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Hématologie

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La résistance innée au paludisme due aux anomalies de l'hémoglobine Volume 8, numéro 6, Novembre - Décembre 2002

Auteurs
Institut Cochin, 24, rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris.

Dans la majorité des cas, les maladies génétiques affectant le globule rouge (GR) sont dues à l'exposition au paludisme des populations concernées, on en date l'émergence il y a environ 3 000 ans avec l'apparition de l'agriculture [1]. La susceptibilité des individus à l'infection par le paludisme est variable ; la résistance est soit génétique, soit due à une exposition antérieure à la maladie. Le paludisme à Plasmodium falciparum, est responsable des formes létales de l'infection. Le cycle du parasite comporte deux phases : une phase dans le vecteur qui est un moustique du genre anophèle, une phase humaine qui comporte elle-même deux étapes, successivement hépatique et érythrocytaire (figure 1). La résistance génétique semblerait limitée à cette étape érythrocytaire ; il n'existe pas de données suggérant une résistance possible pendant l'étape hépatique. La résistance génétique au P. falciparum durant l'étape érythrocytaire pourrait elle-même impliquer l'un ou/et l'autre des mécanismes suivants : ­ il peut y avoir inhibition de l'entrée du mérozoïte dans le GR ; ­ la croissance intracellulaire du parasite peut être entravée ; ­ il peut aussi y avoir un obstacle à la lyse globulaire, normale en fin de maturation du parasite, qui libère les mérozoïtes dans le courant sanguin. C'est une résistance génétique au cours de cette étape érythrocytaire qui a sélectionné des défauts génétiques du GR à des fréquences géniques (supérieures à 1 %), impliquant une pression positive de sélection [2]. Ces défauts sont divers, incluant des hémoglobinopathies, hémoglobine (Hb)S, HbC, HbE et thalassémies ; mais aussi des défauts de la membrane érythrocytaire, en particulier l'ovalocytose du Sud-Est asiatique et certaines formes d'elliptocytose, ainsi que des désordres métaboliques dont le déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase. Bien que les quatre variantes de paludisme humain (P. falciparum, ovale, vivax, et malariae) puissent exercer la même pression sélective sur les populations, l'effet majeur est celui qu'exerce le P. falciparum, seul responsable de formes létales, surtout chez l'enfant de moins de cinq ans. Cette gravité en fonction de l'âge empêche les individus d'atteindre celui de la reproduction, et entre en jeu pour qu'un variant génétique responsable de résistance au P. falciparum soit transmis à la génération suivante. Il existe une relative opposition entre la protection qu'offre l'état hétérozygote et les problèmes liés à l'état homozygote. La fréquence génique dans une population est finalement le produit de l'avantage chez l'hétérozygote et de la mortalité/morbidité chez l'homozygote. C'est ce qu'on a appelé le polymorphisme équilibré.