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Bulletin du Cancer

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Antigènes-cibles d’anticorps thérapeutiques en cancérologie : beaucoup de candidats, peu d’élus Volume 94, supplément 6, Suppl. FMC numéro 7 : Thérapeutiques ciblées : malades sélectionnés

Auteurs
EA 3853 Immuno-pharmaco-génétique des anticorps thérapeutiques, Université François Rabelais, Faculté de Médecine, 10 boulevard Tonnellé, BP 3223, 37032 Tours Cedex 1

Les thérapeutiques « ciblées », et particulièrement les anticorps monoclonaux, occupent désormais une place prépondérante dans le traitement du cancer. L’émergence des techniques de criblage à grande échelle a permis d’isoler de très nombreux transcrits, protéines et antigènes non protéiques, identification à la base du concept d’immunome. Cette librairie d’épitopes constitue en effet un gigantesque « réservoir » d’antigènes-candidats à devenir un jour la cible d’une immunothérapie passive par un anticorps monoclonal. Cependant, la conception et le développement d’un anticorps thérapeutique représentent un tel investissement, tant sur le plan humain que sur le plan financier, qu’il paraît indispensable d’identifier précocement ceux qui, parmi tous ces antigènes-cibles potentiels, pourraient être les meilleurs candidats. Parmi les multiples critères à prendre en considération, il y a la fonction de l’antigène, lorsqu’elle est connue. En effet, un antigène ayant fonction de récepteur peut faire l’objet du développement d’un anticorps agoniste ou antagoniste en fonction de l’effet recherché. Même si la fonction d’un antigène n’est pas connue, un anticorps thérapeutique le prenant pour cible peut se révéler efficace, notamment par induction d’apoptose ou recrutement des effecteurs de l’immunité par sa portion Fc (lyse par le complément ou cytotoxicité dépendante des anticorps). Certaines autres caractéristiques de l’antigène, non liées à sa fonction, peuvent également être exploitées, comme son internalisation ou sa capacité à être transloqué dans les radeaux lipidiques. Les caractéristiques de l’expression de l’antigène-cible sont également capitales. En effet, le niveau et le siège d’expression cellulaire de l’antigène, tout comme son degré de spécificité pour les cellules tumorales sont des facteurs susceptibles d’influer sur l’efficacité et la tolérance clinique d’un anticorps le prenant pour cible. Enfin, la multiplicité de ces facteurs à prendre en compte et la grande complexité du fonctionnement des anticorps thérapeutiques transforment le choix d’un antigène-cible en un pari risqué, et, bien souvent, ce n’est qu’une fois prouvée l’efficacité clinique d’un anticorps le ciblant qu’un antigène peut être considéré comme un bon candidat.