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Les inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHi) : des pesticides mitotoxiques dans le viseur Volume 23, numéro 1, Janvier-Février 2024

Illustrations


  • Figure 1.

  • Figure 2.

  • Figure 3.

Tableaux

Auteurs
INSERM UMRS 1124 - Université Paris Cité Paris France
* Tirés à part : S. Bortoli
* Contribution égale

Les fongicides de la famille des inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHi) sont utilisés pour lutter contre la prolifération de champignons qui altèrent les rendements dans les cultures de céréales, de fruits et de légumes et peuvent causer des effets néfastes pour la santé. Leur mode d’action repose sur le blocage de l’activité de la succinate déshydrogénase (SDH), une enzyme présente dans toutes les espèces eucaryo­tes possédant des mitochondries. La SDH participe à deux processus métaboliques interconnectés pour la production d’énergie : la respiration cellulaire, où elle permet le transfert des électrons dans la chaîne respiratoire des mitochondries, et le cycle de Krebs, où elle catalyse l’oxydation du succinate en fumarate. Chez l’être humain, les déficits héréditaires en SDH sont une cause d’encéphalopathies et de cancers. Les mécanismes cellulaires et moléculaires liés à l’inactivation génétique de la SDH ont été bien décrits dans certaines tumeurs, où elle induit un stress oxydant, un phénotype de pseudohypoxie, un remodelage métabolique, épigénétique et transcriptomique, et des modifications des capacités de migration et d’invasion des cellules cancéreuses, en lien avec l’accumulation d’un oncométabolite, le succinate, consécutive à l’inactivation de la SDH.

L’utilisation des fongicides SDHi suscite des interrogations multiples ces dernières années. Leur mode d’action, qui vise à altérer des fonctions mitochondriales essentielles à la ­production d’énergie et à l’homéostasie métabolique, n’est pas spécifique des champignons, suggérant qu’ils pourraient aussi être toxiques pour l’être humain et la biodiversité. L’impact des SDHi sur la santé reste peu exploré à ce jour, avec un large manque de données d’exposition à ces substances et de données d’imprégnation de la population générale et des agriculteurs. De plus, les propriétés physico-chimiques des SDHi en font des substances possiblement persistantes dans les sols et les organismes, et un nombre croissant d’études fait état de leurs effets toxiques dans des espèces non-cibles. L’analyse des rapports d’évaluation réglementaire montre que la plupart des SDHi induisent des tumeurs chez l’animal, sans preuve de génotoxicité. Ainsi, pour ces substances, les mécanismes de cancérogénicité ne sont, à ce jour, pas clairement établis et leur élucidation nécessiterait d’enrichir les procédures d’évaluation réglementaire en intégrant mieux les connaissances sur les processus de cancérogenèse acquises depuis une dizaine d’années.