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Douleur et analgésie

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Sécurité et efficacité des cannabinoïdes chez des patients danois souffrant de douleurs chroniques réfractaires au traitement — une étude observationnelle rétrospective en situation de vie réelle* Volume 36, numéro 3, Septembre 2023

Tableaux


  • Tableau 1

  • Tableau 2

  • Tableau 3
Auteurs

* Article reproduit en français avec l'aimable autorisation de l'éditeur. La version originale de cet article a été publiée en anglais dans l’European Journal of Pain. ©1999–2022 John Wiley and Sons, Inc. All rights reserved. Voir les conditions de licence de cet article : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/ejp.1975. La traduction en français a été assurée par le comité de rédaction de la revue Douleur et Analgésie, publiée par les Éditions Lavoisier, responsable de sa conformité et de son exactitude.

Contexte

Les cannabinoïdes sont considérés comme une option thérapeutique pour les patients souffrant d'une douleur chronique réfractaire au traitement (DCRT) insuffisamment soulagée par les antalgiques conventionnels, ou rapportant des effets indésirables (EI) dus à ceux-ci et non tolérés. Cette étude visait à explorer la sécurité et l'efficacité des cannabinoïdes oraux chez les patients souffrant de DCRT.

Méthodes

Une étude rétrospective a été menée auprès de patients danois souffrant de DCRT à qui l'on avait prescrit des cannabinoïdes oraux. Les données sur les EI et les changements dans l'intensité de la douleur (évaluée par échelle numérique simple, ENS), avant et après l'instauration du traitement cannabinoïde oral, ont été analysés.

Résultats

Parmi les 826 patients éligibles (âgés de 18 ans ou plus), 529 (64 %) ont été inclus dans l'analyse des données à la première consultation de suivi (CS1 ; délai médian depuis le début de l'étude : 56 jours), et 214 (26 %) à la seconde consultation de suivi (CS2 ; délai médian depuis CS1 : 126 jours). L'âge moyen des patients était de 60 ± 15,9 ans, avec 70 % de femmes. Les EI ont été généralement rapportés comme légers à modérés par 42 % des patients à la CS1, et par 34 % à la CS2. Les EI étaient principalement des troubles gastro-intestinaux (17 % à la CS1 et 13 % à la CS2) et neurologiques (14 % à la CS1 et 11 % à la CS2). La réduction d'EN était significativement différente aux deux consultations de suivi en comparaison à la consultation initiale (< 0,0001). Une réduction cliniquement pertinente de la douleur (d'au moins 30 % sur l'ENS) a été rapportée par 17 % des patients à la CS1 et 10 % des patients à la CS2 dans l'analyse en intention de traiter, alors que ces valeurs étaient respectivement de 32 et 45 % dans l'analyse perprotocole.

Conclusions

La thérapie cannabinoïde orale semble être sûre et légèrement efficace chez les patients souffrant de DCRT. Des essais contrôlés randomisés (ECR), axés sur des caractéristiques de douleur comparables, dans des sous-groupes de patients homogènes en diagnostic, sont nécessaires pour améliorer le niveau de preuves du soulagement de la douleur chronique par les cannabinoïdes oraux.

Importance

Les résultats de cette étude rétrospective menée dans un contexte clinique de vie réelle suggèrent un profil de sécurité favorable des cannabinoïdes. En outre, un sixième (en intention de traiter) et un tiers (en perprotocole) des patients souffrant de douleur chronique réfractaire aux antalgiques conventionnels, ou rapportant des EI non tolérés, ont bénéficié de manière significative de la thérapie par des régimes de cannabinoïdes oraux. La combinaison de THC et de CBD semble globalement plus efficace que la monothérapie cannabinoïde. La conduite d'ECR portant sur la sécurité et l'efficacité de la thérapie cannabinoïde — dans des sous-groupes de patients spécifiques d'un point de vue diagnostique et avec des caractéristiques cliniques et physiopathologiques en termes de douleur chronique comparables — est justifiée, contribuant ainsi au processus de clarification des preuves cliniques actuellement en cours.