John Libbey Eurotext

ANALYSE D'ARTICLE

Espaces verts et santé : focus sur la cohésion sociale

En favorisant des interactions sociales positives, les espaces verts urbains sont des catalyseurs de cohésion sociale, un facteur important de santé mentale et physique. Après avoir rassemblé les éléments de la littérature dessinant cette relation, les deux auteurs de cet article proposent un cadre pour des travaux exploratoires.

L’article jette un pont entre deux domaines de recherche : celui des déterminants sociaux de la santé, et celui des bénéfices sanitaires des espaces verts urbains. La cohésion sociale est le point de jonction.

Sa relation avec le bien-être psychologique et la santé mentale est documentée par un bon nombre d’études accumulées sur plusieurs décennies. Des travaux plus récents indiquent que la cohésion sociale peut participer à relever de grands défis de santé (obésité, maladies cardiovasculaires et déclin cognitif) et encourager des changements comportementaux (arrêter de fumer, réduire sa consommation d’alcool, recourir à des soins préventifs) dans des groupes de population vulnérables. Cette littérature soutient l’intérêt du levier d’action « cohésion sociale » dans les politiques de santé publique et de lutte contre les inégalités sociales de santé.

D’un autre côté, la littérature sur les espaces verts urbains fait état de bénéfices tels qu’encouragement à l’activité physique, diminution du stress et amélioration du bien-être perçu. Pour un citadin passant la majorité de son temps à l’intérieur, ils peuvent être considérés comme des réponses comportementales et physiologiques au fait de se trouver dehors, en un lieu permettant d’interagir avec la nature et avec les autres d’une manière particulière. Un lieu permettant de cultiver la cohésion sociale dans un sens favorable à la santé ?

Difficultés conceptuelles et méthodologiques

Si, d’une façon générale, la cohésion sociale fait référence aux dynamiques interpersonnelles et a valeur d’indicateur de qualité de vie, elle est diversement appréciée. Pour certains, c’est un assemblage de sentiments de confiance, d’appartenance, d’acceptation et de connexion qualifiant habituellement les interactions sociales positives, entre individus aux systèmes de valeurs et de normes proches. D’autres la réduisent au capital social, c’est à dire aux ressources obtenues des relations sociales, au profit que chacun peut tirer du fait de « compter sur (et pour) quelqu’un d’autre » et d’appartenir à un réseau social étendu et actif. En conséquence, chaque investigation des relations entre la cohésion sociale et la santé repose sur sa propre méthode de mesure.

La revue de la littérature dans le champ du bien-être psychologique et de la santé mentale (principalement des études transversales et souvent des enquêtes à l’échelle d’une communauté ou d’un quartier) montre ainsi la diversité des questionnaires, qui explorent différentes dimensions du concept (sentiment de sécurité, d’isolement ou de soutien social, étendue des relations, solidarité entre voisins, engagement bénévole, etc.). Une méta-analyse de 21 études principalement réalisées au Royaume-Uni et aux États-Unis indique que les résultats dépendent de la définition de la cohésion sociale : prise au sens large, elle est inversement associée au risque de trouble commun comme le stress ou la dépression dans tous les groupes de population étudiés (adultes de tous âges, enfants et catégories particulières comme les vétérans et les sans domicile fixe), alors que l’influence du capital social est beaucoup moins claire.

Cette littérature pose également la question des facteurs de confusion potentiels à contrôler. Certains investigateurs ont considéré le sexe, l’âge, les niveaux de revenu et d’étude, ou un indice de défaveur économique. Quelques-uns ont étendu l’ajustement au statut marital et de propriétaire, ou à d’autres facteurs susceptibles d’influencer le tissu social comme l’ancienneté de résidence et la présence d’enfants à la maison. S’il est nécessaire d’améliorer les pratiques, le jeu des variables à prendre en compte est difficile à composer et potentiellement très large.

Considérations relatives aux espaces verts

Les espaces verts urbains incluent des jardins, parcs, coulées vertes et autres zones recouvertes d’herbe, plantées d’arbres ou buissonnantes, qui peuvent avoir pour point commun d’être des lieux de rencontre et d’activités récréatives et de loisirs selon la perception du public. Mais tous ne se prêtent pas aux mêmes usages (marche, course, vélo, jeu de plein air, repos, discussion, observation, pique-nique, barbecue, etc.) et ne recèlent pas le même potentiel d’interactions sociales positives.

Selon les données de quelques enquêtes dans la population fréquentant des parcs urbains, quatre caractéristiques seraient particulièrement favorables : un espace ouvert, des allées piétonnes, des zones ombragées et un terrain de jeux aménagé. En identifiant un cinquième facteur – l’accessibilité via un réseau de transport de qualité – ces études engagent à s’intéresser à l’environnement construit autour de l’espace vert. En pointant l’intérêt pour des activités organisées dans le parc par des clubs et autres associations, elles indiquent aussi que le contexte social est important.

Sur ces bases, les auteurs proposent d’examiner la relation entre les espaces verts urbains et la cohésion sociale en privilégiant quatre dimensions : l’attachement au lieu, le soutien social, le sentiment d’appartenance à une communauté et l’aptitude à l’engagement. Pour informer les politiques urbaines et de santé publique, ils incitent à un effort de recherche transdisciplinaire dans trois directions : le rôle des espaces verts comme vecteur de cohésion sociale pour des populations vulnérables ou défavorisées, l’influence des caractéristiques de l’environnement construit (incluant le trafic routier, la sécurité d’accès, la présence et la qualité des infrastructures et aménités urbaines autour du parc), et celle du programme d’activités qui peut être proposé pour animer le lieu.


Publication analysée :

* Jennings V1, Bamkole O. The relationship between social cohesion and urban green space: an avenue for health promotion. Int J Environ Res Public Health 2019 ; 16(3). pii : E452. doi : 10.3390/ijerph1603452

1 Southern Research Station, Integrating Human and Natural Systems, USDA Forest Service, Athens, États-Unis.