ARTICLE
Les cellules dendritiques sont des cellules présentatrices d'antigène
qui jouent un rôle fondamental au cours des réponses immunes,
puisqu'elles régulent aussi bien les réponses cellulaires
et humorales. La possibilité de générer in vitro
des cellules dendritiques à partir de leurs progéniteurs
hématopoïétiques ou de différents précurseurs
a permis de mieux caractériser ces cellules et de décrire
des étapes de leur différenciation. Cependant, l'ensemble
des données de la littérature soulève de nombreuses
questions concernant l'identité d'une lignée dendritique
en tant que telle.
Identification des cellules dendritiques
chez l'homme
Les cellules de Langerhans de l'épiderme ont été
les premières cellules dendritiques décrites, en 1868
par Paul Langerhans, mais ce n'est qu'en 1973 que Steinman et Cohn
initient la recherche sur les cellules dendritiques en les identifiant
dans les tissus lymphoïdes [1]. Depuis, on regroupe sous ce nom
un ensemble hétérogène de cellules qui partagent
des caractéristiques communes telles que :
- leur morphologie : ce sont des cellules de grande taille
caractérisées par de longs prolongements cytoplasmiques
(figure 1) ;
- une forte expression de molécules du complexe majeur d'histocompatibilité
de classe II ainsi que des molécules d'adhésion et de
co-stimulation (CD40, CD80 et CD86) ;
- une forte capacité à stimuler les lymphocytes T
généralement appréciée par la réaction
leucocytaire mixte [2].
L'étude des cellules dendritiques a longtemps été
limitée par l'absence de marqueurs spécifiques. Plusieurs
molécules sont considérées aujourd'hui comme
relativement spécifiques des cellules dendritiques. Il s'agit
de :
- CD1a, exprimé par les cellules de Langerhans et la plupart
des cellules dendritiques différenciées in vitro
(figure 1) [3-6] ;
- CD83, considéré comme un marqueur de maturation
[7, 8] ;
- la protéine S100, l'antigène Lag (Langerhans-associated
granule) et l'E-cadhérine, qui ont une spécificité
restreinte aux cellules de Langerhans [9].
Des marqueurs myéloïdes, tels que CD13 et CD33, mais
aussi des marqueurs dits "lymphocytaires", tels que CD4 ou CD2, sont
également retrouvés à la surface des cellules
dendritiques. L'absence de marqueurs comme CD14 ou CD68, dits "spécifiques
des macrophages", est souvent citée pour définir les
cellules dendritiques, mais ces derniers critères sont discutables.
La présence de récepteurs pour le fragment Fc des immunoglobulines
(FcR) et de récepteurs au mannose a aussi été
rapportée et faciliterait la captation des antigènes
par les cellules dendritiques [2].
-
Distribution
des cellules dendritiques
Depuis leur description initiale dans l'épiderme, les cellules
dendritiques ont été identifiées dans la plupart
des tissus, excepté le cerveau. Il s'agit en général
d'une population minoritaire, qui représente moins de 1 % à
quelques pour cent des cellules.
Selon leur localisation on distingue (figure
2) :
Les cellules dendritiques des tissus non lymphoïdes
Les cellules de Langerhans sont les mieux caractérisées
des cellules dendritiques des tissus non lymphoïdes. Elles sont
localisées au niveau des couches basale et suprabasale de l'épiderme
et dans les muqueuses buccale, conjonctive, sophagienne, pulmonaire,
vaginale et utérine [2]. Des granules de Birbeck, présents
dans leur cytoplasme et visibles en microscopie électronique
[10], participeraient à l'endocytose de l'antigène [11]
et/ou à sa circulation intracellulaire [12].
Des cellules dendritiques interstitielles ont également été
identifiées dans de nombreux tissus et organes (cur, foie,
thyroïde, pancréas, rein, derme, uretère et poumon)
[2].
Les cellules dendritiques des organes lymphoïdes
Dans les organes lymphoïdes, les cellules dendritiques des zones
paracorticales sont appelées cellules interdigitées. Deux
autres populations de cellules dendritiques ont été récemment
décrites : les cellules dendritiques des centres germinatifs
[13] et les cellules anciennement appelées cellules T plasmocytoïdes,
présentes dans les régions extrafolliculaires [14].
Dans le thymus, les cellules dendritiques forment une trame de cellules
"réticulées" dans la medulla et à la jonction corticomédullaire,
qui seraient impliquées dans la sélection négative
[15].
Les cellules dendritiques de la lymphe et du sang
La lymphe afférente contient des cellules dendritiques appelées
"cellules voilées" qui correspondraient aux cellules dendritiques
des tissus interstitiels ou des epithelia migrant vers les organes lymphoïdes
[16].
Les cellules dendritiques du sang constituent moins de 1 % des leucocytes
mononucléés. Du fait de l'absence de marqueur spécifique,
l'isolement de ces cellules repose en général sur des
méthodes de déplétion négative qui permettent
d'obtenir des cellules qui n'acquièrent les caractéristiques
habituelles des cellules dendritiques qu'après quelques heures
ou jours de culture [2]. Plusieurs populations de cellules dendritiques
sanguines ont été identifiées. Deux de ces populations
diffèrent par l'expression de CD11c [17] : les cellules
CD11c - représenteraient un précurseur de cellules
dendritiques dérivant de la moelle osseuse et migrant vers les
tissus ; les cellules dendritiques CD11c+ seraient des
cellules dendritiques matures migrant des tissus vers les organes lymphoïdes
secondaires après avoir été activées par
un antigène [17]. Des cellules dendritiques formant des conjugués
avec les lymphocytes T et éliminés par les techniques
habituelles de purification ont également été mises
en évidence dans le sang. Elles expriment CD83 au contraire des
autres cellules dendritiques du sang qui ne l'expriment qu'après
maturation in vitro, et sont de meilleures stimulatrices en réaction
leucocytaire mixte que ces dernières [8]. Ces trois populations
de cellules dendritiques du sang correspondraient donc à des
stades de maturation différents.
Fonctions
des cellules dendritiques
Les cellules dendritiques peuvent être considérées
comme des "adjuvants naturels" et, si l'on a longtemps pensé
qu'elles ne jouaient un rôle au cours de la réponse immune
qu'en activant des lymphocytes T "naïfs" [18], il est récemment
apparu que certaines cellules dendritiques réguleraient directement
la maturation des lymphocytes B et leur production d'anticorps [19].
Les cellules dendritiques jouent un rôle de sentinelles du système
immunitaire dans les epithelia et l'espace interstitiel des organes,
où elles captent les antigènes qui pénètrent
localement (figure 2).
Leur faible capacité de phagocytose est souvent citée
pour les différencier des macrophages. Les cellules dendritiques,
au moins immatures, sont cependant transitoirement capables de capter
des antigènes par ce mécanisme [20]. Elles captureraient
surtout l'antigène sous forme de complexes immuns par leurs FcR,
par l'intermédiaire de récepteurs au mannose, et grâce
à une très importante activité de macropynocytose
[21]. La capacité à internaliser et à apprêter
l'antigène est une propriété des cellules dendritiques
des tissus non lymphoïdes, considérées comme immatures.
Elle est rapidement perdue quand les cellules dendritiques, après
avoir été en contact avec un antigène, migrent
vers les organes lymphoïdes secondaires [20]. Au cours de cette
migration, les cellules dendritiques subissent un processus de maturation
qui sera ensuite complétée par leur interaction avec les
lymphocytes T et qui se caractérise par une augmentation de leur
capacité à stimuler ces derniers (figure
2) [2]. Après avoir pénétré dans
les régions paracorticales des ganglions, les cellules dendritiques
vont jouer un rôle fondamental pour initier les réponses
immunes, notamment primaires, mettant en jeu des lymphocytes T "naïfs"
[18]. Les cellules dendritiques sont en effet considérées
comme les meilleures cellules présentatrices de l'antigène :
cette capacité, qui a pu être qualifiée d'"extraordinaire"
se révèle in vivo et in vitro vis-à-vis
d'allo-antigènes, d'antigènes solubles, des parasites
et des mycobactéries [2]. Les cellules dendritiques peuvent également
induire l'activation et le développement de lymphocytes T cytotoxiques
CD8+ dirigés contre des allo-antigènes ainsi
que contre des antigènes solubles, viraux ou tumoraux [2]. De
plus, des cellules dendritiques et des lymphocytes B en contact étroit
ont été décrits dans les zones T et dans les centres
germinatifs des organes lymphoïdes [22] ; cette proximité
permettrait de compléter les signaux venant des lymphocytes T
et influencerait la réponse humorale [19].
Si les cellules dendritiques sont particulièrement réputées
pour leur capacité à stimuler des lymphocytes T spécifiques
d'antigènes, elles semblent également impliquées
dans les phénomènes de tolérance. Ainsi, des cellules
dendritiques participeraient au processus de sélection négatif
dans le thymus et au développement d'une tolérance périphérique
vis-à-vis d'auto-antigènes dans les organes lymphoïdes
secondaires [23]. Ces propriétés soit immunostimulantes
soit immunomodulatrices pourraient être liées à
l'existence de populations de cellules dendritiques d'origines différentes
et/ou dévolues à des fonctions différentes.
Différenciation
des cellules dendritiques
Les cellules dendritiques sont d'origine hématopoïétique,
mais la possibilité de l'existence même d'une lignée
dendritique n'est apparue que tardivement, et ses relations avec les
autres lignées hématopoïétiques ne sont pas
clairement établies. Il semble aujourd'hui que l'hétérogénéité
des cellules dendritiques ne soit pas seulement le fait de stades de
maturation différents, mais qu'elle résulte également
de plusieurs voies de différenciation (figure
3).
Cellules dendritiques d'origine myéloïde
La démonstration de l'existence de progéniteurs clonogéniques
CD34+ (CFU-DL) formant des colonies mixtes de cellules dendritiques
et de macrophages en présence de GM-CSF et de TNF-alpha, a d'abord
suggéré que les progéniteurs de ces deux types
cellulaires étaient communs et que les cellules dendritiques
étaient d'origine myéloïde [24]. En fait, deux types
de colonies contenant des cellules dendritiques peuvent être distingués :
des colonies granulo-macrophagiques (CFU-GM) contenant de rares cellules
dendritiques, et des colonies presque exclusivement de cellules dendritiques,
qui ne s'observent qu'en présence de TNF-alpha [25]. Il existerait
donc deux types de progéniteurs des cellules dendritiques :
l'un myéloïde mixte, l'autre dendritique pur.
Trois équipes montrent chez l'homme, en 1992, que l'on peut
obtenir des cellules dendritiques à partir de progéniteurs
CD34+ cultivés en milieu liquide avec du GM-CSF et
du TNF-alpha [4, 24, 26]. Après une dizaine de jours de culture,
les cellules CD34+ se différencient en cellules non
adhérentes dont 20 à 50 % ont la morphologie des cellules
dendritiques et expriment CD1a, les molécules du complexe majeur
d'histocompatibilité de classe II, CD40 et CD80. Certaines contiennent
même des granules de Birbeck. Elles induisent une forte réactivité
en réaction leucocytaire mixte, au contraire des cellules CD1a-
des mêmes cultures. L'adjonction de SCF (stem cell factor)
et de FL (Flt-3ligand) augmente le rendement en cellules dendritiques
mais influence peu leur différenciation [25, 27-29].
Un tel système de différenciation des cellules dendritiques
in vitro a également permis l'identification de différents
progéniteurs et précurseurs de cellules dendritiques [9,
30]. Il existerait, par exemple, deux populations de progéniteurs
CD34+, qui se distinguent par l'expression de la molécule
CLA (cutaneous lymphocyte associated), laquelle serait impliquée
dans la migration des cellules vers la peau : les cellules CD34+CLA+
se différencient en cellules dendritiques CD1a+ qui
contiennent des granules de Birbeck (et qui correspondent à des
cellules de Langerhans) alors que celles issues des cellules CD34+CLA
- n'en contiennent pas. Cela suggère que les cellules CD34+CLA+
seraient les progéniteurs des cellules de Langerhans et que l'organisation
topographique des cellules dendritiques serait déterminée
dès le stade de progéniteur [31].
En ce qui concerne les intermédiaires entre les progéniteurs
CD34+ et les cellules dendritiques/cellules de Langerhans
matures, nous avons caractérisé une population cellulaire
fortement CD13+, apparaissant dans les 5 premiers jours de
culture et n'exprimant aucun marqueur de lignée, qui comprend
des précurseurs myéloïdes dont ceux des cellules
dendritiques. Il est cependant encore impossible de dire s'il s'agit
là d'une population homogène de progéniteurs mixtes
ou d'un ensemble de progéniteurs de potentialités différentes
[29, 32]. Toujours est-il que l'adjonction d'IL-4 ou d'IL-13 à
ce stade des cultures favorise la différenciation des cellules
dendritiques au détriment des macrophages [28].
Après 5 à 7 jours de cultures apparaissent des précurseurs
qui dériveraient des précédents : un précurseur
CD1a+CD14- qui se différencie uniquement
en cellules dendritiques de type cellules de Langerhans, tandis qu'un
précurseur CD1a - CD14+HLA-DR+
se différencie, lui, en cellules dendritiques différentes
des cellules de Langerhans et proches des cellules dendritiques dermiques,
en présence de GM-CSF et de TNF-alpha ou bien en macrophages
en présence de M-CSF [25, 33-35]. Ces dernières cellules
dendritiques, ayant un précurseur commun avec les macrophages,
représenteraient donc des cellules dendritiques distinctes des
cellules de Langerhans. Il reste à préciser les relations
de ce précurseur bipotent avec les monocytes. On peut, en effet,
induire la différenciation de monocytes en cellules dendritiques
sous l'effet du GM-CSF et de l'IL-4 [5, 6]. Cette différenciation
est caractérisée par une perte d'expression de CD14, l'acquisition
de CD1a et d'une forte capacité à stimuler la réaction
leucocytaire mixte. Ces dernières cellules dendritiques sont
couramment appelées "cellules dendritiques dérivées
des monocytes" (MDDC) [5, 6, 36].
Si des monocytes déjà engagés dans une voie de
différenciation macrophagique sous l'effet du GM-CSF ou du M-CSF
semblent garder tardivement la potentialité de se différencier
en MDDC de type "immature" [36], ceux-ci peuvent à l'inverse
se différencier en macrophages en présence de M-CSF [36-38].
L'induction de la maturation terminale des MDDC peut résulter
de l'effet du TNF-alpha, de l'IL-1beta, de lipopolysaccharide bactérien
ou de milieu conditionné provenant de la culture de monocytes
[38, 39]. Cette maturation se traduit par la perte d'expression de CD1a,
une augmentation d'expression des molécules du complexe majeur
d'histocompatibilité de classe II, des molécules de co-stimulation,
et d'une plus forte capacité de présentation antigénique.
L'apparition de CD83 est corrélée à l'irréversibilité
du processus de différenciation des MDDC matures, qui perdent
alors la capacité de devenir des macrophages en présence
de M-CSF [40]. Il apparaît, de façon a priori surprenante,
que l'adjonction de TGF-beta1 au GM-CSF et à l'IL-4 induit ces
mêmes monocytes à se différencier en cellules dendritiques
ayant les caractéristiques de cellules de Langerhans [41].
Le fait que des monocytes puissent se différencier en cellules
dendritiques ou en macrophages, ou que des macrophages eux-mêmes
puissent se différencier en cellules dendritiques, selon leur
environnement cytokinique, va à l'encontre d'une dichotomie plus
précoce entre ces deux lignées [40]. Il faudrait supposer
que, depuis le stade de progéniteur CD34+ jusqu'au
macrophage, ces cellules auraient toujours la capacité de se
différencier en cellules dendritiques en fonction des signaux
reçus [40]. L'existence de précurseurs bipotents dans
les cultures de progéniteurs CD34+ va dans ce sens.
Toujours est-il que ces résultats suggèrent que la différenciation
des monocytes en macrophages ou bien en cellules dendritiques in
vivo serait finement régulée par le microenvironnement
cytokinique.
Cellules dendritiques d'origine lymphoïde
Il est maintenant admis qu'il existe également, au moins chez
la souris, une population de cellules dendritiques d'origine lymphoïde
[15]. Dans cette espèce, les cellules dendritiques du thymus
expriment des marqueurs lymphoïdes comme la chaîne alpha
de CD8 et CD2, et un précurseur thymique CD4lo commun
aux lymphocytes T et B, aux cellules NK (natural killers) et
aux cellules dendritiques a été identifié [15].
Il existerait également un précurseur thymique CD4
- plus tardif, ayant perdu la capacité de se différencier
en lymphocytes B ou en cellules NK mais commun aux lymphocytes T et
aux cellules dendritiques [42]. Des cellules dendritiques issues de
tels précurseurs sont également présentes dans
d'autres organes lymphoïdes, comme la rate [43].
Chez l'homme, un précurseur thymique CD34+CD44dim
se différenciant en lymphocytes T, NK ou B, et en cellules dendritiques
mais non en cellules myéloïdes, a également été
identifié [44], de même qu'un progéniteur médullaire
CD34+CD10+Lin - incapable de se différencier
en cellules myéloïdes mais commun aux lymphocytes T, NK,
B et aux cellules dendritiques. Les cellules dendritiques en dérivant
expriment cependant le marqueur myéloïde CD33 [45]. L'existence
de précurseurs thymiques et médullaires capables de se
différencier en lymphocytes, en cellules NK ou en cellules dendritiques
suggère qu'il existe un lien étroit entre les lignées
lymphocytaires, les cellules NK et certaines cellules dendritiques [15].
Ainsi, si l'existence de cellules dendritiques lymphoïdes est clairement
établie chez la souris, elle n'est pas encore démontrée
chez l'homme.
De même qu'il existe des lymphocytes T ou B, on regroupe probablement,
sous le terme de cellules dendritiques, des cellules ayant des origines,
des caractéristiques et des fonctions différentes. Les
cellules dendritiques lymphoïdes seraient plutôt impliquées
dans les phénomènes de tolérance et de sélection
négative, alors que les cellules dendritiques myéloïdes
ont plutôt un rôle immunostimulant [46] : parmi ces
dernières, les cellules de Langerhans seraient principalement
impliquées dans les réponses immunes cellulaires alors
que les cellules dendritiques venant de précurseurs CD14+
favoriseraient plutôt les réponses immunes humorales [33].
Utilisation
des cellules dendritiques comme adjuvants de l'immunité
Les propriétés exceptionnelles de présentation
antigénique des cellules dendritiques en font un outil de choix
pour le traitement ou la prévention des cancers ou d'infections,
particulièrement virales, chez des sujets par ailleurs immunodéprimés
[47, 48]. L'un des buts des études actuelles sur les cellules
dendritiques est de permettre le développement de stratégies
thérapeutiques fondées sur leur utilisation pour stimuler
les réponses immunes défaillantes dans ces cas [47, 48].
Des études réalisées chez l'animal ont clairement
montré que des cellules dendritiques sensibilisées par
un antigène ex vivo, puis réinjectées in
vivo, peuvent induire une immunité antitumorale efficace
[49-52]. Les premiers résultats obtenus chez l'homme, dans le
traitement de lymphomes folliculaires, semblent confirmer la valeur
de cette approche : des cellules dendritiques préparées
à partir du sang et sensibilisées par des protéines
spécifiques de l'idiotype tumoral, puis réinjectées
aux patients, semblent induire le développement d'une réponse
immune cellulaire et humorale antitumorale associée à
une réponse clinique [53]. Des essais cliniques sont également
en cours pour le traitement de mélanomes malins, de cancers de
la prostate ou du poumon [48].
En dehors des classiques propriétés d'immunostimulation
attribuées aux cellules dendritiques d'origine myéloïde,
les cellules dendritiques d'origine lymphoïde auraient plutôt
un rôle régulateur de la réponse immune [46]. Ces
cellules dendritiques lymphoïdes seraient impliquées dans
l'induction d'une tolérance centrale et périphérique.
Ainsi, certains précurseurs de cellules dendritiques présents
dans le foie pourraient, après transplantation de cet organe,
favoriser l'établissement d'un microchimérisme responsable
d'une tolérance à long terme de l'organe greffé
[2]. Dans un modèle d'encéphalite auto-immune expérimentale,
l'injection de cellules dendritiques sensibilisées par des peptides
dérivés de la myéline prévient le développement
de cette maladie auto-immune [54]. Il a donc également été
envisagé d'utiliser des cellules dendritiques pour moduler une
réponse auto-immune, allo-immune ou à des allergènes
[55].
L'utilisation des cellules dendritiques en pratique clinique suppose,
au préalable, que soient résolues plusieurs questions
concernant notamment les méthodes d'obtention et de sensibilisation
ex vivo des cellules dendritiques. Du fait de l'absence de marqueurs
spécifiques et de leur hétérogénéité,
la purification de cellules dendritiques à partir du sang s'avère
difficile à réaliser. Des méthodes de différenciation
de cellules dendritiques en culture ont donc été développées.
Les cellules CD34+ utilisées proviennent de la moelle
osseuse [27, 56] ou sont mobilisées dans le sang par du G-CSF
et/ou de l'IL-3 [56-58]. L'adjonction de SCF et de FL au GM-CSF et au
TNF-alpha permet une importante expansion des progéniteurs CD34+
et un bon rendement en cellules dendritiques [28]. On peut également
obtenir des rendements satisfaisants en cellules dendritiques en utilisant
du sérum autologue dans des cultures où le GM-CSF et l'IL-4
sont combinés de différentes façons à un
cocktail de cytokines connues pour agir sur les progéniteurs
immatures (SCF, érythropoïétine, IL-1beta, IL-3,
IL-6) [57, 59]. De même, en l'absence de sérum, le TGF-beta1
associé au GM-CSF, au TNF-alpha et au SCF permet d'obtenir plus
de cellules dendritiques qu'en utilisant du plasma autologue [60, 61].
La possibilité d'obtenir des cellules dendritiques à partir
de monocytes cultivés avec du GM-CSF et de l'IL-4 est aussi un
moyen d'obtenir facilement de grandes quantité de MDDC. Bien
qu'il semble que l'administration de suspensions cellulaires simplement
enrichies en cellules dendritiques du sang soit suffisante pour obtenir
une réponse antitumorale, peu de travaux ont comparé les
propriétés fonctionnelles des cellules dendritiques obtenues
par ces différentes méthodes. Cependant, il semblerait
que les MDDC aient une capacité à stimuler la réaction
leucocytaire mixte et à présenter des antigènes
solubles supérieure à celle des cellules dendritiques
dérivées de cellules CD34+ mobilisées
dans le sang [62].
La sensibilisation des cellules dendritiques ex vivo par des
antigènes viraux ou tumoraux est une étape primordiale
pour leur utilisation en immunothérapie. Les méthodes
de sensibilisation les moins spécifiques reposent sur l'utilisation
de broyats tumoraux ou d'éluats acidiques, mais cela risque d'induire
une réponse auto-immune [48]. D'autres méthodes, plus
spécifiques, utilisent des protéines recombinantes, des
peptides antigéniques synthétiques, le transfert d'ADN
ou d'ARN. Ainsi, des cellules dendritiques exprimant la protéine
bcr-abl ont récemment été générées
à partir de progéniteurs leucémiques sanguins de
patients présentant une leucémie myéloïde
chronique, et des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques des
cellules leucémiques ont ainsi été obtenues in
vitro [63, 64]. Des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques
de cellules de mélanome ont également été
obtenus après transfert de l'ADNc de l'antigène MART-1
dans des cellules dendritiques [48]. Les cellules dendritiques peuvent
enfin être modifiées génétiquement pour augmenter
leur capacité de présentation antigénique [47].
Malgré les nombreux essais cliniques en cours, de nombreux
points n'ont pas encore été résolus quant à
l'utilisation des cellules dendritiques en immunothérapie. Au-delà
de la définition des combinaisons et séquences d'utilisation
de cytokines qui conduisent à optimiser la prolifération
des progéniteurs et la différenciation des cellules dendritiques,
il faut déterminer la source et l'origine des cellules dendritiques
dont on peut proposer l'utilisation. Étant donné que les
propriétés fonctionnelles des cellules dendritiques varient
selon leur stade de maturation, il est nécessaire de définir
le stade où il faut les sensibiliser à l'antigène,
et les réinjecter, et la méthode de sensibilisation à
choisir. Seule la maîtrise de ces paramètres permettra
d'aboutir au résultat attendu et d'éviter des résultats
ou des effets secondaires inappropriés lors de la mise en uvre
de protocoles d'immunothérapie utilisant des cellules dendritiques.
Une meilleure caractérisation des cellules dendritiques, de leur
ontogenèse, de leur rôle au cours de la réponse
immune et en immunopathologie sont donc autant de préalables
nécessaires à leur utilisation.
CONCLUSION
Remerciements
Les travaux personnels discutés ici ont été principalement
réalisés avec Bruno Canque, Françoise Chapuis et
Karolina Palucka, en collaboration avec Martine Guigon, et avec l'aide
technique de Sandrine Camus, Micaël Yagello et Nicolas Taquet. Ils
ont bénéficié du soutien financier de l'Agence nationale
de recherche sur le sida, de l'Université Paris 6, du Centre national
de la recherche scientifique, et de l'Association de recherche sur les
déficits immunitaires viro-induits (Paris). Un remerciement tout
particulier à Gwendoline Hatton pour la conception et la réalisation
de la "célèbre" figure
2.
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