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Le paludisme en zone de mangrove du delta du Saloum (Sénégal) Volume 5, numéro 2, Mars-Avril 2006

Auteurs
Institut de recherche pour le développement (IRD), Unité de recherche 077 « Paludologie afrotropicale », Centre IRD de Hann, BP 1386, CP 18524 Dakar Sénégal, Département de biologie animale, Faculté des sciences et techniques, Université C.A. Diop (Ucad), BP 5005, Dakar Sénégal, Institut de recherche pour le développement (IRD), Unité de recherche 178 « Conditions et territoires d’émergences des maladies », Centre IRD de Hann, BP 1386, CP 18524 Dakar Sénégal, Service de parasitologie, Faculté de médecine et de pharmacie, Université C.A. Diop (Ucad), BP 5005, Dakar Sénégal, Institut de recherche pour le développement (IRD), Unité de recherche 016 « Caractérisation et contrôle des populations de vecteurs », Laboratoire des insectes nuisibles (LIN), BP 64501, 34394 Montpellier cedex 5 France, Service national de lutte antiparasitaire (SLAP), BP - SLAP, Thiès Sénégal

Dans le cadre de l’étude de la biodiversité du paludisme au Sénégal, des enquêtes parasitologiques et cliniques intégrées dans une étude entomologique, ont été effectuées de 1996 à 1998 en zone de mangrove du delta du Saloum. Les enquêtes parasitologiques ont été effectuées dans deux villages parmi les six implantés dans la zone littorale de Palmarin (Djifère et Diakhanor), en fin de saison sèche, et au milieu et à la fin de la saison des pluies. L’enquête clinique a été réalisée de juillet 1996 à février 1998, au niveau du poste de santé de la zone de Palmarin. L’accès palustre a été défini par l’existence de symptômes évocateurs de paludisme associés à une parasitémie plasmodiale supérieure à 3 000 trophozoïtes/μL de sang. Plasmodium falciparum a été rencontré dans la totalité des gouttes épaisses positives et était associé à Plasmodium malariae dans un seul cas. Plasmodium ovale n’a pas été observé. La valeur de l’indice plasmodique moyen (5,6 %) classe le delta du Saloum comme une zone hypoendémique. La charge parasitaire moyenne a été estimée à 2 239 trophozoïtes (IC 95 % : 1 660-3 020) de P. falciparum par microlitre de sang. La fièvre a été notée chez 86,9 % des sujets présentant des signes évocateurs d’accès (céphalées, corps chaud, frissons, sueurs, courbatures…). Les accès palustre ont représenté 1,9 % de la consultation globale, 12,2 % des cas présomptifs et 14,0 % des sujets fébriles. Ces accès palustres ont affecté toutes les classes d’âge, ce qui confirme la faiblesse de l’immunité antipalustre de la population du delta du Saloum. Ils ont été plus importants à la fin de la saison des pluies et au début de la saison sèche, périodes où étaient retrouvées les plus fortes charges parasitaires. Dans cette zone en pleine expansion touristique et où la nappe phréatique à eau douce est superficielle, des gîtes larvaires favorables au développement d’Anopheles arabiensis et d’Anopheles gambiae ss., vecteur majeur du paludisme, étaient en création par suite des modifications anthropiques du milieu. La population ayant une immunité antiplasmodiale faible, cette nouvelle situation pourrait entraîner une augmentation de la transmission suivie de flambées épidémiques ; d’où l’importance de la mise en place d’un système de surveillance épidémiologique fonctionnel pour détecter rapidement toute recrudescence du paludisme.