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Bulletin du Cancer

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Nouvelles approches en cancérologie expérimentale : à la recherche de modèles thérapeutiques Volume 88, numéro 1, Janvier 2001

Auteurs
Institut de recherches Servier, Division de cancérologie expérimentale, 11, rue des Moulineaux, 92150 Suresnes.
  • Page(s) : 75-84
  • Année de parution : 2001

Les progrès réalisés ces vingt dernières années dans la compréhension des mécanismes de la progression tumorale ont conduit à l'identification de nouvelles cibles moléculaires originales. Ces découvertes se sont traduites par la mise en place, notamment dans les laboratoires de l'industrie pharmaceutique, de systèmes complets d'évaluation de molécules à potentialité antitumorale utilisant des tests biochimiques, cellulaires et animaux. Il existe aujourd'hui un consensus selon lequel l'amélioration de ces systèmes passe par la mise au point de modèles in vivo plus proches de la pathologie cancéreuse [1]. En effet, la majorité des modèles expérimentaux utilisés actuellement sont soit des cancers d'origine murine, tels que des leucémies ou des tumeurs solides greffées par voie intrapéritonéale ou sous-cutanée chez des souris consanguines, soit des tumeurs humaines issues de lignées établies et implantées par voie sous-cutanée chez des souris immunodéprimées [2, 3]. Ces modèles ont été sélectionnés et associés dans un but de criblage à grande échelle d'un très grand nombre d'extraits naturels ou de molécules de synthèse par le National Cancer Institute (NCI) aux États-Unis ou l'European Organisation for Research and Treatment of Cancer (EORTC) en Europe [4]. Régulièrement critiqués et réévalués, compte tenu notamment du nombre important de faux positifs (produits inactifs en clinique) qu'ils génèrent, ces systèmes constituent encore une référence pour de nombreux laboratoires et représentent une étape obligatoire avant les premières études cliniques. En parallèle et depuis le début des années 1980, quelques groupes, dont ceux d'Isaiah Fidler et de Bernard Sordat, impliqués dans l'étude du phénomène de dissémination métastatique, ont développé et proposé l'utilisation de modèles orthotopiques de cancers chez la souris [5, 6]. Dans ce cas, les cellules cancéreuses sont greffées au niveau de leur site anatomique d'origine permettant à la tumeur d'acquérir un comportement invasif plus proche de la réalité clinique et de générer des métastases à distance. Un travail important a également été réalisé pour établir des souches de souris mutées ou transgéniques développant spontanément des cancers de types histologiques variés [7]. Mais, pour l'instant, ces souches n'ont pas été utilisées de façon systématique pour évaluer l'activité de composés antitumoraux [1]. Cette revue se propose de décrire, en prenant le point de vue du chercheur de l'industrie pharmaceutique, les modèles classiques, principalement les xénogreffes sous-cutanées de tumeurs humaines, en soulignant leur rôle en tant qu'outils de screening, mais également leurs limites pour la découverte de nouveaux médicaments. Une deuxième partie sera consacrée aux nouveaux modèles orthotopiques et transgéniques utilisés depuis peu en cancérologie expérimentale qui pourraient être associés prochainement aux modèles existants, voire les remplacer.