John Libbey Eurotext

Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Bases moléculaires de l’interaction de Helicobacter pylori avec les cellules épithéliales gastriques Volume 13, numéro 5, Septembre-Octobre 2006

Auteurs
Unité de Pathogénie bactérienne des muqueuses, Institut Pasteur, Paris

Helicobacter pylori a pour niche unique l’estomac humain. Sa présence est associée à une gastrite chronique qui peut évoluer vers diverses pathologies plus sévères comme les ulcères et la majorité des cancers gastriques. La pathogénicité de H. pylori est intimement liée à sa capacité à survivre dans cet environnement hostile grâce à une uréase permettant de neutraliser le pH environnant. Néanmoins, H. pylori n’est pas acidophile mais un acidotolérant et fuit le pH acide extrême de la lumière gastrique à l’aide de flagelles indispensables pour que la bactérie puisse atteindre le mucus et la muqueuse gastrique où le pH (entre 5 et 7) est plus adapté à sa physiologie. La colonisation de sa niche dépend d’une variété de facteurs bactériens incluant le lipopolysaccharide (LPS) et des adhésines. Le LPS et les adhésines permettent un contact intime de la bactérie avec la muqueuse gastrique. Les adhésines sont multiples et très variables permettant une adaptation constante de la bactérie à la réponse immunitaire intense. De plus, le LPS mime des facteurs de l’hôte le rendant peu immunogène. Les souches les plus virulentes portent un îlot de pathogénicité nommé cag codant un système de sécrétion type IV. Celui-ci est fortement associé aux pathologies sévères. Le système de sécrétion permet l’injection de la protéine CagA responsable du dysfonctionnement de la barrière épithéliale via des actions au niveau des jonctions serrées et de la prolifération cellulaire fonctionnant comme un facteur de croissance. En parallèle, le système de sécrétion permet l’injection de fragments de peptidoglycane de la paroi de H. pylori responsable de la production de l’interleukine 8 et de l’inflammation sévère associée aux souches les plus virulentes. Finalement, la cytotoxine VacA serait impliquée dans l’induction de l’apoptose des cellules épithéliales, dans la déstabilisation de la barrière épithéliale et dans l’immunosuppression de la réponse de l’hôte. Ainsi, de nombreux facteurs de virulence sont impliqués dans la pathogénicité de H. pylori et peuvent être multifonctionnels, faisant le succès de ce pathogène.