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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Antibioprophylaxie au cours de la cirrhose Volume 17, numéro 2, mars-avril 2010

Auteurs
AP-HP, service d'Hépato-gastroentérologie, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 47 bd de l'hôpital, 75013, Paris, France

Les infections bactériennes sont des complications fréquentes et sévères chez les malades atteints de cirrhose. Parmi celles-ci, l'infection spontanée du liquide d'ascite (ISLA) est la plus spécifique, la plus fréquente et la mieux étudiée. Les facteurs de risque de survenue d'ISLA sont : 1) l'hémorragie digestive ; 2) l'ascite pauvre en protides (< 15 g/L) ; 3) un antécédent d'ISLA. Dans ces trois situations, l'antibioprophylaxie est efficace et permet d'améliorer la survie. Au cours de l'hémorragie digestive, un traitement par norfloxacine (administrée oralement à la dose de 400 mg deux fois par jour pendant sept jours) prévient la récidive hémorragique précoce et diminue la mortalité hospitalière. Chez les patients ayant une ascite pauvre en protides et une cirrhose grave ou une altération de la fonction rénale – lesquels sont les plus à risque de développer une ISLA –, la norfloxacine (administrée à la dose de 400 mg par jour) améliore la survie à trois mois et un an par rapport au placebo et diminue l'incidence de l'ISLA et la survenue d'un syndrome hépatorénal. Chez les patients ayant déjà eu un épisode d'ISLA, le traitement par norfloxacine (400 mg par jour) diminue le risque de récidive d'ISLA à un an. Il doit être poursuivi à vie, jusqu'à la transplantation hépatique, si celle-ci est envisagée, ou jusqu'à disparition de l'ascite. Il est important de noter que l'antibioprophylaxie est « coût-efficace » dans ces trois situations. Quant à l'endoscopie digestive haute programmée – qu'elle soit diagnostique ou thérapeutique, comme lors d'une ligature de varices –, elle pourrait également constituer une situation àrisque chez les patients cirrhotiques en raison d'une incidence accrue des bactériémies. Cependant, en l'absence de risque cardiaque, l'antibioprophylaxie n'est pas recommandée. En l'absence de données concernant l'incidence de l'ISLA et l'intérêt d'une antibioprophylaxie après endoscopie digestive basse chez les malades ayant une cirrhose grave, il n'est pas possible de formuler de recommandations.