plus rapidement possible. La fatalité rendit, hélas, son séjour plus long que prévu. En début de matinée, la délicieuse Cunégonde éprouva en effet quelques troubles digestifs qu'elle voulut d'abord dissimuler, avançant une indisposition passagère et bénigne. Un malencontreux flux de ventre la contraignit à avouer honteusement son malheur, et son état s'aggrava quand de putrides rejets stomachiques s'associèrent aux malodorantes évacuations alvines. Candide se retourna alors vers Pangloss et lui demanda conseil. Le bon philosophe, en relevant sa barbe, sourit d'une façon qui se voulait être rassurante et déclara : - Je crois que nous allons pouvoir juger de l'intendance sanitaire de ce royaume et de la compétence des gens de médecine par la façon dont sont traités tous les valétudinaires, qu'ils soient fiévreux cholériques, estropiés, scrofuleux, pustulaires, buboniques et que sais-je encore. Sur ce, il alla interroger un aubergiste qui tenait commerce de l'autre côté de la rue, à l'enseigne de La Belle Westphalie, et lui demanda comment procéder pour secourir rapidement la délicieuse mais très pâle Cunégonde. - Dieu soit béni, lui répondit ce dernier, vous ne pouviez pas mieux tomber pour faire soigner et panser cette jeune personne. Nous avons dans notre cité un des plus grands hospices du royaume, mais vous pouvez aussi, à votre convenance, consulter dans une des plus belles infirmeries particulières de la province, tenue par les plus nobles gens de médecine que l'on puisse rencontrer à cent lieues. Et il ajouta, malicieusement, j'ai l'honneur de les servir de temps à autre et j'en connais les grandes vertus et les soucis les plus intimes. (…)