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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Cannabis et foie Volume 14, numéro 6, novembre-décembre 2007

Auteurs
Service d’Hépatologie et de Gastroentérologie, CHU Henri Mondor, Créteil, Inserm U841, CHU Henri Mondor, Créteil

La consommation de cannabis (marijuana, Cannabis sativa) a augmenté durant les 30 dernières années dans le monde occidental. Le cannabis contient plus de 60 composés, dont le principal est le Δ 9–tétrahydrocannabinol (THC). Ils se fixent sur deux récepteurs, CB1 et CB2. Les récepteurs CB1 prédominent dans le cerveau et sont responsables des effets psychoactifs, analgésiques, antiémétiques et orexigènes des cannabinoïdes. Les récepteurs CB2 sont exprimés dans les cellules du système immunitaire et exercent des effets immunomodulateurs et anti-inflammatoires. L’expression de ces deux récepteurs a été également mise en évidence dans plusieurs tissus périphériques comme le foie. Il existe des ligands endogènes de ces récepteurs qui forment la famille des endocannabinoïdes, dont le mieux caractérisé est l’anandamide.Au plan hépatique, des études expérimentales ont montré que les cannabinoïdes par l’induction de CB1 participaient à la genèse de la stéatose hépatique par un mécanisme central, augmentation de la prise alimentaire et par des mécanismes périphériques, régulation du métabolisme glucido-lipidique, diminution de la lipolyse et augmentation de la stéatogenèse hépatocytaire. Il a été rapporté que le développement de l’hypertension portale était favorisé par l’anandamide. Des données expérimentales ont montré dans des modèles de fibrogenèse hépatique, un rôle profibrogénique de CB1 et antifibrogénique de CB2. Chez l’homme, la consommation quotidienne de cannabis est associée au cours de l’hépatite chronique C à une vitesse de progression de la fibrose rapide et à la présence plus fréquente d’une fibrose sévère. Ces résultats sont en accord avec les propriétés profibrogéniques de CB1 et doivent inciter à recommander aux malades atteints d’hépatite chronique C de s’abstenir d’un usage régulier de cannabis. L’ensemble des données actuelles invite à évaluer l’efficacité du rimonabant (antagoniste CB1) dans la fibrogenèse hépatique, la stéatopathie métabolique et dans l’hypertension portale.