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Bulletin du Cancer

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Paléopathologie du cancer, continuité ou rupture ? Volume 93, numéro 8, Août 2006

Auteur
Ecole pratique des hautes études, La Sorbonne, Paris

En conjuguant les méthodes de la pathologie à celles de l’histoire et les techniques de l’anthropologie physique à celles de l’archéologie, la paléopathologie se donne pour objectif d’identifier les traces des maladies sur les restes humains anciens. La paléopathologie organique, l’ostéo-archéologie, la paléogénétique et l’iconodiagnostic participent à des degrés divers de la paléopathologie. À des degrés divers, toutes ces branches contribuent à la connaissance de l’histoire naturelle des cancers. Pour autant les néoplasies osseuses en paléopathologie et, plus exactement, leur prévalence dans les pathocénoses anciennes, posent problème. Premièrement, malgré leur rareté, toutes les formes fondamentales des tumeurs osseuses actuellement connues ont été retrouvées sur des spécimens ostéo-archéologiques. Deuxièmement, les facteurs lourds des pathocénoses anciennes, tels que la durée moyenne de vie étroitement liée à l’importance des maladies néonatales et pédiatriques et les différences majeures dans les modes de vie, justifient largement les différences constatées dans le nombre des tumeurs osseuses entre hier et aujourd’hui. Troisièmement, les difficultés du diagnostic rétrospectif avec, en particulier, la cruelle absence de critères d’interprétation fiables suffisent à faire le reste de ces différences statistiques. Quatrièmement, aucun argument statistique, aucune projection mathématique ne peut actuellement nous assurer de la réalité d’une plus grande rareté des tumeurs osseuses au décours de l’histoire des hommes. Ces quelques remarques nous invitent à reconnaître la continuité du génie morbide des néoplasies dans le champ de l’histoire des hommes et à admettre que les imperfections de notre connaissance de la réalité sanitaire des populations du passé suffisent à justifier d’apparentes ruptures.