John Libbey Eurotext

Synthèse publiée le : 15/06/2020

Synthèse :
Incidence du cancer en France

Les projections d’incidence1 réalisées pour chaque type de cancer en France sont synthétisées au sein d’un rapport de Santé publique France, élaboré en partenariat avec l’Institut national du cancer (INCa), le réseau FRANCIM des registres des cancers et le service de biostatistique-bioinformatique des Hospices civils de Lyon (HCL). Il en ressort que le nombre de nouveaux cas de cancer pour l’année 2018 en France métropolitaine est estimé à 382 000 [1], 54 % chez l’homme (204 600 cas), et 46 % chez la femme, (177 400 cas).

Les taux d’incidence (standardisés monde) sont estimés à 330,2 pour 100 000 hommes et 274,0 pour 100 000 femmes. L’âge médian au diagnostic de cancer était de 68 ans chez l’homme et de 67 ans chez la femme en 2015.

 

Le cancer féminin le plus fréquent demeure le cancer du sein (58 459 cas estimés en 2018), devant le cancer colorectal (20 120 cas) et le cancer du poumon (15 132 cas).

Chez l’homme, le cancer le plus fréquent est le cancer de la prostate (50 430 nouveaux cas estimés en 2015), devant le cancer du poumon (31 231 cas estimés en 2018) et le cancer colorectal (23 216 cas estimés en 2018).1

Les projections de mortalité réalisées, pour chaque type de cancer, permettent d’estimer à 157 400 décès liés au cancer en 2018 : 57 % chez l’homme, soit 89 600 décès et 43 % chez la femme, soit 67 800 décès (contre 84 041 hommes et 66 000 femmes en 2017). Les taux de mortalité (standardisés monde) estimés sont de 123,8 pour 100 000 hommes et 72,2 pour 100 000 femmes. L’âge médian au décès était de 73 ans chez l’homme et de 77 ans chez la femme en 2015.

En termes de mortalité, le cancer du poumon se situe au premier rang chez l’homme (22 761 décès en 2018), devant le cancer colorectal (9 209 décès) et le cancer de la prostate (8 115 décès). Chez la femme, le cancer du sein est la première cause de décès par cancer (12 146 décès), devant le cancer du poumon (10 356 décès) et le cancer colorectal (7 908 décès).
La survie nette à 5 ans des patients adultes diagnostiqués, entre 2005 et 2010, varie considérablement selon la localisation cancéreuse, de 4 à 98 % selon le type de cancer : chez l’homme, elle varie de 4 % pour le mésothéliome pleural à 96 % pour le testicule, et chez la femme de 7 % pour le pancréas à 98 % pour la thyroïde.

Les cancers de mauvais pronostic à 5 ans (survie à 5 ans inférieure à 33 %) représentent 31 % des cancers chez l’homme et 17 % chez la femme. Les cancers de bon pronostic à 5 ans (survie à 5 ans supérieure ou égale à 66 %) représentent 57 % des cancers chez la femme et seulement 44 % chez l’homme. Sur la période 1989-2010, on observe une amélioration de la survie nette standardisée à 5 ans pour la majorité des cancers. Mais certains cancers restent de mauvais pronostic, notamment les cancers liés au tabac et/ou à l’alcool (poumon, oesophage, tête et cou...).

Chez les enfants et les adolescents, le cancer touche chaque année, en moyenne, 2 200 nouvelles personnes : 1 750 chez les moins de 15 ans et 450 chez les adolescents de 15 à 19 ans en 2015. La survie à 5 ans des enfants et adolescents atteints de ces cancers s’est améliorée de manière très significative ces dernières décennies et dépasse aujourd’hui 80 %.

Chez les moins de 15 ans, les principales localisations cancéreuses sont les leucémies (29 % des cas, dont 80 % de leucémies aiguës lymphoblastiques), les tumeurs du système nerveux central (24 %) et les lymphomes (11 %).

Chez les 15-19 ans, les principales localisations sont les lymphomes (27 % des cas, dont 85 % de maladies de Hodgkin), les tumeurs du système nerveux central (17 %) et les leucémies (16 % dont 53 % de
leucémies aiguës lymphoblastiques).

Chez les moins de 15 ans, le nombre de décès par cancers est en baisse, passant de 360 en 1999 à 250 en 2012. Les cancers représentent moins de 1 % des décès entre 0 et 1 an et 20 % entre 1 et 14 ans.

Chez les 15-19 ans, 117 décès par cancer ont été observés en France en 2009. Les leucémies et les tumeurs du système nerveux central représentent 45 % des décès. En 2018, le nombre de personnes de 15 ans et plus vivantes et ayant eu un cancer au cours de leur vie est de l’ordre de 3,8 millions. Leur risque de second cancer primitif est augmenté, en moyenne, de 36 % par rapport au risque de cancer de la population générale.

L’INCa, en partenariat avec les principaux régimes d’assurance maladie, (CNAM, MSA) et avec l’Inserm, a actualisé une enquête nationale menée en 2012 puis en 2014 et portant sur 4 349 personnes dont le cancer avait été diagnostiqué cinq ans auparavant [2]. Cette étude VICAN 5 dresse un panorama de la vie après un cancer, sur le plan médical, psychologique, social et professionnel. VICAN 5 a porté sur 4 179 personnes, parmi lesquelles 2 009 individus ayant déjà participé à l’enquête VICAN 2 (2014) et auxquels s’ajoute un échantillon complémentaire de 2 165 personnes. Parmi les résultats mis en évidence, il en est notamment ressorti que 63,5 % des personnes souffrent de séquelles dues au cancer ou aux traitements et que, parmi les personnes en emploi au moment de leur diagnostic, 20 % ne travaillent plus cinq ans après.

 

Cancers attribuables à des facteurs de risque liés au mode de vie ou l’environnement

Une étude récente du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) s’est intéressée à l’estimation de la part et du nombre de nouveaux cas de cancers attribuables à des facteurs de risque liés au mode de vie (tabac, alcool, alimentation, inactivité physique) ou l’environnement (expositions
professionnelles, rayonnement UV, substances chimiques) en France métropolitaine en 2015 [3]. Une fraction attribuable a été estimée pour chaque localisation de cancer associée à 13 facteurs de risque.

Cette fraction attribuable correspond à la part des cancers qui pourrait être évitée si l’exposition de la population à ces facteurs de risque était optimale. C’est-à-dire si l’ensemble de la population était exposé au niveau d’exposition correspondant au risque de cancer le plus faible. Les 13 facteurs de risque retenus étaient : le tabagisme (dont le tabagisme passif), la consommation de boissons alcoolisées, l’alimentation, le surpoids et l’obésité, l’activité physique insuffisante, l’utilisation d’hormones exogènes, l’allaitement (durée sous-optimale), les infections, les radiations ionisantes, la pollution atmosphérique, le rayonnement UV, les expositions professionnelles, et l’exposition aux substances chimiques en population générale (arsenic dans l’eau de boisson et benzène dans l’air intérieur). Il s’agit de facteurs de risques modifiables, classés cancérogènes certains (groupe 1 du CIRC) ou probables (groupe 2A), ou pour les facteurs nutritionnels qui présentent un niveau de preuve convaincant ou probable d’après les données du World Cancer Research Funds/American Institute for Cancer Research.

Parmi les 342 000 nouveaux cas de cancer diagnostiqués chez les adultes en France en 2015 (année de référence pour cette étude), 142 000 seraient attribuables aux 13 facteurs de risque étudiés, soit 41 % de tous les nouveaux cas de cancer. Le tabac est responsable du plus grand nombre de cas (20 %), avec plus de 68 000 nouveaux cas attribuables au tabagisme, toutes localisations cancéreuses confondues. Ensuite, l’alcool, l’alimentation, le surpoids et l’obésité, sont responsables respectivement de 8 %, 5,4 % et 5,4 % de l’ensemble des nouveaux cas de cancer.
Chez les hommes, les causes majeures sont le tabac, l’alcool, l’alimentation et les expositions professionnelles responsables respectivement de 29 %, 8,5 %, 5,7 % et 5,7 % des nouveaux cas.
Chez les femmes, les causes majeures sont le tabac, l’alcool, le surpoids et l’obésité responsables respectivement de 9,3 %, 7,5 %, 6,8 % des nouveaux cas.
Ces résultats, pour la première fois disponibles en France, peuvent être utilisés pour cibler les futures priorités de prévention du cancer, enjeu majeur de santé publique.

 

Références
[1] Institut National du Cancer (INCa), Rapport - Volume 1 - Tumeurs solides - Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 ; juillet 2019.
[2] Institut National du Cancer (INCa), Rapport - La vie cinq ans après un diagnostic de cancer ; juin 2018.
[3] Marant-Micallef C, Shield KD, Vignat J, Hill C, Rogel A, Menvielle G, et al. Approche et méthodologie générale pour l’estimation des cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement en France métropolitaine en 2015. Bull Epidémiol Hebd 2018 ; 21 : 432-42. http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2018/21/2018_21_1.html

 

Notes

1. Nombre de nouveaux cas