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Bulletin du Cancer

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Neurotoxicité de l’oxaliplatine Volume 93, supplément 2, Numéro spécial, Février 2006

Auteurs
Service de toxicologie, Centre Antipoisons, CHU Angers, CRLCC Paul Papin, Angers

L’oxaliplatine est un médicament de référence dans le traitement de tumeurs digestives, notamment colorectales. Son profil de toxicité est marqué par une neurotoxicité sensitive périphérique caractéristique et spécifique, avec parfois des manifestations neuromusculaires. Cette neurotoxicité est formée de deux composantes, l’une aiguë, précoce, marquée par des dysesthésies au froid, parfois accompagnées d’un cortège neuromusculaire tel que contractures, engourdissements, l’autre chronique, de type cisplatine. Elle est fréquente, touche 80 % des patients et passe à la chronicité dans 15 à 20 % des cas, parfois irréversible. Régulièrement sous-estimée, gênante, parfois invalidante, elle grève la qualité de vie des patients. Sa pathogénie a été élucidée. Un des métabolites de l’oxaliplatine, l’oxalate, chélate le calcium intracellulaire et interfère avec certains canaux ioniques, ce qui est à l’origine des manifestations neurosensitives et musculaires, cliniques et électromyographiques. La prévention de ces manifestations est un objectif majeur eu égard aux indications larges de ce médicament. Différentes approches préventives et curatives ont été ou sont en cours d’évaluation, fondées sur des concepts pratiques ou pathogéniques : 1) les modifications du mode d’administration ; 2) les substances agissant sur les canaux sodiques : calcium-magnésium, carbamazépine, gabapentine, venlafaxine ; 3) les agents de détoxification, anti-oxydants : glutathion, amifostine, acide α-lipoïque, vitamine E ; 4) les substances actives dans les neuropathies : glutamine, acide α-lipoïque ; 5) les facteurs neurotrophiques : NGF, LIF ; 6) la mise au point d’analogues de l’oxaliplatine, comportant un DACH platine, sans oxalate. Les perfusions de calcium-magnésium sont actuellement une approche efficace et bien tolérée. Des études sont nécessaires pour mieux comprendre et prévenir cette neurotoxicité parfois très invalidante.