John Libbey Eurotext

Environnement, Risques & Santé

MENU

Les médecins et les pharmaciens de ville peuvent-ils contribuer à la réduction à la source des résidus médicamenteux ? Une enquête sociologique auprès de ces professionnels de santé sur le territoire du bassin d’Arcachon en France Volume 21, numéro 2, Mars-Avril 2022

Auteurs
1 Géographe
Université de Fribourg
4, chemin du Musée
1700 Fribourg
Suisse
2 Chargé de mission « Économie et sciences sociales »
Direction de la recherche et de l’appui scientifique (DRAS)
Office français de la biodiversité (OFB)
5, square Félix Nadar
94300 Vincennes
France
3 Sociologue et consultante, chercheuse associée au laboratoire Eau environnement et systèmes urbains (Leesu)
École nationale des Ponts Paris-Tech (ENPC)
6-8, avenue Blaise Pascal
77420 Champs-sur-Marne
France
4 Ingénieure d’études en statistique, UR ETTIS
Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation
et l’environnement (INRAE)
50, avenue de Verdun Gazinet
33612 Cestas Cedex
France
5 Chargée de recherche (HDR) en économie de l’environnement et Directrice de l’UR ETTIS
Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation
et l’environnement (INRAE)
50, avenue de Verdun Gazinet
33612 Cestas Cedex
France
* Tirés à part

Des travaux ont mis en évidence la contamination et l’impact des résidus médicamenteux, et plus largement des produits de soins, sur les milieux aquatiques et le milieu marin. La réduction à la source des micropolluants d’origine pharmaceutique, liés à la consommation de médicaments ou à une mauvaise gestion des médicaments non utilisés, s’avère nécessaire. Au regard de leur rôle déterminant dans la consommation de médicaments, il est important de comprendre comment les médecins et les pharmaciens appréhendent la problématique des micropolluants liés aux médicaments et comment ils intègrent, ou pensent pouvoir intégrer, cet enjeu dans leurs pratiques de prescription et de délivrance de médicaments. Sur la base d’une enquête sociologique qualitative auprès de médecins et de pharmaciens de ville du bassin d’Arcachon, cet article montre la faible « préhension » de l’enjeu des micropolluants liés aux médicaments par ces professionnels, que ce soit en termes de représentations ou d’intégration de l’enjeu dans leurs logiques de prescription, de conseils et de délivrances de médicaments aux patients et/ou aux consommateurs. Les contraintes et les déterminants (économiques, sociologiques, organisationnels, symboliques et culturels, etc.) qui structurent les relations médecin-patient et pharmacien-patient-consommateur en France n’apparaissent pas propices à une réduction de la consommation de médicaments, qu’ils soient prescrits ou autoconsommés. En dépit de représentations et pratiques professionnelles différentes, pour tous les médecins et pharmaciens interrogés, les enjeux de santé (bénéfice-risque pour le patient ou le consommateur) demeurent toujours prioritaires sur les objectifs de préservation de la biodiversité. Cela étant, des professionnels enquêtés soulignent l’existence de marges de manœuvre pour « optimiser » la consommation de médicaments. Une relation médecin-patient moins contrainte par le temps et moins organisée autour de la prescription de médicaments, et une relation pharmacien-médecin-consommateur où les pharmaciens ont un rôle plus reconnu et actif dans la gestion des traitements médicamenteux des individus, semblent des pistes intéressantes pour réduire les micropolluants médicamenteux à la source sans compromettre l’atteinte des objectifs de santé. Dans ce cadre, notre analyse montre que l’action publique devra accompagner l’écologisation des pratiques des professionnels de santé, à commencer par les informer et les former davantage sur les risques environnementaux et potentiellement sanitaires liés à l’abondante consommation de médicaments. D’autres leviers et outils devront aider les professionnels à intégrer davantage les enjeux de préservation du vivant dans leurs logiques professionnelles.