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Bulletin du Cancer

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Méthodologie de la recherche préclinique de nouveaux agents anticancéreux Volume 88, numéro 1, Janvier 2001

Auteur
Programme de recherche en oncologie, Aventis Pharma, centre de recherche de Paris, 13, quai Jules-Guesde, BP 14, 94403 Vitry-sur-Seine.
  • Page(s) : 67-74
  • Année de parution : 2001

Ces dernières années ont été le témoin de progrès significatifs en chimiothérapie anticancéreuse, grâce notamment aux taxoïdes pour le traitement des cancers du sein, du poumon et de l'ovaire et aux dérivés de la camptothécine pour celui du cancer du côlon. Cependant, malgré ces succès indéniables, le cancer reste, à l'aube du troisième millénaire, un problème de santé publique majeur. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit que, d'ici à 2020, au niveau mondial, son incidence doublera pour atteindre 20 millions de nouveaux cas par an et que le nombre de décès qu'il entraîne passera de 6 à 10 millions [1]. Le traitement des formes les plus répandues, telles que les cancers du poumon et du côlon, reste d'une efficacité très modeste pour les patients dont la maladie ne peut être contrôlée par la chirurgie ou la radiothérapie. À l'exception de l'hormonothérapie appliquée aux cancers du sein, de l'endomètre et de la prostate, les drogues actuelles sont, dans leur grande majorité, des agents cytotoxiques qui ciblent des mécanismes fondamentaux de la prolifération cellulaire, en particulier la synthèse et la biochimie de l'ADN et la mitose. Le médecin et le patient leur reprochent leurs toxicités souvent sévères (notamment la myélosuppression) qui découlent de leur manque de sélectivité vis-à-vis des cellules tumorales, et surtout une efficacité modeste à long terme principalement liée aux phénomènes de chimiorésistance (induite ou inhérente) associés généralement au processus métastatique. Les métastases sont en effet la cause de 90 % des décès par cancer [2]. L'objectif principal de la recherche préclinique est donc de développer des agents plus actifs qui, idéalement, échapperaient à la chimiorésistance et qui cibleraient davantage les métastases. Parmi ces agents, à efficacité égale, ceux qui auront la meilleure fenêtre thérapeutique seront plus largement et plus rapidement développés. L'enjeu ainsi défini, il ne serait pas prudent de ne pas continuer à explorer de nouvelles approches thérapeutiques fondées sur des cibles déjà connues comme le fuseau mitotique et la biochimie de l'ADN, d'autant que ces voies bénéficient et bénéficieront aussi largement que toute autre des avancées de la biologie moléculaire et des révolutions technologiques de la recherche pharmaceutique. Cependant, notre connaissance de la physiopathologie et des bases moléculaires du cancer acquise depuis la découverte des oncogènes et des gènes suppresseurs de tumeur est en train de modifier radicalement notre approche de la maladie. Elle nous permet d'espérer qu'en ciblant des mécanismes originaux intimes du cancer, nous trouverons des médicaments qui seront plus efficaces et plus spécifiques que ceux dont nous disposons aujourd'hui, qu'ils soient administrés seuls ou en association avec ces derniers.