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Les cellules dendritiques humaines


Hématologie. Volume 4, Numéro 4, 293-300, Juillet-Août 1998, Mini-revues et revues


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Michelle Rosenzwajg, Jean-Claude Gluckman, .

Résumé : Les cellules dendritiques sont les plus efficaces des cellules présentatrices d'antigène. Elles seules sont capables d'induire la sensibilisation primaire de lymphocytes T "naïfs". Elles peuvent également activer les lymphocytes T cytotoxiques spécifiques d'antigènes viraux ou tumoraux et sont impliquées dans la régulation de la réponse immune humorale. Le paradigme est que les cellules dendritiques se différencient à partir de progéniteurs hématopoïétiques dans la moelle osseuse, puis passent dans le sang pour être distribuées dans différents tissus ; ces cellules dendritiques, encore immatures, ont la capacité de capter et d'apprêter les antigènes ; elles migrent alors, par la lymphe ou le sang, vers les organes lymphoïdes secondaires où elles induisent une réponse immune spécifique de l'antigène. Le développement récent de méthodes permettant de générer des cellules dendritiques in vitro a permis de mieux les caractériser et de mieux comprendre leurs fonctions. Cela a aussi conduit à remettre en question leur schéma de différenciation "classique" en révélant que des cellules ayant les caractéristiques de cellules dendritiques sont en fait l'aboutissement de plusieurs voies de différenciation. Les cellules dendritiques suscitent actuellement un intérêt majeur dans la mesure où elles représentent un moyen pour induire ou renforcer ex vivo une réponse immune défaillante contre les cancers ou les infections virales.

Mots-clés : cellules dendritiques, cellules présentatrices d'antigène, différenciation, thérapie cellulaire

Illustrations

ARTICLE

Les cellules dendritiques sont des cellules présentatrices d'antigène qui jouent un rôle fondamental au cours des réponses immunes, puisqu'elles régulent aussi bien les réponses cellulaires et humorales. La possibilité de générer in vitro des cellules dendritiques à partir de leurs progéniteurs hématopoïétiques ou de différents précurseurs a permis de mieux caractériser ces cellules et de décrire des étapes de leur différenciation. Cependant, l'ensemble des données de la littérature soulève de nombreuses questions concernant l'identité d'une lignée dendritique en tant que telle.

Identification des cellules dendritiques chez l'homme

Les cellules de Langerhans de l'épiderme ont été les premières cellules dendritiques décrites, en 1868 par Paul Langerhans, mais ce n'est qu'en 1973 que Steinman et Cohn initient la recherche sur les cellules dendritiques en les identifiant dans les tissus lymphoïdes [1]. Depuis, on regroupe sous ce nom un ensemble hétérogène de cellules qui partagent des caractéristiques communes telles que :

- leur morphologie : ce sont des cellules de grande taille caractérisées par de longs prolongements cytoplasmiques
(figure 1)  ;

- une forte expression de molécules du complexe majeur d'histocompatibilité de classe II ainsi que des molécules d'adhésion et de co-stimulation (CD40, CD80 et CD86) ;

- une forte capacité à stimuler les lymphocytes T généralement appréciée par la réaction leucocytaire mixte [2].

L'étude des cellules dendritiques a longtemps été limitée par l'absence de marqueurs spécifiques. Plusieurs molécules sont considérées aujourd'hui comme relativement spécifiques des cellules dendritiques. Il s'agit de :

- CD1a, exprimé par les cellules de Langerhans et la plupart des cellules dendritiques différenciées in vitro (figure 1) [3-6] ;

- CD83, considéré comme un marqueur de maturation [7, 8] ;

- la protéine S100, l'antigène Lag (Langerhans-associated granule) et l'E-cadhérine, qui ont une spécificité restreinte aux cellules de Langerhans [9].

Des marqueurs myéloïdes, tels que CD13 et CD33, mais aussi des marqueurs dits "lymphocytaires", tels que CD4 ou CD2, sont également retrouvés à la surface des cellules dendritiques. L'absence de marqueurs comme CD14 ou CD68, dits "spécifiques des macrophages", est souvent citée pour définir les cellules dendritiques, mais ces derniers critères sont discutables. La présence de récepteurs pour le fragment Fc des immunoglobulines (FcR) et de récepteurs au mannose a aussi été rapportée et faciliterait la captation des antigènes par les cellules dendritiques [2].

Distribution des cellules dendritiques

Depuis leur description initiale dans l'épiderme, les cellules dendritiques ont été identifiées dans la plupart des tissus, excepté le cerveau. Il s'agit en général d'une population minoritaire, qui représente moins de 1 % à quelques pour cent des cellules.

Selon leur localisation on distingue (figure 2) :

Les cellules dendritiques des tissus non lymphoïdes

Les cellules de Langerhans sont les mieux caractérisées des cellules dendritiques des tissus non lymphoïdes. Elles sont localisées au niveau des couches basale et suprabasale de l'épiderme et dans les muqueuses buccale, conjonctive, œsophagienne, pulmonaire, vaginale et utérine [2]. Des granules de Birbeck, présents dans leur cytoplasme et visibles en microscopie électronique [10], participeraient à l'endocytose de l'antigène [11] et/ou à sa circulation intracellulaire [12].

Des cellules dendritiques interstitielles ont également été identifiées dans de nombreux tissus et organes (cœur, foie, thyroïde, pancréas, rein, derme, uretère et poumon) [2].

Les cellules dendritiques des organes lymphoïdes

Dans les organes lymphoïdes, les cellules dendritiques des zones paracorticales sont appelées cellules interdigitées. Deux autres populations de cellules dendritiques ont été récemment décrites : les cellules dendritiques des centres germinatifs [13] et les cellules anciennement appelées cellules T plasmocytoïdes, présentes dans les régions extrafolliculaires [14].

Dans le thymus, les cellules dendritiques forment une trame de cellules "réticulées" dans la medulla et à la jonction corticomédullaire, qui seraient impliquées dans la sélection négative [15].

Les cellules dendritiques de la lymphe et du sang

La lymphe afférente contient des cellules dendritiques appelées "cellules voilées" qui correspondraient aux cellules dendritiques des tissus interstitiels ou des epithelia migrant vers les organes lymphoïdes [16].

Les cellules dendritiques du sang constituent moins de 1 % des leucocytes mononucléés. Du fait de l'absence de marqueur spécifique, l'isolement de ces cellules repose en général sur des méthodes de déplétion négative qui permettent d'obtenir des cellules qui n'acquièrent les caractéristiques habituelles des cellules dendritiques qu'après quelques heures ou jours de culture [2]. Plusieurs populations de cellules dendritiques sanguines ont été identifiées. Deux de ces populations diffèrent par l'expression de CD11c [17] : les cellules CD11c - représenteraient un précurseur de cellules dendritiques dérivant de la moelle osseuse et migrant vers les tissus ; les cellules dendritiques CD11c+ seraient des cellules dendritiques matures migrant des tissus vers les organes lymphoïdes secondaires après avoir été activées par un antigène [17]. Des cellules dendritiques formant des conjugués avec les lymphocytes T et éliminés par les techniques habituelles de purification ont également été mises en évidence dans le sang. Elles expriment CD83 au contraire des autres cellules dendritiques du sang qui ne l'expriment qu'après maturation in vitro, et sont de meilleures stimulatrices en réaction leucocytaire mixte que ces dernières [8]. Ces trois populations de cellules dendritiques du sang correspondraient donc à des stades de maturation différents.

Fonctions des cellules dendritiques

Les cellules dendritiques peuvent être considérées comme des "adjuvants naturels" et, si l'on a longtemps pensé qu'elles ne jouaient un rôle au cours de la réponse immune qu'en activant des lymphocytes T "naïfs" [18], il est récemment apparu que certaines cellules dendritiques réguleraient directement la maturation des lymphocytes B et leur production d'anticorps [19].

Les cellules dendritiques jouent un rôle de sentinelles du système immunitaire dans les epithelia et l'espace interstitiel des organes, où elles captent les antigènes qui pénètrent localement (figure 2). Leur faible capacité de phagocytose est souvent citée pour les différencier des macrophages. Les cellules dendritiques, au moins immatures, sont cependant transitoirement capables de capter des antigènes par ce mécanisme [20]. Elles captureraient surtout l'antigène sous forme de complexes immuns par leurs FcR, par l'intermédiaire de récepteurs au mannose, et grâce à une très importante activité de macropynocytose [21]. La capacité à internaliser et à apprêter l'antigène est une propriété des cellules dendritiques des tissus non lymphoïdes, considérées comme immatures. Elle est rapidement perdue quand les cellules dendritiques, après avoir été en contact avec un antigène, migrent vers les organes lymphoïdes secondaires [20]. Au cours de cette migration, les cellules dendritiques subissent un processus de maturation qui sera ensuite complétée par leur interaction avec les lymphocytes T et qui se caractérise par une augmentation de leur capacité à stimuler ces derniers (figure 2) [2]. Après avoir pénétré dans les régions paracorticales des ganglions, les cellules dendritiques vont jouer un rôle fondamental pour initier les réponses immunes, notamment primaires, mettant en jeu des lymphocytes T "naïfs" [18]. Les cellules dendritiques sont en effet considérées comme les meilleures cellules présentatrices de l'antigène : cette capacité, qui a pu être qualifiée d'"extraordinaire" se révèle in vivo et in vitro vis-à-vis d'allo-antigènes, d'antigènes solubles, des parasites et des mycobactéries [2]. Les cellules dendritiques peuvent également induire l'activation et le développement de lymphocytes T cytotoxiques CD8+ dirigés contre des allo-antigènes ainsi que contre des antigènes solubles, viraux ou tumoraux [2]. De plus, des cellules dendritiques et des lymphocytes B en contact étroit ont été décrits dans les zones T et dans les centres germinatifs des organes lymphoïdes [22] ; cette proximité permettrait de compléter les signaux venant des lymphocytes T et influencerait la réponse humorale [19].

Si les cellules dendritiques sont particulièrement réputées pour leur capacité à stimuler des lymphocytes T spécifiques d'antigènes, elles semblent également impliquées dans les phénomènes de tolérance. Ainsi, des cellules dendritiques participeraient au processus de sélection négatif dans le thymus et au développement d'une tolérance périphérique vis-à-vis d'auto-antigènes dans les organes lymphoïdes secondaires [23]. Ces propriétés soit immunostimulantes soit immunomodulatrices pourraient être liées à l'existence de populations de cellules dendritiques d'origines différentes et/ou dévolues à des fonctions différentes.

Différenciation des cellules dendritiques

Les cellules dendritiques sont d'origine hématopoïétique, mais la possibilité de l'existence même d'une lignée dendritique n'est apparue que tardivement, et ses relations avec les autres lignées hématopoïétiques ne sont pas clairement établies. Il semble aujourd'hui que l'hétérogénéité des cellules dendritiques ne soit pas seulement le fait de stades de maturation différents, mais qu'elle résulte également de plusieurs voies de différenciation (figure 3).

Cellules dendritiques d'origine myéloïde

La démonstration de l'existence de progéniteurs clonogéniques CD34+ (CFU-DL) formant des colonies mixtes de cellules dendritiques et de macrophages en présence de GM-CSF et de TNF-alpha, a d'abord suggéré que les progéniteurs de ces deux types cellulaires étaient communs et que les cellules dendritiques étaient d'origine myéloïde [24]. En fait, deux types de colonies contenant des cellules dendritiques peuvent être distingués : des colonies granulo-macrophagiques (CFU-GM) contenant de rares cellules dendritiques, et des colonies presque exclusivement de cellules dendritiques, qui ne s'observent qu'en présence de TNF-alpha [25]. Il existerait donc deux types de progéniteurs des cellules dendritiques : l'un myéloïde mixte, l'autre dendritique pur.

Trois équipes montrent chez l'homme, en 1992, que l'on peut obtenir des cellules dendritiques à partir de progéniteurs CD34+ cultivés en milieu liquide avec du GM-CSF et du TNF-alpha [4, 24, 26]. Après une dizaine de jours de culture, les cellules CD34+ se différencient en cellules non adhérentes dont 20 à 50 % ont la morphologie des cellules dendritiques et expriment CD1a, les molécules du complexe majeur d'histocompatibilité de classe II, CD40 et CD80. Certaines contiennent même des granules de Birbeck. Elles induisent une forte réactivité en réaction leucocytaire mixte, au contraire des cellules CD1a- des mêmes cultures. L'adjonction de SCF (stem cell factor) et de FL (Flt-3ligand) augmente le rendement en cellules dendritiques mais influence peu leur différenciation [25, 27-29].

Un tel système de différenciation des cellules dendritiques in vitro a également permis l'identification de différents progéniteurs et précurseurs de cellules dendritiques [9, 30]. Il existerait, par exemple, deux populations de progéniteurs CD34+, qui se distinguent par l'expression de la molécule CLA (cutaneous lymphocyte associated), laquelle serait impliquée dans la migration des cellules vers la peau : les cellules CD34+CLA+ se différencient en cellules dendritiques CD1a+ qui contiennent des granules de Birbeck (et qui correspondent à des cellules de Langerhans) alors que celles issues des cellules CD34+CLA - n'en contiennent pas. Cela suggère que les cellules CD34+CLA+ seraient les progéniteurs des cellules de Langerhans et que l'organisation topographique des cellules dendritiques serait déterminée dès le stade de progéniteur [31].

En ce qui concerne les intermédiaires entre les progéniteurs CD34+ et les cellules dendritiques/cellules de Langerhans matures, nous avons caractérisé une population cellulaire fortement CD13+, apparaissant dans les 5 premiers jours de culture et n'exprimant aucun marqueur de lignée, qui comprend des précurseurs myéloïdes dont ceux des cellules dendritiques. Il est cependant encore impossible de dire s'il s'agit là d'une population homogène de progéniteurs mixtes ou d'un ensemble de progéniteurs de potentialités différentes [29, 32]. Toujours est-il que l'adjonction d'IL-4 ou d'IL-13 à ce stade des cultures favorise la différenciation des cellules dendritiques au détriment des macrophages [28].

Après 5 à 7 jours de cultures apparaissent des précurseurs qui dériveraient des précédents : un précurseur CD1a+CD14- qui se différencie uniquement en cellules dendritiques de type cellules de Langerhans, tandis qu'un précurseur CD1a - CD14+HLA-DR+ se différencie, lui, en cellules dendritiques différentes des cellules de Langerhans et proches des cellules dendritiques dermiques, en présence de GM-CSF et de TNF-alpha ou bien en macrophages en présence de M-CSF [25, 33-35]. Ces dernières cellules dendritiques, ayant un précurseur commun avec les macrophages, représenteraient donc des cellules dendritiques distinctes des cellules de Langerhans. Il reste à préciser les relations de ce précurseur bipotent avec les monocytes. On peut, en effet, induire la différenciation de monocytes en cellules dendritiques sous l'effet du GM-CSF et de l'IL-4 [5, 6]. Cette différenciation est caractérisée par une perte d'expression de CD14, l'acquisition de CD1a et d'une forte capacité à stimuler la réaction leucocytaire mixte. Ces dernières cellules dendritiques sont couramment appelées "cellules dendritiques dérivées des monocytes" (MDDC) [5, 6, 36].

Si des monocytes déjà engagés dans une voie de différenciation macrophagique sous l'effet du GM-CSF ou du M-CSF semblent garder tardivement la potentialité de se différencier en MDDC de type "immature" [36], ceux-ci peuvent à l'inverse se différencier en macrophages en présence de M-CSF [36-38]. L'induction de la maturation terminale des MDDC peut résulter de l'effet du TNF-alpha, de l'IL-1beta, de lipopolysaccharide bactérien ou de milieu conditionné provenant de la culture de monocytes [38, 39]. Cette maturation se traduit par la perte d'expression de CD1a, une augmentation d'expression des molécules du complexe majeur d'histocompatibilité de classe II, des molécules de co-stimulation, et d'une plus forte capacité de présentation antigénique. L'apparition de CD83 est corrélée à l'irréversibilité du processus de différenciation des MDDC matures, qui perdent alors la capacité de devenir des macrophages en présence de M-CSF [40]. Il apparaît, de façon a priori surprenante, que l'adjonction de TGF-beta1 au GM-CSF et à l'IL-4 induit ces mêmes monocytes à se différencier en cellules dendritiques ayant les caractéristiques de cellules de Langerhans [41].

Le fait que des monocytes puissent se différencier en cellules dendritiques ou en macrophages, ou que des macrophages eux-mêmes puissent se différencier en cellules dendritiques, selon leur environnement cytokinique, va à l'encontre d'une dichotomie plus précoce entre ces deux lignées [40]. Il faudrait supposer que, depuis le stade de progéniteur CD34+ jusqu'au macrophage, ces cellules auraient toujours la capacité de se différencier en cellules dendritiques en fonction des signaux reçus [40]. L'existence de précurseurs bipotents dans les cultures de progéniteurs CD34+ va dans ce sens. Toujours est-il que ces résultats suggèrent que la différenciation des monocytes en macrophages ou bien en cellules dendritiques in vivo serait finement régulée par le microenvironnement cytokinique.

Cellules dendritiques d'origine lymphoïde

Il est maintenant admis qu'il existe également, au moins chez la souris, une population de cellules dendritiques d'origine lymphoïde [15]. Dans cette espèce, les cellules dendritiques du thymus expriment des marqueurs lymphoïdes comme la chaîne alpha de CD8 et CD2, et un précurseur thymique CD4lo commun aux lymphocytes T et B, aux cellules NK (natural killers) et aux cellules dendritiques a été identifié [15]. Il existerait également un précurseur thymique CD4 - plus tardif, ayant perdu la capacité de se différencier en lymphocytes B ou en cellules NK mais commun aux lymphocytes T et aux cellules dendritiques [42]. Des cellules dendritiques issues de tels précurseurs sont également présentes dans d'autres organes lymphoïdes, comme la rate [43].

Chez l'homme, un précurseur thymique CD34+CD44dim se différenciant en lymphocytes T, NK ou B, et en cellules dendritiques mais non en cellules myéloïdes, a également été identifié [44], de même qu'un progéniteur médullaire CD34+CD10+Lin - incapable de se différencier en cellules myéloïdes mais commun aux lymphocytes T, NK, B et aux cellules dendritiques. Les cellules dendritiques en dérivant expriment cependant le marqueur myéloïde CD33 [45]. L'existence de précurseurs thymiques et médullaires capables de se différencier en lymphocytes, en cellules NK ou en cellules dendritiques suggère qu'il existe un lien étroit entre les lignées lymphocytaires, les cellules NK et certaines cellules dendritiques [15]. Ainsi, si l'existence de cellules dendritiques lymphoïdes est clairement établie chez la souris, elle n'est pas encore démontrée chez l'homme.

De même qu'il existe des lymphocytes T ou B, on regroupe probablement, sous le terme de cellules dendritiques, des cellules ayant des origines, des caractéristiques et des fonctions différentes. Les cellules dendritiques lymphoïdes seraient plutôt impliquées dans les phénomènes de tolérance et de sélection négative, alors que les cellules dendritiques myéloïdes ont plutôt un rôle immunostimulant [46] : parmi ces dernières, les cellules de Langerhans seraient principalement impliquées dans les réponses immunes cellulaires alors que les cellules dendritiques venant de précurseurs CD14+ favoriseraient plutôt les réponses immunes humorales [33].

Utilisation des cellules dendritiques comme adjuvants de l'immunité

Les propriétés exceptionnelles de présentation antigénique des cellules dendritiques en font un outil de choix pour le traitement ou la prévention des cancers ou d'infections, particulièrement virales, chez des sujets par ailleurs immunodéprimés [47, 48]. L'un des buts des études actuelles sur les cellules dendritiques est de permettre le développement de stratégies thérapeutiques fondées sur leur utilisation pour stimuler les réponses immunes défaillantes dans ces cas [47, 48]. Des études réalisées chez l'animal ont clairement montré que des cellules dendritiques sensibilisées par un antigène ex vivo, puis réinjectées in vivo, peuvent induire une immunité antitumorale efficace [49-52]. Les premiers résultats obtenus chez l'homme, dans le traitement de lymphomes folliculaires, semblent confirmer la valeur de cette approche  : des cellules dendritiques préparées à partir du sang et sensibilisées par des protéines spécifiques de l'idiotype tumoral, puis réinjectées aux patients, semblent induire le développement d'une réponse immune cellulaire et humorale antitumorale associée à une réponse clinique [53]. Des essais cliniques sont également en cours pour le traitement de mélanomes malins, de cancers de la prostate ou du poumon [48].

En dehors des classiques propriétés d'immunostimulation attribuées aux cellules dendritiques d'origine myéloïde, les cellules dendritiques d'origine lymphoïde auraient plutôt un rôle régulateur de la réponse immune [46]. Ces cellules dendritiques lymphoïdes seraient impliquées dans l'induction d'une tolérance centrale et périphérique. Ainsi, certains précurseurs de cellules dendritiques présents dans le foie pourraient, après transplantation de cet organe, favoriser l'établissement d'un microchimérisme responsable d'une tolérance à long terme de l'organe greffé [2]. Dans un modèle d'encéphalite auto-immune expérimentale, l'injection de cellules dendritiques sensibilisées par des peptides dérivés de la myéline prévient le développement de cette maladie auto-immune [54]. Il a donc également été envisagé d'utiliser des cellules dendritiques pour moduler une réponse auto-immune, allo-immune ou à des allergènes [55].

L'utilisation des cellules dendritiques en pratique clinique suppose, au préalable, que soient résolues plusieurs questions concernant notamment les méthodes d'obtention et de sensibilisation ex vivo des cellules dendritiques. Du fait de l'absence de marqueurs spécifiques et de leur hétérogénéité, la purification de cellules dendritiques à partir du sang s'avère difficile à réaliser. Des méthodes de différenciation de cellules dendritiques en culture ont donc été développées. Les cellules CD34+ utilisées proviennent de la moelle osseuse [27, 56] ou sont mobilisées dans le sang par du G-CSF et/ou de l'IL-3 [56-58]. L'adjonction de SCF et de FL au GM-CSF et au TNF-alpha permet une importante expansion des progéniteurs CD34+ et un bon rendement en cellules dendritiques [28]. On peut également obtenir des rendements satisfaisants en cellules dendritiques en utilisant du sérum autologue dans des cultures où le GM-CSF et l'IL-4 sont combinés de différentes façons à un cocktail de cytokines connues pour agir sur les progéniteurs immatures (SCF, érythropoïétine, IL-1beta, IL-3, IL-6) [57, 59]. De même, en l'absence de sérum, le TGF-beta1 associé au GM-CSF, au TNF-alpha et au SCF permet d'obtenir plus de cellules dendritiques qu'en utilisant du plasma autologue [60, 61]. La possibilité d'obtenir des cellules dendritiques à partir de monocytes cultivés avec du GM-CSF et de l'IL-4 est aussi un moyen d'obtenir facilement de grandes quantité de MDDC. Bien qu'il semble que l'administration de suspensions cellulaires simplement enrichies en cellules dendritiques du sang soit suffisante pour obtenir une réponse antitumorale, peu de travaux ont comparé les propriétés fonctionnelles des cellules dendritiques obtenues par ces différentes méthodes. Cependant, il semblerait que les MDDC aient une capacité à stimuler la réaction leucocytaire mixte et à présenter des antigènes solubles supérieure à celle des cellules dendritiques dérivées de cellules CD34+ mobilisées dans le sang [62].

La sensibilisation des cellules dendritiques ex vivo par des antigènes viraux ou tumoraux est une étape primordiale pour leur utilisation en immunothérapie. Les méthodes de sensibilisation les moins spécifiques reposent sur l'utilisation de broyats tumoraux ou d'éluats acidiques, mais cela risque d'induire une réponse auto-immune [48]. D'autres méthodes, plus spécifiques, utilisent des protéines recombinantes, des peptides antigéniques synthétiques, le transfert d'ADN ou d'ARN. Ainsi, des cellules dendritiques exprimant la protéine bcr-abl ont récemment été générées à partir de progéniteurs leucémiques sanguins de patients présentant une leucémie myéloïde chronique, et des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques des cellules leucémiques ont ainsi été obtenues in vitro [63, 64]. Des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques de cellules de mélanome ont également été obtenus après transfert de l'ADNc de l'antigène MART-1 dans des cellules dendritiques [48]. Les cellules dendritiques peuvent enfin être modifiées génétiquement pour augmenter leur capacité de présentation antigénique [47].

Malgré les nombreux essais cliniques en cours, de nombreux points n'ont pas encore été résolus quant à l'utilisation des cellules dendritiques en immunothérapie. Au-delà de la définition des combinaisons et séquences d'utilisation de cytokines qui conduisent à optimiser la prolifération des progéniteurs et la différenciation des cellules dendritiques, il faut déterminer la source et l'origine des cellules dendritiques dont on peut proposer l'utilisation. Étant donné que les propriétés fonctionnelles des cellules dendritiques varient selon leur stade de maturation, il est nécessaire de définir le stade où il faut les sensibiliser à l'antigène, et les réinjecter, et la méthode de sensibilisation à choisir. Seule la maîtrise de ces paramètres permettra d'aboutir au résultat attendu et d'éviter des résultats ou des effets secondaires inappropriés lors de la mise en œuvre de protocoles d'immunothérapie utilisant des cellules dendritiques. Une meilleure caractérisation des cellules dendritiques, de leur ontogenèse, de leur rôle au cours de la réponse immune et en immunopathologie sont donc autant de préalables nécessaires à leur utilisation.

CONCLUSION

Remerciements

Les travaux personnels discutés ici ont été principalement réalisés avec Bruno Canque, Françoise Chapuis et Karolina Palucka, en collaboration avec Martine Guigon, et avec l'aide technique de Sandrine Camus, Micaël Yagello et Nicolas Taquet. Ils ont bénéficié du soutien financier de l'Agence nationale de recherche sur le sida, de l'Université Paris 6, du Centre national de la recherche scientifique, et de l'Association de recherche sur les déficits immunitaires viro-induits (Paris). Un remerciement tout particulier à Gwendoline Hatton pour la conception et la réalisation de la "célèbre" figure 2.

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