John Libbey Eurotext

Bulletin Infirmier du Cancer

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Apport d’une IPA dans la prise en charge des patients en neuro-oncologie Volume 19, numéro 1, Janvier-Février-Mars 2019

Illustrations

  • Figure 1
  • Figure 2
  • Figure 3
  • Figure 4
  • Figure 5

Suite à une expérimentation à l’initiative de l’Institut national du cancer (INCa) en 2011, un suivi systématique des patients atteints de tumeurs cérébrales a été mis en place. Un(e) infirmier(e) de coordination (IDEC) parcours est en charge de ce suivi dès l’annonce du diagnostic. En quelques années, le poste a évolué, mettant en évidence l’intérêt de la pratique avancée infirmière en neuro-oncologie.

La spécificité de la neuro-oncologie

La Haute Autorité de santé (HAS) estime l’incidence des cancers primitifs du système nerveux central à 5 000 nouveaux cas par an en France. Ce sont des cancers rares de mauvais pronostics, qui représentent 2 % des tumeurs malignes de l’adulte [1]. Le principal type histologique est constitué par les gliomes, qui représentent « 64 à 90 % des tumeurs cérébrales primitives » [2]. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe les gliomes selon leur degré d’agressivité de I à IV : les grades I et II étant les gliomes de bas grades ; et les grades III et IV, les hauts grades ou gliomes malins. Le glioblastome (GBM), tumeur de grade IV la plus agressive [3], représente environ 70 % des gliomes malins (le plus fréquent chez l’adulte).

La prise en charge thérapeutique est multidisciplinaire et vise à proposer le traitement le plus adapté pour améliorer la survie, tout en préservant la qualité de vie du patient. Elle vise également à accompagner le patient et son entourage dans l’acquisition et le maintien de leur autonomie et de compétences dont ils ont besoin pour participer activement à la prise en charge, et gérer au mieux la maladie et les complications liées à celle-ci ou aux traitements, y compris en situation d’urgence. Elle se déroule en externe ou en hôpital de jour et s’appuie sur les aidants et les professionnels libéraux.

Les parcours de soins en neuro-oncologie sont complexes, au vu de la gravité du diagnostic, du pronostic des conséquences fonctionnelles (motrices, sensorielles et cognitives) causées par la maladie.

L’histoire naturelle de la maladie inclut des épisodes aigus, génère handicap et dépendance nécessitant des ajustements réguliers de la prise en charge.

Compte tenu de ces particularités, un poste d’infirmier(e) de pratique avancée (IPA) a été expérimenté afin d’améliorer l’accompagnement des patients, la coordination ville-hôpital et de renforcer l’équipe médicale référente. Cette fonction s’inspire des nurses practitioners d’Amérique du Nord et des clinical nurse specialists du Royaume-Uni.

La pratique avancée infirmière

La pratique avancée infirmière est une notion récente en France mais déjà expérimentée dans de nombreux pays.

Plusieurs études ont relevé l’impact positif des IPA sur l’accès aux soins, la réduction des délais d’attente, la gestion des maladies chroniques et la satisfaction des patients [4-6].

Définition

Le Conseil international des infirmières (CII) a défini en 2008 l’IPA comme « une infirmière diplômée qui a acquis des connaissances théoriques, le savoir-faire nécessaire aux prises de décisions complexes, de même que les compétences cliniques indispensables à la pratique avancée de sa profession » [4].

Deux modes d’exercice en pratique avancée ont été répertoriés par le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (SIDIIEF) en 2018 : l’infirmier(e) clinicien(ne) de pratique avancée et l’infirmier(e) praticien(ne) [7].

La pratique avancée comprend sept compétences [8] précisées dans la figure 1.

En France, le décret n̊ 2018-629 du 18 juillet 2018 relatif à l’exercice infirmier en pratique avancée décrit les modalités de mise en place des IPA en précisant leurs missions, formation et domaines d’intervention.

IPA en neuro-oncologie : une expérimentation innovante

À l’Institut de cancérologie de l’Ouest (ICO), les patients de neuro-oncologie sont suivis par un binôme oncologue/faisant fonction d’IPA (titulaire d’un Master sciences cliniques infirmières [SCI]), tout au long de leur prise en charge (figure 2).

L’infirmier(e) assure le rôle de référent pour le patient, son entourage et l’ensemble des professionnels intervenant dans la prise en charge (figure 3).

Les consultations ou échanges téléphoniques avec le patient et ses aidants ont différents objectifs :

  • la réévaluation de la situation clinique, de la qualité de vie et des besoins du patient et de ses aidants pour accélérer l’orientation vers les soins de support ;
  • la reformulation et l’explication des informations médicales, la proposition de temps éducatifs au patient ;
  • l’évaluation et la sécurisation du parcours de soins : pertinence du maintien à domicile, mise en place ou renforcement des aides à domicile ;
  • la participation au renouvellement de chimiothérapie per os ;
  • le renouvellement ou l’émission de prescriptions (bilans sanguins, examens, dispositifs médicaux pour le domicile, prescriptions infirmières, renouvellement des traitements personnels, prescriptions de médicaments non soumis à prescriptions médicales obligatoires) qui sont validées par l’oncologue référent du patient (dans l’attente de l’obtention d’une validation des acquis d’expérience [VAE] pour le Diplôme d’État d’infirmier(e) de pratiques avancées [DEIPA]) ;
  • la gestion des urgences, des demandes d’hospitalisation vers l’hôpital à domicile (HAD), les soins de suite et de réadaptation (SSR), les services de médecine ou chirurgie adaptés à l’ICO ou au niveau local.

L’IPA collabore avec l’ensemble des professionnels de l’hôpital et les acteurs du réseau ville-hôpital (médecin traitant, SSR, HAD, infirmier(e) libéral(e) [IDEL], aide à domicile, unité de soins palliatifs [USP], service de soins infirmiers à domicile [SSIAD], établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes [EHPAD], prestataires de service, réseaux [Centre local d’information et de coordination gérontologique - CLIC ; Centre communal d’action sociale - CCAS], etc.) pour coordonner la prise en charge des patients. Elle/Il est également sollicité(e) par les médecins hospitaliers en médecine et en hôpital de jour pour avis consultatif (validation de la chimiothérapie, réajustement du maintien à domicile, nécessité d’hospitalisation, etc.) et lors de la réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) de neuro-oncologie, des staffs de soins palliatifs et de soins de support. L’IPA participe à la recherche en soins, à la démarche qualité par réévaluation des protocoles en place au regard des données probantes, et contribue à des missions de formation et de leadership en lien avec son expertise.

Étude et enquêtes de satisfaction

Différentes évaluations ont été réalisées depuis 2012 afin d’explorer l’intérêt de développer ce type de poste.

En 2015, une étude, dans le cadre du Master SCI, a été réalisée afin d’évaluer l’impact de la mise en place d’un suivi par un faisant fonction IPA sur le parcours de soins des patients ayant un GBM. Cette étude comparative rétrospective a été conduite sur 78 patients atteints de GBM, répartis en deux groupes : l’un suivi par l’IDEC et l’autre non. Les résultats sont précisés dans la figure 4.

Cette étude, malgré ses limites, permet de conforter les résultats des enquêtes de satisfaction réalisées auprès des patients et aidants, mais aussi des médecins hospitaliers impliqués en neuro-oncologie (figure 5).

Conclusion

L’expérimentation en cours depuis plusieurs années a démontré la plus-value de la mise en place d’un(e) IPA en neuro-oncologie.

Par son positionnement de référent ressource pour le patient, ses aidants et l’ensemble des professionnels, elle/il assure une mission de soutien et d’information ayant comme objectifs la qualité de vie du patient et de la prise en charge, la continuité et la coordination des soins.

Grâce à son expertise, elle/il permet d’optimiser la prise en charge globale en oncologie, d’améliorer la dynamique d’équipe plurisdisplinaire et, de par son suivi rapproché, d’anticiper, de dépister et de prendre en charge les situations complexes pour en diminuer les conséquences, en particulier en situation palliative.

L’IPA ne se substitue ni aux médecins, ni aux paramédicaux appelés à dispenser les soins, mais apporte une expertise clinique infirmière centrée sur le patient. Elle ne remplace pas non plus les intervenants de proximité mais agit avec eux pour améliorer la coordination entre toutes les équipes.

De nombreux axes de développement de ses missions sont à envisager dans le cadre de l’évolution de la médecine ambulatoire et de la télémédecine.

Liens d’intérêts

l’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêt.

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