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Expansion des précurseurs B polyclonaux Diagnostic différentiel des rechutes de leucémies aiguës lymphoblastiques de l'enfant


Hématologie. Volume 3, Numéro 6, 552-5, Novembre-Décembre 1997, Présentation de cas anatomo-clinique


Résumé  

Auteur(s) : Michel Duval, Odile Fenneteau, Hélène Cave, Nicole Schlegel, Ghislaine Sterkers, Etienne Vilmer, sous la direction de Georges Flandrin, .

Résumé : Au cours du suivi des leucémies aiguës lymhoblastiques (LAL) de l'enfant, le myélogramme retrouve parfois une grande quantité de cellules d'aspect morphologique immature, soulevant le problème diagnostique éventuel d'une rechute [1, 2]. Afin de préciser les caractéristiques morphologiques et immunophénotypiques de ces cellules, et de dégager des arguments diagnostiques, nous avons conduit une étude prospective. Dans cette étude ont été inclus tous les enfants traités par le protocole EORTC 58 881 (hôpital Robert-Debré, Paris) et ayant présenté plus de 15 % de cellules d'aspect immature sur les frottis de moelle, en cours ou à la fin du traitement, et pour lesquels les résultats des études en biologie moléculaire ont permis finalement d'éliminer le diagnostic de rechute [3].

Illustrations

ARTICLE

Au cours du suivi des leucémies aiguës lymhoblastiques (LAL) de l'enfant, le myélogramme retrouve parfois une grande quantité de cellules d'aspect morphologique immature, soulevant le problème diagnostique éventuel d'une rechute [1, 2]. Afin de préciser les caractéristiques morphologiques et immunophénotypiques de ces cellules, et de dégager des arguments diagnostiques, nous avons conduit une étude prospective. Dans cette étude ont été inclus tous les enfants traités par le protocole EORTC 58 881 (hôpital Robert-Debré, Paris) et ayant présenté plus de 15 % de cellules d'aspect immature sur les frottis de moelle, en cours ou à la fin du traitement, et pour lesquels les résultats des études en biologie moléculaire ont permis finalement d'éliminer le diagnostic de rechute [3].

Caractéristiques cliniques

Sur une période de deux ans, 11 enfants sur 77 ont répondu aux critères d'inclusion (6 garçons et 5 filles). L'âge moyen au diagnostic était de 3 ans et 3 mois (extrêmes 1 mois à 8 ans et demi) ; l'âge moyen au moment de la présence des cellules médullaires suspectes d'aspect immatures était de 4 ans et 9 mois (extrêmes 5 mois à 11 ans). Pour 7 enfants, il s'agissait du myélogramme réalisé à la fin du traitement d'entretien ; pour 4 enfants, le myélogramme avait été réalisé lors de la régénération médullaire suivant la chimiothérapie. La démonstration de l'absence de rechute a pu être faite par la mise en évidence de la polyclonalité des IgH par PCR fluorescence et/ou par l'absence de détection de blastes résiduels à l'aide d'une sonde spécifique de la région N des gènes IgH et/ou TCR g ou d [3].
La présence de plus de 15 % de cellules immatures n'a jamais été observée chez les patients traités par G-CSF. Chez l'un des patients, à la suite de cures identiques, le phénomène a été observé au cours de chaque régénération spontanée, et jamais au cours des régénérations sous G-CSF. In vivo, le G-CSF inhibe la lymphopoïèse B [4].

Caractéristiques morphologiques

La proportion de cellules immatures observées chez les 11 patients retenus s'étend de 16 à 46 %, avec une moyenne de 25 %. Ces cellules sont définies morphologiquement sur l'aspect immature de leur noyau (chromatine fine, jeune), et par l'absence de caractère spécifique de lignée.
Dans près de la moitié des cas (5 patients sur 11), la majorité des cellules immatures ont une taille similaire ou légèrement supérieure à celle d'un petit lymphocyte ; leur cytoplasme est très réduit [5]. Bien que la chromatine des plus petites cellules immatures soit plus finement dessinée et plus claire que celle des lymphocytes, la distinction d'avec ces cellules demeure délicate. Leur pourcentage peut être diversement apprécié et leur effectif sous-estimé au profit de cellules interprétées comme lymphocytes (figure 1). Bien souvent seule la comparaison avec la morphologie des lymphoblastes leucémiques du myélogramme initial permet de différencier rechute et expansion de précurseurs B polyclonaux. Lorsque les blastes leucémiques initiaux sont de petite taille de façon prédominante (LAL de type L1) (figure 2), la distinction d'avec les cellules immatures pour un même malade (figure 1) peut être difficile ; dans ces cas, une hétérogénéité de taille et d'aspect est plutôt en faveur d'une expansion polyclonale. En fait, plus que la taille et le rapport nucléo-cytoplasmique qui peuvent être similaires dans les deux situations, c'est l'existence d'irrégularités du profil nucléaire, quand elle existe (et c'est assez fréquent dans les blastes leucémiques initiaux) (figure 3), qui permet morphologiquement la distinction.
Dans les autres cas (6 patients sur 11) montrant une expansion polyclonale B, il existe aussi un contingent de cellules de taille plus élevée (une fois et demi à deux fois et demi la taille d'un lymphocyte), avec une chromatine fine, un nucléole parfois visible, et éventuellement un cytoplasme basophile et vacuolaire (figures 4 et 5).

Caractéristiques immunologiques

Chez sept patients, le prélèvement a permis d'analyser les marqueurs de surface. Dans tous les cas, une population d'aspect homogène, par sa taille et sa granulosité, a pu être individualisée (figure 6). Cette population était dans tous les cas HLA-DR+, CD19+, CD10+, et contenait des IgM intracytoplasmiques CIgM+, et ne présentait pas d'immunoglobulines de surface. Le marqueur CD34 était présent chez un seul enfant sur 7 et absent dans les 6 autres cas étudiés. Un tel immunophénotype ne permettait pas, à lui seul, de distinguer ces expansions polyclonales pré-B de celui des LAL pré-B de l'enfant. La comparaison de l'immunophénotype de ces expansions polyclonales à celui du phénotype initial des cellules leucémiques des patients correspondants a, par contre, toujours montré des données discordantes portant au minimum sur un au moins des marqueurs étudiés : présence d'un marqueur myéloïde ou absence d'immunoglobulines intracytoplasmiques au moment du diagnostic, différence d'expression du CD34.

Discussion

Le diagnostic de rechute de LAL chez l'enfant peut poser de difficiles problèmes d'interprétation avec des expansions polyclonales B survenant lors des phases de régénération hématologique post-chimiothérapie, où jusqu'à 50 % de cellules médullaires d'aspect immature peuvent être observées sur les myélogrammes de contrôle. Le plus souvent, la comparaison de l'aspect cytologique des cellules de ces expansions polyclonales avec celui des cellules blastiques leucémiques initiales permet de distinguer les deux situations. L'analyse en cytométrie en flux des marqueurs de surface ne permet pas toujours à elle seule de lever facilement les doutes d'interprétation, car ces cellules polyclonales ont un immunophénotype extrêmement homogène pré-B. Pour l'immunophénotype, comme pour l'aspect morphologique, ce n'est souvent que la comparaison avec les particularités des cellules blastiques initiales qui permet de révéler des différences utiles au diagnostic.
Dans les cas difficiles, les techniques de biologie moléculaire, lorsqu'elles révèlent une polyclonalité IgH et ne détectent pas de maladie résiduelle par l'étude de marqueurs génomiques spécifiques du clone initial, permettent d'éliminer le diagnostic de rechute [3]. Dans la mesure où ce phénomène d'expansion polyclonale des précurseurs B est transitoire, l'attitude pratique dans le doute repose sur le report des décisions thérapeutiques et la répétition de myélogrammes à distance du phénomène.
Le caractère volontiers impressionnant des images cytologiques médullaires réalisées par ces expansions polyclonales B chez les enfants atteints de LAL, au décours de leur chimiothérapie, l'ambiguïté de leur immunophénotype homogène pré-B, méritent d'en rappeler et d'en illustrer l'existence. Le suivi clinique de nos patients nous a permis de constater que ces modifications transitoires n'étaient pas associées à un risque plus élevé de rechutes ultérieures [1]

REFERENCES

1. Borella L, Green AA, Webster RG. Immunologic rebound after cessation of long-term chemotherapy in acute leukemia. Blood 1972 ; 40 : 42-51.

2. Van Den Doel LJ, Pieters R, Huismans DR, Van Zantwijk CH, Loonen AH, Broekema GJ, De Waal FC, Verman AJP. Immunological phenotype of lymphoid cells in regenerating bone marrow of children after treatment for acute lymphoblastic leukemia. Eur J Haematol 1988 ; 41 : 170-5.

3. Duval M, Fenneteau O, Cave H, Gobillot C, Rohrlich P, Guidal C, Lescoeur B, Legac S, Schelgel N, Sterkers-Vilmer E. Expansion of polyclonal B-cell percursors in bone marrow from children treated for acute lymphoblastic leukemia. Hematol Cell Ther 1997 ; 39 : 139-47.

4. Dorshkind K. In vivo administration of recombinant granulocyte-macrophage colony-stimulating factor results in a reversible inhibition of primary B lymphopoiesis. J Immunol 1991 ; 146 : 4204-8.

5. Longacre TA, Foucar K, Crago S, Chen IM, Griffith B, Dressler L, McConnel Ts, Duncan M, Gribble J. Hematogones : a multiparameter analysis of bone marrow precusor cells. Blood 1989 ; 73 : 543-52.


 

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